{"id":7767,"date":"2013-09-30T09:02:34","date_gmt":"2013-09-30T07:02:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atorgael.com\/?p=7767"},"modified":"2013-10-14T09:27:23","modified_gmt":"2013-10-14T07:27:23","slug":"challenge-decriture-n48-texte-n2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=7767","title":{"rendered":"Challenge d\u2019\u00e9criture n\u00b048 \u2013 Est\u00e9e R."},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<blockquote><p>Est\u00e9e R.<br \/>\n14.3\/20 <span class=\"rating\"><span>?<\/span><span>?<\/span><span>?<\/span><span class=\"empty\">?<\/span><span class=\"empty\">?<\/span><\/span><br \/>\n1\u00e8re<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"?p=7767&amp;page=2\"><strong>-&gt; <\/strong>Vos commentaires<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h1>La petite bo\u00eete noire.<\/h1>\n<p>Le r\u00e9veil sonna 6h30 et comme tous les matins, Lucien Jandry commen\u00e7a sa journ\u00e9e en \u00e9mettant un r\u00e2le guttural et en toussant bruyamment. Puis il rabattit les couvertures, glissa les pieds dans ses charentaises \u00e9lim\u00e9es et les frotta sur le parquet \u00e0 petits \u00e0 pas, pour atteindre la salle de bain sans avoir \u00e0 lever les genoux. Comme tous les matins, il fixa son dentier avec la p\u00e2te \u00e0 dents premier prix du mono-march\u00e9, coiffa les rares touffes\u00a0 grises de son cr\u00e2ne avec une gomina bas de gamme et mit son costume gris, celui du lundi, avec une chemise noire et sans cravate.<\/p>\n<p>Un peu plus r\u00e9veill\u00e9 et du fait, un peu plus alerte, Lucien descendit \u00e0 la cuisine pour y prendre le petit d\u00e9jeuner que lui avait pr\u00e9par\u00e9 Lucienne.\u00a0 Sur la table, l\u2019attendaient sentencieusement un bol de caf\u00e9 ainsi qu\u2019une tartine de camembert, et ce, comme tous les matins depuis vingt ans qu\u2019il vivait avec sa s\u0153ur. Le coucou de la cuisine sonna et il marmonna un bonjour bougon \u00e0 sa cadette, en songeant que vraiment, mais alors vraiment, ses parents n\u2019avaient pas eu l\u2019once d\u2019un brun d\u2019imagination en choisissant les pr\u00e9noms de leurs enfants.<\/p>\n<p>7h30\u00a0: imper ferm\u00e9 jusqu\u2019au cou, chapeau de feutre enfonc\u00e9 sur le crane, Lucien attrapa le petit sac \u00e0 dos qu\u2019il avait achet\u00e9 deux semaines auparavant et qu\u2019il\u00a0 ne quittait plus depuis, prit sa valise \u00e0 roulettes, souhaita une bonne journ\u00e9e \u00e0 sa s\u0153ur et sortit de leur petite maison de cour\u00e9e. Exactement comme tous les autres jours de la semaine, du mois, de l\u2019ann\u00e9e, sauf les week-ends et jours f\u00e9ri\u00e9s.<\/p>\n<p>Pourtant, bien qu\u2019il veuille faire croire le contraire, cette journ\u00e9e ne devait rien avoir d\u2019ordinaire.<\/p>\n<p align=\"center\">\u00a0* * *<\/p>\n<p>\u00a0Lucien commen\u00e7a par laisser \u00e9clater le sourire qu\u2019il retenait avec difficult\u00e9 depuis son r\u00e9veil. Il n\u2019y avait personne dans la rue, il pouvait bien s\u2019accorder \u00e7a. Ensuite, il le savait, il ne pourrait plus se laisser aller. Lucienne ne devait se douter de rien, mais c\u2019\u00e9tait encore d\u2019elle dont il avait le moins \u00e0 se m\u00e9fier.<\/p>\n<p>Son masque d\u2019impassibilit\u00e9 remis en place, il sortit son t\u00e9l\u00e9phone portable et composa le num\u00e9ro du bureau de poste. Pratique, finalement, ces petits trucs sans fil. \u00ab\u00a0Je ne pourrais pas venir travailler aujourd\u2019hui, j\u2019ai attrap\u00e9 la cr\u00e8ve, pouvez passer le message\u00a0?\u00a0\u00bb, l\u00e2cha-t-il, laconique, \u00e0 la femme de m\u00e9nage, la seule pr\u00e9sente \u00e0 une heure aussi matinale. En dire le moins possible, tousser un bon coup et raccrocher. De toute fa\u00e7on, \u00e0 deux mois de la retraite, ils n\u2019allaient pas commencer \u00e0 lui faire des histoires. D\u00e9j\u00e0 qu\u2019il avait d\u00fb faire cinq ans de plus avec toutes leurs r\u00e9formes\u00a0! Et puis, il lui fallait juste une excuse pour la journ\u00e9e. Apr\u00e8s, peu importait, il serait c\u00e9l\u00e8bre et intouchable.<\/p>\n<p>Lucien fit passer le sac \u00e0 dos sur son ventre et le t\u00e2ta amoureusement. Il sentit la petite bo\u00eete noire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et son c\u0153ur eut un rat\u00e9. Il y avait, dans cette bo\u00eete, la d\u00e9couverte la plus sensationnelle au monde.\u00a0 La d\u00e9couverte du si\u00e8cle, pour ne pas dire du mill\u00e9naire\u00a0! Et c\u2019\u00e9tait lui qui en \u00e9tait responsable\u00a0! Lucien Jandry, 66 ans et d\u00e9j\u00e0 l\u2019air d\u2019un vieillard, jamais mari\u00e9, pas tr\u00e8s costaud ni tr\u00e8s intelligent, employ\u00e9 de la poste au guichet num\u00e9ro 3. Le type m\u00eame du vieux ringard dont les gosses de la cour\u00e9e se moquent en balan\u00e7ant leurs ballons dans ses fen\u00eatres.<\/p>\n<p>Mais c\u2019\u00e9tait fini. Bient\u00f4t, il serait Lucien Jandry, le d\u00e9couvreur, le h\u00e9ros de tout un pays\u00a0!<\/p>\n<p>Il souffla un coup. Avant tout, il fallait que son plan se d\u00e9roule comme pr\u00e9vu. Il devait atteindre la capitale sain et sauf et pr\u00e9senter la petite bo\u00eete noire au Bureau d\u2019Enregistrement des D\u00e9couvertes. Ce ne serait pas facile, il l\u2019avait tout de suite compris. On chercherait \u00e0 lui nuire.\u00a0 Certainement \u00e9taient-Ils d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ses trousses. Ils voudraient lui d\u00e9rober sa d\u00e9couverte, Ils chercheraient \u00e0 l\u2019emp\u00eacher de rejoindre le BED. Et tous les moyens seraient bons\u2026<\/p>\n<p>Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne\u00a0! Il \u00e9tait pr\u00eat. Il avait diff\u00e9rents couvre-chefs, une veste de rechange et un vieux parapluie pour le dissimuler aux cam\u00e9ras de surveillances \u00e9ventuelles. Et puis, il \u00e9tait entra\u00een\u00e9 \u00e0 passer inaper\u00e7u, cela faisait cinquante ans au moins que personne ne faisait plus attention \u00e0 lui.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>8h15, Lucien descendit du bus. La gare \u00e9tait encore \u00e0 une demi-heure de marche, mais il pr\u00e9f\u00e9rait ne pas donner l\u2019impression qu\u2019elle \u00e9tait sa destination. Il s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 deux stations apr\u00e8s le boulot, presque comme d\u2019habitude. Derri\u00e8re lui, quatre hommes descendirent \u00e9galement et prirent le trottoir oppos\u00e9 en discutant avec passion. Ils avaient l\u2019air d\u2019hommes d\u2019affaires am\u00e9ricains et Lucien les trouva fort d\u00e9plac\u00e9s dans cette rue ouvri\u00e8re. Il d\u00e9cida de ralentir son allure pour les laisser le d\u00e9passer. La t\u00eate basse, le c\u0153ur battant, il observa les quatre individus du coin de l\u2019\u0153il. Ils \u00e9taient \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 une centaine de m\u00e8tres de lui lorsqu\u2019ils travers\u00e8rent et Lucien se sentit soudain glac\u00e9. Les dr\u00f4les s\u2019\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s, ils bloquaient le passage. Deux d\u2019entre eux s\u2019\u00e9taient adoss\u00e9s au mur et s\u2019\u00e9changeaient des cigarettes.<\/p>\n<p>Quatre-vingt-dix m\u00e8tres. Ils n\u2019avaient pas perdu de temps les bougres. Mais que le diable l\u2019emporte s\u2019il se laissait prendre aussi facilement\u00a0! Soixante-dix m\u00e8tres. Il devait trouver un moyen de leur \u00e9chapper. Cinquante m\u00e8tres. Rasant les murs, il observait portes et fen\u00eatres en enfilades, songeant qu\u2019il serait commode d\u2019entrer tout simplement dans une maison et de sortir par derri\u00e8re. Vingt m\u00e8tres. Une sueur froide coulait dans son cou. Il n\u2019aurait pas de seconde chance. Dix m\u00e8tres. Mais il y croyait. Il n\u2019avait pas fait une telle d\u00e9couverte pour finir ainsi. L\u2019histoire de Lucien Jandry commen\u00e7ait \u00e0 peine. C\u2019est donc empli d\u2019une conviction profonde, qu\u2019il s\u2019arr\u00eata devant le num\u00e9ro 56 de la rue Jacard, qu\u2019il mit la main sur la poign\u00e9e et la tourna.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>Dans le couloir de cette maison inconnue et miraculeusement rest\u00e9e ouverte, Lucien pensa qu\u2019il \u00e9tait vraiment verni. Il tendit l\u2019oreille\u00a0: rien, juste le ronronnement d\u2019une machine \u00e0 laver, quelque part sur la droite. Il connaissait ce style de construction. La cuisine devait avoir une porte de jardin, et ce m\u00eame jardin devait donner sur une rue parall\u00e8le \u00e0 celle qu\u2019il longeait plus t\u00f4t. Silencieusement, il traversa les pi\u00e8ces.<\/p>\n<p>La porte du potager \u00e9tait ferm\u00e9e \u00e0 cl\u00e9, le comble\u00a0! Lucien songea un instant que la personne qui vivait l\u00e0 avait autant de jugeote que sa s\u0153ur en ce qui concernait la s\u00e9curit\u00e9 et il s\u2019appr\u00eatait \u00e0 fouiller les murs pour y d\u00e9crocher la cl\u00e9 convoit\u00e9e quand un bruit le fit sursauter. C\u2019\u00e9tait une petite femme repl\u00e8te, tout en bigoudis et tablier \u00e0 fleurs, blanche comme un linge, t\u00e9tanis\u00e9e.<\/p>\n<p>\u2014 Excusez-moi madame, je ne vous veux aucun\u2026<\/p>\n<p>Mais la fin de sa\u00a0 phrase se perdit dans les hurlements de la vieille, comme si elle avait attendu qu\u2019il ne prenne la parole pour crier. La panique fit place \u00e0 une froide raison. Il fallait la neutraliser rapidement. Elle braillait si fort qu\u2019elle risquait d\u2019ameuter les gusses dehors. Il avait une mission. Il en allait de la sauvegarde de sa d\u00e9couverte. Qu\u2019elle se taise pour l\u2019amour du ciel\u00a0!<\/p>\n<p>Bien pratique aussi les po\u00eales \u00e0 frire, pour faire passer un message. Lucien entendit vaguement la m\u00e2choire de l\u2019hyst\u00e9rique craquer au moment o\u00f9 elle recevait l\u2019ustensile sur l\u2019oreille gauche et il marmonna quelque excuse, l\u2019esprit ailleurs. Ce n\u2019\u00e9tait rien d\u2019autre qu\u2019un dommage collat\u00e9ral. Lorsqu\u2019elle reviendrait \u00e0 elle, il serait loin, et avec un peu de chance, personne ne ferait le rapprochement avec lui, il portait les gants que lui avait offert Lucienne \u00e0 son anniversaire.<\/p>\n<p>La femme gisait sur le carrelage et le silence soudain le pr\u00eet \u00e0 la gorge. Pas longtemps cependant\u00a0: il venait d\u2019apercevoir la cl\u00e9 de sa lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Lucien posa la po\u00eale sur la table et partit sans un regard pour la propri\u00e9taire des lieux, sans remarquer la flaque de sang qui se r\u00e9pandait lentement sur le sol de la cuisine.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>L\u2019homme qui quitta les toilettes publiques de la gare St Maurice n\u2019avait rien \u00e0 voir avec le vieillard qui y \u00e9tait entr\u00e9 quinze minutes plus t\u00f4t. Il avait troqu\u00e9 son imperm\u00e9able contre une veste de laine, et son vieux chapeau contre une casquette anglaise. Il avait fourr\u00e9 son sac \u00e0 dos dans sa valise et la portait \u00e0 la main au lieu de la faire rouler. Il donnait l\u2019impression d\u2019avoir pris quelques centim\u00e8tres car il se tenait beaucoup plus droit et son pas \u00e9tait bien plus assur\u00e9, d\u00e9cid\u00e9 et confiant. Lucien Jandry venait d\u2019assommer un gaillard \u00e0 grand coups de mallette \u00e0 roulettes et cette nouvelle victoire sur ses poursuivants le galvanisait. Il se sentait bien, plus puissant et fort qu\u2019aux temps b\u00e9nits de ses trente ans. Avec quelle facilit\u00e9 l\u2019armoire \u00e0 glace avait-elle vacill\u00e9 sous ses assauts\u00a0! Car l\u2019autre en face avait un sac \u00e0 dos identique au sien et le lorgnait avec bien trop d\u2019insistance pour \u00eatre honn\u00eate. Lucien n\u2019avait donc pas h\u00e9sit\u00e9. Celui-l\u00e0 n\u2019aurait plus qu\u2019\u00e0 prendre un autre train. Il n\u2019allait tout de m\u00eame pas se faire voler sa d\u00e9couverte\u00a0!<\/p>\n<p>Assis sur sa banquette, Jandry attendait le d\u00e9part. Il observait son aller-simple, un billet pay\u00e9 en petite monnaie, bien \u00e9videmment. Pour ne pas laisser de trace. Il pensait que d\u2019ici quelques heures il serait devant une pauvre cruche, \u00e0 l\u2019un des guichets du BED, et qu\u2019elle n\u2019en croirait pas ses yeux devant le contenu de la petite bo\u00eete noire. Il pensait \u00e0 la fa\u00e7on dont sa d\u00e9couverte serait re\u00e7ue et \u00e0 ce qu\u2019elle allait changer dans la vie quotidienne de tout un chacun. Il pensait aussi que jamais il ne s\u2019\u00e9tait senti aussi serein et aussi en forme physiquement que depuis qu\u2019il avait quitt\u00e9 le 56 rue Jacard, quelques heures plus t\u00f4t. Il ne vit pas les secours d\u00e9barquer puis descendre en h\u00e2te dans les toilettes pour hommes, \u00e0 la suite d\u2019une employ\u00e9e de la gare affol\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>10h10\u00a0: Berc\u00e9 par les saccades r\u00e9guli\u00e8res de la machine, Lucien \u00e9tait tendu. C\u2019\u00e9tait l\u2019un des pires moments de sa journ\u00e9e. Dans un train, en cas d\u2019agression, pas de solution de repli. Il ne devait pas baisser sa garde. N\u2019importe qui pouvait en vouloir \u00e0 sa valise, m\u00eame le contr\u00f4leur, ou la m\u00e8re de famille avec ses deux gamins l\u00e0, \u00e0 sa gauche.<\/p>\n<p>\u00c0 bout de nerfs, il se leva pour aller faire quelques pas dans les all\u00e9es. Ce petit train r\u00e9gional n\u2019allait pas tr\u00e8s vite, mais secouait s\u00e9v\u00e8re. Lucien arriva dans un wagon vide, cahin-caha, se tenant tant bien que mal aux banquettes. Quelques fen\u00eatres \u00e9taient ouvertes. On y respirait mieux. Sauf que\u2026<\/p>\n<p>Jeter quelqu\u2019un par l\u2019\u00e9troite ouverture d\u2019une fen\u00eatre de TER n\u2019\u00e9tait pas une chose ais\u00e9e. Lucien Jandry pourrait se vanter d\u2019avoir r\u00e9ussi et par la m\u00eame d\u2019avoir pr\u00e9serv\u00e9 \u00e0 nouveau sa d\u00e9couverte. Il ne s\u2019agissait pas de la m\u00e8re, ni du contr\u00f4leur de billet, mais d\u2019un jeune homme, certes pas tr\u00e8s grand, mais pas moins dangereux pour autant. Il \u00e9tait couch\u00e9 sur un si\u00e8ge, hors de vue, cach\u00e9, attendant son heure et s\u2019\u00e9tait lev\u00e9 d\u2019un bond au moment o\u00f9 Lucien se rattrapait in-extremis \u00e0 son dossier.<\/p>\n<p>\u2014 Putain, vieux, tu m\u2019as fait peur\u00a0! avait cri\u00e9 le gars en passant une main dans ses cheveux.<\/p>\n<p>Puis, il l\u2019avait tois\u00e9 avec cet air qu\u2019ont les jeunes face \u00e0 quelqu\u2019un de plus \u00e2g\u00e9 qu\u2019eux. Il avait regard\u00e9 autour de lui, constat\u00e9 que le wagon \u00e9tait d\u00e9sert et consid\u00e9r\u00e9 la valise de Lucien avec un sourire de convoitise sur les l\u00e8vres.<\/p>\n<p>\u2014 Vous m\u2019avez surpris, d\u00e9so\u2026<\/p>\n<p>Sa phrase s\u2019\u00e9tait termin\u00e9e en une bouillie de mots incompr\u00e9hensibles. Des roulettes tach\u00e9es de sang s\u00e9ch\u00e9 lui avaient fendu la l\u00e8vre et arrach\u00e9 deux dents. Par trois fois la valise avait percut\u00e9 sa t\u00eate. Il avait perdu connaissance avant d\u2019avoir pu r\u00e9agir. Une aubaine pour se d\u00e9barrasser de lui en le passant par-dessus bord. Le train n\u2019allait pas trop vite, il s\u2019en remettrait, avait pens\u00e9 Lucien sans se demander d\u2019o\u00f9 il puisait tant de force et de flegme.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>Fabien Delecroix \u00e9tait soucieux. Deux meurtres r\u00e9pertori\u00e9s dans la m\u00eame matin\u00e9e, \u00e0 moins de deux kilom\u00e8tres l\u2019un de l\u2019autre, cela faisait beaucoup pour une petite ville comme la sienne. Deux meurtres gratuits en plus car \u00e0 premi\u00e8re vue, aucune des deux agressions n\u2019avaient de mobile. Rien n\u2019avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9rob\u00e9 aux victimes et cela ne ressemblait pas \u00e0 des crimes sexuels. La recherche des t\u00e9moins \u00e9tait en cours. L\u2019analyse des blessures \u00e9galement. Mais tous deux avaient re\u00e7u un ou plusieurs coups \u00e0 la t\u00eate. La premi\u00e8re avec une po\u00eale et le second avec on ne savait encore quel objet contondant. Aucun lien entre les deux malheureux n\u2019avait pu \u00eatre \u00e9tabli mais l\u2019enqu\u00eate n\u2019en \u00e9tait encore qu\u2019aux balbutiements.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il re\u00e7ut l\u2019appel d\u2019un coll\u00e8gue d\u2019une commune voisine, lui annon\u00e7ant qu\u2019un jeune homme avait \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 d\u2019un train provenant de chez lui et qu\u2019il avait succomb\u00e9 \u00e0 de multiples blessures \u00e0 la t\u00eate, ind\u00e9pendante de la chute, Fabien en fut certain, il avait affaire \u00e0 un tueur en s\u00e9rie, et il n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e8s de s\u2019arr\u00eater. Il contacta aussit\u00f4t ses homologues de la capitale afin qu\u2019ils bloquent les issues du TER \u00e0 son entr\u00e9e en gare, mais avant qu\u2019il n\u2019arrive \u00e0 ses fins et qu\u2019il soir entendu, le train avait eu largement le temps de se vider. Il y avait un tueur dans la ville\u2026<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>12h15\u00a0: Cela grouillait de monde autour de lui. Lucien avait repris son look de vieil hibou d\u00e9plum\u00e9 et sa d\u00e9marche tortur\u00e9e. Il trainait sa valise comme on traine un fardeau et arpentait les rues inconnues, qu\u2019il avait pass\u00e9 des heures \u00e0 m\u00e9moriser pour ne pas avoir l\u2019air de chercher son chemin. Bus 44, dix-huiti\u00e8me arr\u00eat, place du G\u00e9n\u00e9ral Guillaume. De l\u00e0, quinze minutes de marche d\u2019un bon pas et il y serait.<\/p>\n<p>Lucien avait tout pr\u00e9vu, m\u00eame l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une gr\u00e8ve des transports. Il n\u2019avait pas pu anticiper, cependant, que le bus aurait carr\u00e9ment un accident, et que sa collision avec un scooter vol\u00e9 portant trois gamins \u00e0 peine pub\u00e8res entrainerait une mini \u00e9meute. Ah, les grandes villes\u00a0!\u00a0 Il quitta discr\u00e8tement la\u00a0 ligne et s\u2019\u00e9loigna rapidement. \u00c0 pied, il lui faudrait plusieurs heures, mais s\u2019il traversait le parc Vauban, malgr\u00e9 sa mauvaise r\u00e9putation, il arriverait \u00e0 temps pour enregistrer sa d\u00e9couverte avant la fermeture.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>En arrivant en vue de la place Guillaume, Fabien Delecroix \u00e9tait plus excit\u00e9 que jamais. Une excitation m\u00eal\u00e9e de d\u00e9ception, de soulagement et d\u2019incompr\u00e9hension.\u00a0 L\u2019enqu\u00eate de sa vie semblait sur le point d\u2019\u00eatre boucl\u00e9e avant la fin de la premi\u00e8re journ\u00e9e. Un bien pour la communaut\u00e9 dont il avait la charge, une d\u00e9ception pour ses aspirations personnelles \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9\u00a0: pas de grande enqu\u00eate, pas de grand h\u00e9ros pour la r\u00e9soudre\u2026 Mais le policier pensait que m\u00eame si le responsable des meurtres avait \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 et appr\u00e9hend\u00e9, restait entier le probl\u00e8me de son mobile. Car que venait faire dans cette macabre aventure, le permanent du guichet 3 de son bureau de poste\u00a0?<\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9 \u00e0 en avoir le c\u0153ur net, il avait saut\u00e9 dans la premi\u00e8re voiture disponible, et tous gyrophares allum\u00e9s, avait gagn\u00e9 la capitale.<\/p>\n<p>Il arpentait \u00e0 pr\u00e9sent les lieux du massacre, perplexe, jetant r\u00e9guli\u00e8rement les yeux sur son smartphone qui passait en boucles les images film\u00e9es par les skaters. La nouvelle avait travers\u00e9 le pays avant m\u00eame que les forces de l\u2019ordre n\u2019en aient termin\u00e9 avec le vieux\u00a0: Un forcen\u00e9 avait agress\u00e9 sauvagement une bande de gamins qui faisaient du skateboard au parc Vauban, filmant sagement leurs figures. Il avait frapp\u00e9 le premier avec sa valise \u00e0 roulette et une force hors du commun, vocif\u00e9rant, l\u2019\u00e9cume \u00e0 la bouche, qu\u2019ils ne l\u2019auraient jamais, qu\u2019ils ne lui voleraient pas son bien. Deux gamins s\u2019\u00e9taient \u00e9chapp\u00e9s pour pr\u00e9venir la police, un autre portait secours \u00e0 son camarade, tandis que le dernier braquait son t\u00e9l\u00e9phone sur la sc\u00e8ne sans rien en rater, lan\u00e7ant force jurons et autres \u00ab\u00a0putain de chiotte, c\u2019est qui ce tar\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb. Il avait pris la fuite \u00e0 son tour lorsqu\u2019il avait r\u00e9alis\u00e9 que ses deux copains gisaient sur les pav\u00e9s, le cr\u00e2ne fracass\u00e9 et que le vieux le toisait d\u00e9sormais, l\u2019\u0153il mauvais, la poitrine se soulevant et s\u2019abaissant violemment, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un taureau dans l\u2019ar\u00e8ne. La vid\u00e9o finissait sur un plan des pieds du vieux, son sac \u00e0 dos jaune et sa valise ensanglant\u00e9e. En musique de fond, les sir\u00e8nes retentissaient, annon\u00e7ant l\u2019arriv\u00e9e des flics.<\/p>\n<p>Qu\u2019avait donc pu mettre le vieux Lucien Jandry dans un \u00e9tat pareil\u00a0? se demandait Delecroix. Il avait toujours paru tranquille, un peu bougon, mais plut\u00f4t conciliant derri\u00e8re son guichet. Et surtout, il n\u2019avait pas l\u2019air d\u2019\u00eatre \u00e0 m\u00eame de venir \u00e0 bout de quatre adolescents tout en muscles, m\u00eame avec une valise en b\u00e9ton arm\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Le policier observait la sc\u00e8ne de crime et la comparait avec la vid\u00e9o, cherchant des r\u00e9ponses \u00e0 ses questions lorsqu\u2019il r\u00e9alisa que le sac \u00e0 dos n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e8s du corps de Lucien. Pourtant, la sc\u00e8ne n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 nettoy\u00e9e par ses coll\u00e8gues.<\/p>\n<p>\u2014 Et dites, h\u00e9la-t-il le premier agent venu. Il est o\u00f9 le sac \u00e0 dos du vieux\u00a0?<\/p>\n<p>\u2014 Un sac \u00e0 dos\u00a0? On n\u2019a pas vu de sac \u00e0 dos ici, non.<\/p>\n<p>\u2014 Mais, sur la vid\u00e9o\u2026<\/p>\n<p>\u2014 Ben c\u2019est peut-\u00eatre un m\u00f4me qui l\u2019a, faudra leur demander.<\/p>\n<p>Fabien choisit de ne rien ajouter. Ce n\u2019\u00e9taient pas les gosses qui avaient embarqu\u00e9 le sac \u00e0 dos, cela apparaissait clairement sur le film. Jandry ne l\u2019avait pas l\u00e2ch\u00e9 pendant qu\u2019il tabassait les skaters. Il semblait y tenir comme \u00e0 la prunelle de ses yeux. N\u2019avait-il pas dit qu\u2019on ne lui volerait pas son bien\u00a0?<\/p>\n<p>Il n\u2019y avait qu\u2019une fois mort qu\u2019il avait pu le l\u00e2cher, et encore. Restait \u00e0 savoir o\u00f9 il \u00e9tait pass\u00e9.<\/p>\n<p align=\"center\">\u00a0* * *<\/p>\n<p>Il d\u00e9couvrit le petit sac \u00e0 dos jaune \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la sc\u00e8ne de crime, dans un buisson d\u2019\u00e9pineux, et l\u2019attrapa f\u00e9brilement, se demandant encore une fois comment il avait pu arriver l\u00e0. Le sac \u00e9tait lourd, mais ne contenait, en tout et pour tout qu\u2019une seule chose.<\/p>\n<p>Fabien la sortie avec pr\u00e9cautions, la posa devant lui et l\u2019observa un moment. Dans sa t\u00eate, mille questions se pressaient et se t\u00e9lescopaient violemment.<\/p>\n<p>Finalement, il souleva le couvercle de la petite bo\u00eete noire.<\/p>\n<p>Pendant un instant, Fabien Delecroix resta sans voix, en apn\u00e9e, \u00e9bloui par la vision que lui renvoyait l\u2019objet. Et puis, il reprit des couleurs, le sang circula \u00e0 nouveau dans ses veines. Bon sang\u00a0! C\u2019\u00e9tait\u00a0 incroyable\u00a0! La d\u00e9couverte du si\u00e8cle\u00a0!<\/p>\n<p>Il devait la mettre en lieu s\u00fbr. Le Bureau d\u2019Enregistrement des D\u00e9couvertes n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 m\u00eame de la prendre en charge. Il fallait viser plus haut. Il devait en r\u00e9f\u00e9rer au premier ministre\u00a0!<\/p>\n<p>Mais il devrait \u00eatre prudent, tr\u00e8s prudent. On tenterait de lui voler sa d\u00e9couverte. On le poursuivrait, on chercherait \u00e0 l\u2019emp\u00eacher de la d\u00e9voiler au grand jour. Heureusement, il \u00e9tait plus apte \u00e0 cette mission que ce vieillard \u00e0 moiti\u00e9 s\u00e9nile. Il savait par o\u00f9 passer, comment arriver jusque dans les bureaux de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. Et surtout, il savait se d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>Il referma doucement la bo\u00eete, la rangea, puis quitta discr\u00e8tement les lieux en serrant farouchement le petit sac \u00e0 dos contre lui.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h1>R\u00e9sultats<\/h1>\n<ul>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\">Originalit\u00e9 :<\/span> 6.8\/10<\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00c9criture :<\/span> 7.5\/10<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Les Commentaires des votants<\/h2>\n<p>Un texte que j&rsquo;ai ador\u00e9 bien que j&rsquo;ai senti la fin assez vite.<br \/>\nLa ou j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 s\u00e9duit c&rsquo;est par l&rsquo;\u00e9criture, fluide, riche, facile \u00e0 lire et un contexte solidifi\u00e9 par de petits d\u00e9tails sans \u00eatre trop souvent clairement \u00e9nonc\u00e9.<br \/>\nUn tr\u00e8s bon texte.<\/p>\n<p>J&rsquo;aurais bien aim\u00e9 une petite description de l&rsquo;objet \u00e0 la fin. On tourne autour du pot. La chute \u00e9tait le bon moment pour en parler. L\u00e0, l\u2019auteur a fait sa feignasse.<br \/>\nSinon, le rythme est tout de m\u00eame un peu lent.<br \/>\nle c\u00f4t\u00e9 psy est bien rendu, mais il aurait aussi fallu expliquer le force surhumaine&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9criture est fluide et tr\u00e8s agr\u00e9able.<br \/>\nPour ce qui est de l&rsquo;histoire, elle arrive \u00e0 allier simplicit\u00e9 et curiosit\u00e9 du lecteur. J&rsquo;ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 la fin, qui fait penser \u00e0 la bo\u00eete de Pandore et tout ce que cela implique (impliquera ?).<br \/>\nPar contre je ne suis pas une grande amatrice d&rsquo;acronymes (le BED de l&rsquo;histoire), je trouve que cela g\u00eane la lecture.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s agr\u00e9able \u00e0 lire, d\u00e9tend tout en tenant en haleine et bonne chute tr\u00e8s bien men\u00e9. une \u00e9criture simple et travaill\u00e9e, abordable. on ne d\u00e9croche pas.<br \/>\nles autres textes sont bien \u00e9crits aussi.<br \/>\nbravo<\/p>\n<p>J\u2019ai agraf\u00e9 les pages du pdf dans le d\u00e9sordre, et j\u2019ai cru un moment que le texte s\u2019arr\u00eatait\u00a0 \u00e0 l\u2019apparition du flic. J\u2019ai ray\u00e9 le bas de page de d\u00e9pit ! Avant de trouver la suite !<br \/>\nUn tr\u00e8s bon texte, avec un vrai suspens. J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 la tension parano\u00efaque, tr\u00e8s bien rendue. Et le p\u00e9riple en banlieue tr\u00e8s cr\u00e9dible.<br \/>\nAu coin des critiques, je regrette le premier paragraphe, tr\u00e8s quelconque et qui ne rend pas justice au reste du texte avec son c\u00f4t\u00e9 plan plan. Je regrette aussi le c\u00f4t\u00e9 un peu facile de la \u00ab d\u00e9couverte du si\u00e8cle \u00bb qu\u2019on ne d\u00e9crira jamais. Alors \u00e7a marche, mais c\u2019est une grosse ficelle. \ud83d\ude09<br \/>\nDernier point : c\u2019est quoi le bureau d\u2019enregistrement des d\u00e9couvertes ??\u00a0 Pourquoi ne pas parler de la vraie agence officielle de d\u00e9p\u00f4t de brevet ? Dommage,\u00a0 c\u2019est le seul d\u00e9tail un peu \u00ab toc \u00bb du texte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\n<p>Est\u00e9e R.\n14.3\/20\n1\u00e8re<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"?p=7767&amp;page=2\"><strong>-&gt; <\/strong>Vos commentaires<\/a><\/p>\n\nLa petite bo\u00eete noire.\n<p>Le r\u00e9veil sonna 6h30 et comme tous les matins, Lucien Jandry commen\u00e7a sa journ\u00e9e en \u00e9mettant un r\u00e2le guttural et en toussant bruyamment. Puis il rabattit les couvertures, glissa les pieds <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=7767\">... [Lire la suite]<\/a>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[369,289,126],"class_list":["post-7767","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-challenges","tag-challenge48","tag-estee-r","tag-les-challenges"],"views":12872,"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7767","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7767"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7767\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7767"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7767"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7767"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}