Challenge n°20 – Texte n°8

Linuial

« Voyez-vous, il faut que vous compreniez un concept important du monde actuel. »

L’homme affichait un détachement proprement incroyable. L’inquisitrice parla d’un ton péremptoire en le menaçant toujours de son arme à plasma :

« Je ne sais si vous gardez des atouts de coté ou si vous essayez juste de gagner du temps. Quoi qu’il en soit, au nom de l’Empereur-dieu je vous somme de vous repentir et de vous confesser à l’instant ! Mes suivants ne sauraient tarder. Si nous devions en passer par un interrogatoire dans les règles de l’art, vous vous en repentiriez.

_Certes mais il vous faut comprendre le processus qui a pu rendre cette « hérésie » possible… Accessoirement, je vous annonce que vos associés ne viendront pas, j’y ai veillé. De plus votre arme a été neutralisée. »

L’inquisitrice le regarda longuement puis décida de lui vaporiser un bras. Le plasma cautériserait la plaie et cela lui permettrait de vérifier ses dires. Elle appuya mais rien ne vint. Elle jeta rapidement son pistolet et pris en main une épée énergétique qui refusa de s’activer.

« Je continue ? Bien ! Je disais donc que le processus est important. Le stress est le facteur déterminant car il est le résultat de la peur qui oriente les actes. L’humain possède les vestiges d’un cerveau dit reptilien, programmé pour gérer le stress de deux manières : La fuite ou l’attaque. Ces deux processus permettent d’éliminer ou d’échapper à sa peur. Vous me suivez ? »

C’était un peu surréaliste mais la femme ne perdit pas son sang-froid pour autant. Elle cogita pour rétablir la situation. Ses armes avaient-elles été sabotées par un traitre ?! Cela attendrait. Il n’y avait rien à utiliser en ce lieu et le parc du gouverneur était immense. Telle une grande bibliothèque, tous les arbres y étaient disposés en lignes et bien taillés. Pas une branche à porté de main pour servir d’arme et l’homme gardait son jeu bien caché. Il fallait gagner du temps en attendant une ouverture.

« Très bien, hérétique. Supposons que je subisse l’effet d’un stress actuellement. Quelle est ma réaction ?

_Mais l’attaque, évidemment. Vous joutez avec moi verbalement et intellectuellement. Vous attaquez pour éliminer le danger. Je n’imaginais pas un instant qu’une personne de votre qualité puisse fuir.
Le postulat étant posé, considérons l’Impérium, voulez-vous ? Aujourd’hui, pour l’humain productif, le stress arrive plus souvent par un quotidien oppressant et une législation tyrannique que par la menace d’un prédateur. Comment y réagir ? Si un contremaître vous martyrise, pouvez-vous fuir ? Pouvez-vous l’attaquer ? Bien sûr que non ! Dans le premier cas vous n’avez nulle part où aller car vous êtes tenu de rester à votre poste et dans le second vous encourrez de graves représailles de la part des autorités. »

L’inquisitrice voyait venir la conclusion de cette tirade.

« Vous voulez me démontrer que l’hérésie est inévitable ? Que nous la provoquons ? Vous pensez que je suis idiote ? Imbécile ! J’ai brulé des mondes pour l’Empereur. Il est des maux aujourd’hui qui ne sauraient prévaloir face aux dangers de l’hérésie. Le chaos, le xénos et le sorcier doivent être purgés ! J’ai vu le résultat du laxisme. Cette tyrannie est un moindre mal. Le changement est la perversion.

_Intéressant néanmoins je vais conclure mon petit laïus. Donc, comme les réponses naturelles et instinctives ne peuvent s’exprimer pleinement, elles ont trouvées d’autres voies : Soit on attaque une autre cible (on transfère l’agressivité arbitrairement sur quelqu’un d’atteignable comme un collègue, sa femme, ses enfants …) soit on somatise. On fuit en soi et on intériorise tout. Arrive une traduction physique d’un conflit psychique. La déprime mène à la maladie et parfois à des mutilations… Et c’est là, que le chaos trouve son ouverture ! Vous aviez raison en disant que vous génériez vous-même l’hérésie. Si on va au fond des choses, votre tyrannie d’ordre génère et entretien le Chaos. Un extrême appelle l’autre. Les relations conflictuelles créent la frustration et la rage qui jaillissent après avoir été cultivées et comprimées dans les âmes. »

L’inquisitrice perdait un peu de sa contenance mais ne fléchissait pas.

« On ne peut prendre le risque que le chaos arriv…

_Mais je viens de vous dire que vous le génériez, enfin ! Réfléchissez ! Vous avez le choix avec d’un coté une situation qui ne peut s’améliorer et qui provoquera immanquablement votre ruine et de l’autre avec une remise en question de vos certitudes. » Il secoua la tête doucement.

« Historiquement, un changement n’arrive que quand la coupe est pleine et qu’explose le chaos. Ensuite, on se dit « plus jamais ça » et on refait exactement les mêmes erreurs extrémistes avec un emballage différent. République ou Empire, ce ne sont que des contenants. Jamais, on n’a vu un peuple prendre « le risque » d’un mieux de sa propre initiative ! »

La femme sentait l’homme la fixer. Elle dit enfin :

« C’est déjà arrivé. L’Empereur nous a offert cela. Il nous a donné à cette chance lors de la grande croisade. »

L’homme sourit.

« En effet. Il a donné à l’humanité ce choix et elle a failli. Depuis, Il veille pour qu’une autre opportunité se présente. Puissions-nous êtres plus avisés si cela arrivait.

_Qui êtes-vous ? Vous n’êtes pas l’instigateur de la révolte des cités ? Vous tentez de tromper la vigilance des fidèles de l’Empereur mais c’est peine perdue.

_ Il y a plus de nuances dans l’univers que ce que vous offre votre vision manichéenne. Le responsable des émeutes a été neutralisé. Il se trouve au palais de l’Adeptus Arbites. Je suis juste venu vous rencontrer et c’est maintenant chose faite. »

L’air abattu, il soupira. Son regard devint dur et l’inquisitrice recula devant ce revirement.
Une lumière enveloppa l’homme et un faisceau de téléportation l’emmena au loin. Dans le calme du parc, l’agent de l’Impérium entendait distinctement les battements de son cœur. Elle regarda autour d’elle puis sa radio s’activa :

« Chef ! Z’êtes là ?! Ca fait des plombes qu’on essaye de vous joindre !

_Je vais bien. Rendez-vous au poste central de l’Arbites. Terminé. »

Elle respira profondément.

L’herbe grasse s’offrait à elle, elle s’y étala de tout son long.




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