Challenge Flash n°4 – Khellendros

Flux et reflux

Fiers et arrogants, couronnés d’écume telle des meutes de princes aux contours flous, les Oiseaux-Vagues s’élèvent au gré des respirations aigues-marines de leur mère Océanide. Ils parcourent son sein, s’enflent, se creusent et avancent en une formation houleuse vers leurs ennemis. Certains vont se perdre en chemin, beaucoup vont oublier la mission insufflée à leur naissance, et il ne restera pour l’assaut que les Oiseaux-Vagues les plus endurants. Les plus hargneux. Les plus chargés de haine envers leurs frères de chair et de sang, de plume et d’os. Ils sont là d’ailleurs, les Oiseaux Organiques, assemblés sur la plage de sable. Il y a là des Mouettes et des Goélands, des Foulques et des Albatros, des Sternes et des Noddis, quantité d’autres espèces marines et pêcheuses. Chaque créature guette son alter-ego aquatique, le nargue d’un cri moqueur. Puis tous s’envolent lorsque le premier Oiseau-Vague s’abat, pour mieux se reposer sur le sable mouillé une fois l’assaut passé, les pattes effleurant les filets d’eau retournant vers l’Océan. Les vagues déferlent les unes après les autres, sans plus de succès. Les Oiseaux Organiques se font de plus en plus entreprenants même. Ils touchent les crêtes d’écume, frôlent les déferlantes, échappent au dernier moment aux crocs salés de leurs prédateurs, volent à l’intérieur des tubes que forment les Vagues. Leurs cris perçants supplantent le fracas et les chants de colère de ceux qui s’avouent finalement vaincus et refluent au large de la côte.

C’est le cœur noirci par la défaite que les Oiseaux-Vagues hantent les eaux profondes et s’y cachent. Les navires humains fendent leurs corps sans qu’ils ne réagissant, tant ils sont anéantis. Ils n’ont plus la force ou l’envie de clapoter contre les coques qui osent parcourir la surface de leur mère, de secouer les esquifs de bois, de renverser les bâtiments de métal. Ils sont apathiques. Pourtant, les nouvelles générations naissent et écoutent la rancœur de leurs aînées. Elles se chargent à leur tour de ressentiment, s’abîment dans une rancune contre les Oiseaux Organiques dont ils ne connaissent plus l’origine. En quelques années, c’est une véritable lame de fond de haine qui investit les cœurs liquides. Une vague titanesque prend forme, la fusion de milliers de cœurs vibrant à l’unisson qui fait maintenant route. Sur son chemin, elle percute chalutiers et paquebots, yachts et pétroliers. Elle se charge de leurs carcasses, de leurs filets, de leur pétrole et se jette à l’assaut des cieux. Haut, toujours plus haut, pour empêcher que les Organiques ne s’envolent, toujours plus visqueuse et nauséabonde pour les faire taire.

La marée noire fracasse la côte.

Les Oiseaux-Vagues se retirent et contemplent au large le résultat de cette attaque unique. Partout, les volatiles marins pataugent dans les hydrocarbures, s’y affalent, s’y étouffent. Leurs ailes sont engluées, leurs becs encroûtés, leur plumage souillé. L’eau se retire au plus profond de l’Océan, un sentiment de satisfaction imprégnant tout son être, sans se rendre compte qu’elle est teintée de la même crasse que celle infligée à leurs frères capables de voler.

Note finale : 2.5/5




  • Une réponse le “Challenge Flash n°4 – Khellendros

    1. Atorgael dans

      Ils ont commenté :



      J’ai bien aimé le clin d’oeil à la marée noire, mais sans plus.


      La personnification des éléments naturels est parfaitement rendue.
      Le rythme de la musique me semble plus faible sur la dernière partie cependant, la fin arrive-t-elle un peu trop vite? En tout cas c’est toujours aussi bien écrit.


      Je crois que je n’ai pas compris le texte. C’est dur d’expliquer de nouvelles notions dans un texte aussi court.
      Le morceau ne m’inspirait pas vraiment de côté marin, fut-ce pour une bataille rangée entre oiseaux et « vagues ».


      Texte très court, ce qui n’est pas un défaut en soi, mais je ne sais pas… Il manque quelque chose. J’ai aimé les oiseaux vagues, très poétique comme concept. Mais je ne comprends pas leur haine envers oiseaux organiques. Et le coté tragique de la marée noire aurait pu être bien plus (mieux ?) exploité.


      Une narration onirique pour cette métaphore fantastique. Inspirée même si un peu tirée par les cheveux. par contre, difficile de faire le lien avec le morceau.