{"id":8358,"date":"2014-05-08T09:53:39","date_gmt":"2014-05-08T07:53:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atorgael.com\/?p=8358"},"modified":"2014-06-12T09:49:23","modified_gmt":"2014-06-12T07:49:23","slug":"chec50-03","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=8358","title":{"rendered":"Challenge d\u2019\u00e9criture n\u00b050 \u2013 Metatron"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<blockquote><p>Metatron<br \/>\n14.3\/20 <span class=\"rating\"><span>?<\/span><span class=\"empty\">?<\/span><span class=\"empty\">?<\/span><span class=\"empty\">?<\/span><span class=\"empty\">?<\/span><\/span><br \/>\n1er<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"?p=8358&amp;page=2\"><strong>-&gt; <\/strong>Vos commentaires<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h1>Page blanche<\/h1>\n<p>Le coll\u00e8ge \u00e9tait tout autant une cocotte minute qu\u2019une soupape de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>En remontant la rue bond\u00e9e d\u2019ados chahuteurs, Florent respirait \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9chapper \u00e0 ses parents pour la journ\u00e9e. Guilhem, qui habitait \u00e0 deux pas du bahut, avait propos\u00e9 de passer l\u2019heure du d\u00e9jeuner sur Street Fighter Ultimate. De quoi illuminer n\u2019importe quel jour de classe. D\u2019autant que les grandes vacances n\u2019\u00e9taient plus si loin.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tiens, la petite t\u00eate\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Engonc\u00e9 dans un manteau de cuir qui devait faire deux fois son poids, Thomas arriva \u00e0 sa hauteur. Un coquard lui cernait l\u2019\u0153il. Fichus rugbymen qui arboraient leurs blessures comme autant de troph\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Salut, grommela Florent sans joie.<\/p>\n<p>\u2014 T\u2019as pas pris un centim\u00e8tre depuis hier\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Florent haussa les \u00e9paules. Sa petite taille faisait l\u2019objet de railleries depuis tant d\u2019ann\u00e9es qu\u2019il en fallait plus pour le toucher. Surtout venant de ce grand dadais qui lui servait le m\u00eame refrain depuis le CM2.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est emb\u00eatant, reprit Thomas, car Elise ne veut pas sortir avec quelqu\u2019un de plus petit.<\/p>\n<p>\u2014 Qu\u2019est ce que t\u2019en sais\u00a0?<\/p>\n<p>\u2014 Tiens, ca t\u2019int\u00e9resse\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Florent rougit.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Elle me l\u2019a dit quand on fumait ensemble au parc. T\u2019es pas pr\u00eat de sortir avec une meuf on dirait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le grand avait fait mouche.<\/p>\n<p>D\u2019une bourrade nerveuse, Florent repoussa son \u00ab\u00a0camarade\u00a0\u00bb. Thomas fit un pas de c\u00f4t\u00e9, pas impressionn\u00e9 pour deux sous.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le petit se rebiffe. Trop dr\u00f4le. \u00c7a fera marrer Elise. Allez, \u00e0 plus le nain.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Florent bouillait.<\/p>\n<p>Son esprit enrag\u00e9 fulminait un torrent d\u2019insultes mentales.<\/p>\n<p>La cloche sonna. Le cerveau en pleine temp\u00eate, il p\u00e9n\u00e9tra dans le coll\u00e8ge.<\/p>\n<p align=\"center\">\u00a0***<\/p>\n<p>L\u2019homme s\u2019\u00e9veilla en sursaut comme une b\u00eate sauvage, frais et dispo.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 sa petite taille, on tremblait en contemplant sa puissante musculature. Un simple pagne lui serrait les reins et sur ses larges \u00e9paules cascadaient de longs cheveux blonds. Le baudrier d\u2019une \u00e9p\u00e9e de bronze barrait son torse robuste.<\/p>\n<p>Le barbare arqua un sourcil en d\u00e9couvrant le monde qui l\u2019entourait.<\/p>\n<p>Pas d\u2019herbes sous ses pieds, mais une \u00e9tendue d\u2019un blanc uniforme. Ni cit\u00e9, ni colline ne se d\u00e9coupaient \u00e0 l\u2019horizon. De la terre au ciel, toujours ce blanc, \u00e9clatant, \u00e0 perte de vue.<\/p>\n<p>L\u2019homme poussa une exclamation sonore qui \u00e9tait autant un rire qu\u2019un cri de d\u00e9fi.<\/p>\n<p>S\u2019il fallait aller chercher la guerre et le carnage dans une page blanche, il irait.<\/p>\n<p>Sans h\u00e9siter, il se mit en route, dans un tintement de fer.<\/p>\n<p align=\"center\">\u00a0***<\/p>\n<p>La rentr\u00e9e.<\/p>\n<p>Le passage en seconde \u00e9tait l\u2019occasion de faire table rase du pass\u00e9. Fini le coll\u00e8ge\u00a0! Place au lyc\u00e9e, \u00e0 la maturit\u00e9.<\/p>\n<p>Florent se retrouvait dans la classe de Guilhem, pass\u00e9 de justesse \u00e0 cause de son brevet d\u00e9sastreux. Et aussi de Thomas. Ce cr\u00e9tin et ses ornions qui le poursuivait de ses vannes moisies.<\/p>\n<p>Ils avaient \u00e0 pr\u00e9sent leur quartier \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019\u00e9norme immeuble du coll\u00e8ge, dans un b\u00e2timent bas tapiss\u00e9 de petits carreaux blancs. Un cadre presque idyllique, avec ce soleil de septembre qui illuminait les bureaux d\u2019une chaude lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Florent balan\u00e7a n\u00e9gligemment son sac sur une chaise. Autour de lui, la classe bruissait des retrouvailles apr\u00e8s les vacances.<\/p>\n<p>Lui aussi devait retrouver quelqu\u2019un. Il lui restait dix minutes avant le d\u00e9but des cours. Largement suffisant.<\/p>\n<p>Il s\u2019\u00e9lan\u00e7a hors de la classe \u00e0 grandes enjamb\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0O\u00f9 tu vas\u00a0? l\u2019apostropha Guilhem qui posait son sac \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du sien.<\/p>\n<p>\u2014 Voir E. \u00bb<\/p>\n<p>E, ce code sonnait d\u00e9suet apr\u00e8s deux mois de pause.<\/p>\n<p>Elise \u00e9tait en seconde 3, la classe \u00e0 c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Florent roula des \u00e9paules comme pour se d\u00e9contracter.<\/p>\n<p>Ils s\u2019\u00e9taient tourn\u00e9s autour pendant le dernier semestre de 3<sup>e<\/sup>. Flirtant, tachant de se retrouver c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te lorsqu\u2019ils sortaient en bande\u2026\u00a0 mais jamais vraiment tous les deux. Florent \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 passer \u00e0 la vitesse sup\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Il p\u00e9n\u00e9tra dans la salle de classe. Elise se tenait l\u00e0, \u00e0 demi assise sur une table. Sa d\u00e9licieuse fossette se creusait alors qu\u2019elle discutait avec Julie et Vaness\u2019.<\/p>\n<p>La belle assurance de Florent se d\u00e9gonfla d\u2019un coup.<\/p>\n<p>Il avait laiss\u00e9 une coll\u00e9gienne, il retrouvait une femme. Un top noir moulant rempla\u00e7ait Les chemisiers informes. Florent remarqua le manteau de cuir sur le dossier et manqua de d\u00e9faillir en apercevant les \u00e9normes docs coqu\u00e9es\u2026<\/p>\n<p>Julie fit un signe de t\u00eate vers lui et glissa un mot \u00e0 sa copine.<\/p>\n<p>Elise tourna ses yeux bleus d\u2019eau vers lui et sourit.<\/p>\n<p>Trop tard pour fuir.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Salut Elise.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9laissant ses amies, elle s\u2019approcha sans cesser de sourire.<\/p>\n<p>Dieu qu\u2019elle \u00e9tait belle.<\/p>\n<p>Florent se pencha pour faire la bise. La bise. Etourdi par ses sentiments, Florent visa les l\u00e8vres.<\/p>\n<p>Le visage soudain ferm\u00e9, Elise se recula et esquiva ce baiser inattendu.<\/p>\n<p>Florent se redressa, rouge \u00e9carlate. Qu\u2019est-ce qui lui avait pris\u00a0? Comme si elle allait tomber dans ses bras comme \u00e7a apr\u00e8s deux mois sans nouvelles. Quel cr\u00e9tin\u00a0!<\/p>\n<p>Vaness\u2019 et Julie n\u2019avaient rien perdu de la sc\u00e8ne et \u00e9changeaient d\u00e9j\u00e0 des commentaires \u00e0 voie basse.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026Ca va\u00a0? enchaina Florent.<\/p>\n<p>\u2014 Ben, c\u2019est la rentr\u00e9e, quoi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il y eut un blanc.<\/p>\n<p>La cloche retentit, annon\u00e7ant le d\u00e9marrage des cours.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il est temps de passer la seconde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elise eut un sourire sans joie. N\u2019\u00e9tait-ce pas une pointe de condescendance dans son regard\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Bon allez, \u00e0 plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cotonneux, Florent quitta la classe. L\u2019ann\u00e9e commen\u00e7ait bien.<\/p>\n<p align=\"center\">\u00a0***<\/p>\n<p>Gloran. Durant sa longue marche, ce nom lui \u00e9tait apparu comme une \u00e9vidence. Ses origines restaient confuses, mais cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Il tra\u00e7ait sa route dans ce monde immacul\u00e9.<\/p>\n<p>Une brusque rafale de vent \u00e9bouriffa ses longs cheveux. Il plissa les yeux.<\/p>\n<p>\u00c7a et l\u00e0, on devinait des contours. Apr\u00e8s des jours ou des si\u00e8cles de vide, un monde se r\u00e9v\u00e9lait. Des bribes d\u2019une terre crouteuse, des troncs gris\u00e2tres et plus loin\u2026<\/p>\n<p>Gloran posa sa large main sur son \u00e9p\u00e9e. N\u2019\u00e9taient-ce pas des silhouettes, qui allaient et venaient dans ce brouillard\u00a0?<\/p>\n<p>Carrant les \u00e9paules, le barbare s\u2019avan\u00e7a cr\u00e2nement.<\/p>\n<p>Une forme indistincte s\u2019avan\u00e7a vers lui. Si vite, si pr\u00e8s qu\u2019il devint \u00e9vident qu\u2019elle allait le percuter.<\/p>\n<p>Gloran tira son \u00e9p\u00e9e et assena un coup de taille qui aurait pu abattre un auroch.<\/p>\n<p>La lame passa au travers de la forme comme un nuage de fum\u00e9e. L\u2019ombre ne ralentit pas et traversa le corps du barbare qui en resta bouche b\u00e9e.<\/p>\n<p>Etait-ce le monde des esprits\u00a0? L\u2019Arallu o\u00f9 les \u00e2mes des d\u00e9funts errent sans fins, mornes et mis\u00e9rables.<\/p>\n<p>Saisi de crainte, il frappa encore et encore, mais le bronze ne mordit aucune chaire. Pas de r\u00e2les d\u2019agonies, de sang ni de visc\u00e8res \u00e9parpill\u00e9es.<\/p>\n<p>Gloran, proche de la folie, roulait des yeux effarouch\u00e9s. Ses cheveux tremp\u00e9s d\u2019une sueur glac\u00e9e lui collaient au visage. Partout, des ombres indistinctes passaient et repassaient. Des formes massives fusaient pour se fondre dans le n\u00e9ant.<\/p>\n<p>Mais le barbare \u00e9tait fait de l\u2019airain dont sont con\u00e7us les h\u00e9ros.\u00a0 Le sang battait \u00e0 ses tempes, son \u00e9p\u00e9e pesait dans sa main\u2026 Il \u00e9tait en vie\u00a0!<\/p>\n<p>Il avisa ce qui ressemblait \u00e0 des b\u00e2timents qui \u00e9mergeaient de ce blanc omnipr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Sans h\u00e9siter, il s\u2019\u00e9lan\u00e7a dans leur direction. M\u00eame Nergal, le dieu de la mort, et tous ses valets ne l\u2019arr\u00eateraient pas.<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Regardez ce que nous a fait Florent\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pas le temps de planquer la feuille griffonn\u00e9e que M. Faber la lui arrachait des mains.<\/p>\n<p>Le professeur d\u2019\u00e9conomie passa dans les rangs en levant haut le croquis.\u00a0 Comme \u00e0 son habitude, il portait une monstrueuse chemise col pelle \u00e0 tarte bariol\u00e9 de mille couleurs. Vive les seventies.<\/p>\n<p>\u00abMoi, \u00e7a m\u2019\u00e9voque un\u2026 phallus.\u00a0\u00bb le prof fron\u00e7a les sourcils.\u00a0\u00ab\u00a0Florent\u00a0? Vous dessinez des choses dans ce genre\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mort de honte, le jeune ado se tortilla sur sa chaise.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Non, m\u2019sieur&#8230; L\u00e0, ce sont des yeux\u2026 Et ici, une bouche qui crie\u2026 enfin\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans la classe, les filles prenaient des airs d\u00e9gout\u00e9s en poussant des exclamations horrifi\u00e9es. Les gar\u00e7ons pouffaient. M\u00eame Guilhem ne put retenir un rire un peu idiot.<\/p>\n<p>D\u2019un geste d\u00e9daigneux, M. Faber jeta la feuille sur le bureau.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il va falloir vous reprendre Florent. J\u2019en toucherai un mot au\u00a0psy de l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>\u2014 Vous avez que \u00e7a \u00e0 faire\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le silence rempla\u00e7a les rires.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Qu\u2019est ce que vous avez dit, Florent\u00a0?<\/p>\n<p>\u2014 Qu\u2019\u00e0 votre place, je passerai plus de temps \u00e0 choisir mes chemises.\u00a0 Plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 chercher \u00e0 deviner dans quel sens lire un dessin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Faber vira au cramoisi.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0 A qui croyez-vous parler\u00a0? Vous allez filer chez le proviseur\u00a0!<\/p>\n<p>\u2014 Allez-vous faire voir\u00a0!\u00a0\u00bb hurla Florent.<\/p>\n<p>Une voix s\u2019\u00e9leva du fonds de la classe. Thomas, bien sur.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est la r\u00e9volte du petit peuple.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La pression retomba d\u2019un cran alors que la classe s\u2019\u00e9claffait. Florent \u00e9tait hors de lui.<\/p>\n<p>Il se redressa. Dans un terrible fracas, la porte vola en \u00e9clat et une silhouette immense se d\u00e9coupa dans l\u2019embrasure.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0***<\/p>\n<p>\u00a0La guerre \u00e9tait sa raison d\u2019\u00eatre et il irait jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<p>Gloran chassa d\u2019un roulement d\u2019\u00e9paules les esquilles de bois qui parsemaient son corps et p\u00e9n\u00e9tra dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Le contour des ombres se faisait plus pr\u00e9cis. S\u2019il ne distinguait encore aucun visage, il pouvait deviner la jeunesse de ses adversaires. Qu\u2019importe. Sa lame assoiff\u00e9e de sang n\u2019en laisserait pas un debout.<\/p>\n<p>Le barbare s\u2019\u00e9lan\u00e7a pour bousculer l\u2019un des fant\u00f4mes qui alla tr\u00e9bucher au milieu des tables et de ses compagnons.<\/p>\n<p>Il brandit son immense \u00e9p\u00e9e de bronze, exultant d\u2019un rire qui faisait trembler les cieux. Un chef hululait des ordres.<\/p>\n<p>Sans laissait \u00e0 l\u2019ennemi le temps de s\u2019organiser, Gloran frappa. Le fracas du bronze contre le bronze lui arracha un cri de surprise.<\/p>\n<p>Surgit du n\u00e9ant, un\u00a0 homme v\u00eatu d\u2019acier le d\u00e9fiait de sa haute stature. Un casque de fer grillag\u00e9 prot\u00e9geait autant qu\u2019il masquait le visage du myst\u00e9rieux guerrier.<\/p>\n<p>Les deux hommes se jaug\u00e8rent un instant. Gloran ne portait aucune protection, comptant sur ses reflexes f\u00e9lins pour emporter l\u2019engagement. Au contraire, un haubert de mailles ternies descendait jusqu\u2019aux genoux de son adversaire. Serait-il pour autant moins rapide\u00a0?<\/p>\n<p>Il n\u2019y avait qu\u2019un seul moyen de le savoir.<\/p>\n<p>Vif comme un tigre, Gloran plongea, l\u2019\u00e9p\u00e9e en avant. La pointe de son \u00e9p\u00e9e visait la cuisse. L\u2019espace d\u2019une fraction de seconde, l\u2019autre parut pris au d\u00e9pourvu. Mais il rompit promptement, d\u00e9cochant un moulinet de son \u00e9p\u00e9e qui manqua de labourer le dos du barbare. Gloran volta et poursuivit son assaut sur le flanc gauche. Il frappa de taille et une nouvelle fois on para son attaque. Il frappa encore. Son glaive glissa sur la lame du guerrier dans une gerbe d\u2019\u00e9tincelles, rebondit et atteignit le casque de fer.<\/p>\n<p>La protection fut arrach\u00e9e dans un crissement sonore et se perdit dans les ombres.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, le barbare d\u00e9couvrait les traits de son ennemi. Un visage tordu, fondu, comme brul\u00e9 au fer, o\u00f9 brillaient deux yeux enrag\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Qui es-tu\u00a0?<\/p>\n<p>\u2014 On m\u2019appelle Tuomas le parricide. Par ses coups, mon p\u00e8re m\u2019a endurci l\u2019\u00e2me et forg\u00e9 cette aimable figure. Pas un homme qui n\u2019ait pos\u00e9 les yeux sur mon visage n\u2019est encore vivant pour en parler.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un p\u00e8re. Une\u00a0 notion floue pour le barbare, mais il lui semblait qu\u2019une telle violence d\u2019un p\u00e8re envers son fils n\u2019\u00e9tait pas dans la nature des choses.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je suis Gloran le court. Je vis pour la guerre et le carnage. Je brule de te passer l\u2019\u00e9p\u00e9e au travers du corps. Mais tu es le premier homme v\u00e9ritable que je rencontre dans ce monde maudit.\u00a0 O\u00f9 sommes-nous\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le guerrier eut un sourire qui tordit son visage dans un rictus abominable.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous sommes n\u00e9s de la col\u00e8re de nos alter \u00e9go. A chaque fois que le poing du p\u00e8re se l\u00e8ve, je gagne en puissance.\u00a0 Je parcours ce monde d\u00e9sol\u00e9, je traverse les ombres mais jamais ne trouve d\u2019issus. Nous en sommes prisonniers.<\/p>\n<p>\u2014 Par Nergal, Orcus et Mhot, plut\u00f4t mourir que de rester prisonnier de cet enfer\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Gloran posa la main sur la lame de son \u00e9p\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tuomas, combattons ensemble pour quitter ces limbes. Je fais serment sur ma lame de reprendre notre duel sit\u00f4t que nous en aurons franchi les fronti\u00e8res.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le guerrier ramassa son casque et se frappa la poitrine.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Et moi je jure de t\u2019abattre comme un chien sit\u00f4t que le soleil illuminera ma lame.\u00a0En attendant, en route.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et sans un mot de plus, les deux hommes s\u2019\u00e9lanc\u00e8rent dans l\u2019inconnu, disparaissant bient\u00f4t parmi les ombres.<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>M. Faber s\u2019arrachait les cheveux. D\u00e9pass\u00e9, il tentait de s\u00e9parer les bellig\u00e9rants.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Thomas\u00a0! Florent\u00a0! Thomas\u00a0! Florent\u00a0!\u00a0\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Les deux lyc\u00e9ens s\u2019\u00e9treignaient dans une lutte enrag\u00e9e, front contre front. \u00a0Le sang qui coulait de leur nez gouttait sur leurs t-shirt et mouchetait la sc\u00e8ne d\u2019un rouge \u00e9c\u0153urant.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Thomas\u00a0! Florent\u00a0! CA-SU-FIT\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les coups cess\u00e8rent.<\/p>\n<p>Les deux ados s\u2019\u00e9croul\u00e8rent sur le sol, sonn\u00e9s, sans se quitter des yeux.<\/p>\n<p>Dans la classe, les tables renvers\u00e9es, les chaises bris\u00e9es et les yeux \u00e9carquill\u00e9s de leurs camarades t\u00e9moignaient de l\u2019intensit\u00e9 du corps \u00e0 corps.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je peux vous dire que vous allez entendre parler du pays\u00a0! hurla M. Faber d\u2019une voix o\u00f9 pointait l\u2019hyst\u00e9rie. Vous sortez imm\u00e9diatement\u00a0! Chez le proviseur\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Groggys, Thomas et Florent se remirent debout comme deux boxeurs \u00e0 la douzi\u00e8me reprise.<\/p>\n<p>Ils gagn\u00e8rent le couloir sous les cris de M. Faber.<\/p>\n<p>Le calme soudain les secoua autant que les coups \u00e9chang\u00e9s.<\/p>\n<p>A pas incertains, ils remont\u00e8rent les rang\u00e9s de casiers.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les coquards, c\u2019\u00e9tait pas le rugby ? fit Florent d\u2019une voix p\u00e2teuse.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0 T\u2019inqui\u00e8te. J\u2019ai plus cinq ans. J\u2019encaisse mieux. Et ce salaud vieilli.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ils pass\u00e8rent l\u2019angle du secr\u00e9tariat en silence.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ton p\u00e8re\u2026 Si tu veux on lui fait sa f\u00eate.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Thomas pesa un instant la proposition.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ouai, t\u2019as raison, fit-il dans un sourire. Il est temps de sortir de cet enfer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"center\">\u00a0***<\/p>\n<p>\u00a0Les\u00a0 deux guerriers traversaient des rues emplies d\u2019ombres ind\u00e9chiffrables.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La bas\u00a0!\u00a0\u00bb appela soudain\u00a0 Gloran. Une maison se d\u00e9tachait nettement des b\u00e2timents voisins.<\/p>\n<p>Tuomas sourit en distinguant une silhouette avachie sur un fauteuil.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Voici notre porte de sortie.\u00a0\u00bb<br \/>\n<!--nextpage--><\/p>\n<h1>R\u00e9sultats<\/h1>\n<ul>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\">Originalit\u00e9 :<\/span> 7\/10<\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00c9criture :<\/span> 7.3\/10<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Les Commentaires des votants<\/h2>\n<p>Texte bien \u00e9crit et bien construit.<\/p>\n<p>Texte tr\u00e8s bien \u00e9crit. J&rsquo;ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 l&rsquo;alternance entre le r\u00e9el et l&rsquo;imaginaire. Les personnages sont attachants. Cependant le rapport avec la page blanche ne m&rsquo;a pas paru \u00e9vident.<\/p>\n<p>Excellent. Juste \u00e7a !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\n<p>Metatron\n14.3\/20\n1er<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"?p=8358&amp;page=2\"><strong>-&gt; <\/strong>Vos commentaires<\/a><\/p>\n\nPage blanche\n<p>Le coll\u00e8ge \u00e9tait tout autant une cocotte minute qu\u2019une soupape de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>En remontant la rue bond\u00e9e d\u2019ados chahuteurs, Florent respirait \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9chapper \u00e0 ses parents pour la journ\u00e9e. Guilhem, qui habitait \u00e0 deux <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=8358\">... [Lire la suite]<\/a>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[389,126,76],"class_list":["post-8358","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-challenges","tag-chec50","tag-les-challenges","tag-metatron"],"views":15404,"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8358","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8358"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8358\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8358"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8358"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8358"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}