{"id":7380,"date":"2012-10-01T09:04:21","date_gmt":"2012-10-01T07:04:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atorgael.com\/?p=7380"},"modified":"2012-10-15T10:10:51","modified_gmt":"2012-10-15T08:10:51","slug":"chec44-04","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=7380","title":{"rendered":"Challenge d\u2019\u00e9criture n\u00b044 \u2013 Est\u00e9e R."},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<blockquote><p>Est\u00e9e R.<br \/>\n11.5\/20 <span class=\"rating\"><span>?<\/span><span class=\"empty\">?<\/span><span class=\"empty\">?<\/span><span class=\"empty\">?<\/span><span class=\"empty\">?<\/span><\/span><br \/>\n6\u00e8me<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"?p=7380&amp;page=2\"><strong>? <\/strong>Vos commentaires<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h1>Noctambules<\/h1>\n<p><em>Reprise du sujet du <a title=\"Les Archives des Challenges (2005-2011)\" href=\"http:\/\/www.atorgael.com\/?page_id=1437&amp;page=3\">challenge n\u00b032<\/a><\/em><\/p>\n<p>La lumi\u00e8re des \u00e9toiles suffisait pour \u00e9clairer ses pas. Le vent se levait sur Desitter-town. La nuit avait envelopp\u00e9 les rues de son \u00e9pais manteau funeste et les habitants s\u2019\u00e9taient barricad\u00e9s comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e. Nulle besoin d\u2019instaurer un couvre feu ou de patrouiller la nuit dans cette cit\u00e9 pour faire r\u00e9gner le calme. Les duiwels et autres d\u00e9mons vengeurs s\u2019\u00e9taient charg\u00e9s de rendre les rues d\u00e9sertes d\u00e8s le coucher du soleil. Du reste, il ne se trouvait pas dans la ville de policier assez t\u00e9m\u00e9raire pour oser se balader dans le noir, m\u00eame avec la plus puissante des lampes torches et la plus efficace des armes anti-monstruosit\u00e9s.<br \/>\nElle marcha dix minutes avant de rejoindre sa voiture. La chaleur moite du mois d\u2019ao\u00fbt faisaittranspirer les briques des murs autant que le goudron des routes. Le centre ville empestait l\u2019alcool, la friture et diverses odeurs corporelles. Seuls les claquements de ses talons hauts r\u00e9sonnaient dans la ruelle o\u00f9 \u00e9tait gar\u00e9e sa guimbarde rouge toute caboss\u00e9e. Elle eut un \u00e9lan d\u2019affection pour sa voiture lorsqu\u2019elle enfon\u00e7a la cl\u00e9 dans la serrure et que le \u00ab clic \u00bb familier retentit, d\u00e9bloquant portes et coffre et la mettant \u00e0 la merci de quelques pr\u00e9dateurs terr\u00e9s derri\u00e8res les containers \u00e0 ordures ou accroch\u00e9s \u00e0 ses roues.<br \/>\nElle ne ressentait, pour sa part, aucune esp\u00e8ce de frayeur, v\u00e9rifia juste qu\u2019aucun nain tueur n\u2019\u00e9tait cach\u00e9 derri\u00e8re le si\u00e8ge conducteur, pli\u00e9 en quatre, silencieux comme un serpent, un long couteau serr\u00e9 contre sa poitrine.<br \/>\nMais il n\u2019y avait rien. Bien.<br \/>\nElle s\u2019engouffra dans le v\u00e9hicule, verrouilla les porti\u00e8res, et mit le contact. L\u2019air conditionn\u00e9 fusa et lui caressa divinement la peau tandis qu\u2019un morceau de pop gothique transper\u00e7ait l\u2019autoradio pour s\u2019infiltrer effront\u00e9ment dans ses oreilles. Elle monta le son et mit \u00e0 chanter \u00e0 tue-t\u00eate. La musique vrillait la t\u00f4le, le moteur grondait. Parfait. Aucun gnome n\u2019y r\u00e9sisterait. Elle pouvait passer la premi\u00e8re et prendre sereinement le chemin du retour.<br \/>\nIl lui fallut un quart d\u2019heure pour traverser la ville et s\u2019engager dans la banlieue r\u00e9sidentielle o\u00f9 elle vivait. Elle n\u2019avait gu\u00e8re crois\u00e9 que quelques trolls encanaill\u00e9s, trop ivres pour faire autre chose que la regarder passer d\u2019un air dubitatif. Ils \u00e9taient tellement rares les Humains, \u00e0 trainer la nuit, que la surprise pass\u00e9e, il \u00e9tait souvent trop tard pour les poursuivre. Elle sourit. Faisait-elle r\u00e9ellement partie des Humains de toute fa\u00e7on ?<br \/>\nElle approchait du passage \u00e0 niveau. Pile dans les temps ! Son taux d\u2019adr\u00e9naline augmenta s\u00e9rieusement. Elle adorait \u00e7a. Sentait d\u00e9j\u00e0 le sourire espi\u00e8gle se dessiner sur son visage \u00e0 mesure qu\u2019elle distinguait le feu rouge clignoter et percevait la sonnerie qui indiquait l\u2019arriv\u00e9e du train. Son pied enfon\u00e7a la p\u00e9dale de l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur alors que les barri\u00e8res \u00e9taient en place et que le crincrin du convoi se faisait plus strident que jamais.<br \/>\nL\u2019impact fut fabuleux, \u00e9clatant et violent. Il colora la nuit d\u2019orange parsem\u00e9 de reflets bleus et le vacarme r\u00e9veilla la moiti\u00e9 de la banlieue. La carcasse \u00e9crabouill\u00e9e de la voiture fut train\u00e9e sur pr\u00e8s d\u2019un kilom\u00e8tre avant que la locomotive ne s\u2019arr\u00eate enfin. Les trains ne ralentissaient pas beaucoup lorsqu\u2019ils traversaient les villes de nuit.<br \/>\nLa conductrice inconsciente avait \u00e9t\u00e9 \u00e9ject\u00e9e et reposait cent m\u00e8tres apr\u00e8s le passage \u00e0 niveau dont la sir\u00e8ne scandait toujours son appel \u00e0 la prudence.<br \/>\nL\u2019avantage d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 maudite \u00e9tait qu\u2019apr\u00e8s un tel choc, elle pouvait se relever sans gros dommages corporels. Ce qui seul lui importait cependant, songeait-elle alors qu\u2019elle remontait en courant vers l\u2019avant du train, d\u00e9guenill\u00e9e et passablement d\u00e9figur\u00e9e, c\u2019\u00e9tait que sa mal\u00e9diction s\u2019appliquait \u00e9galement aux objets qui \u00e9taient en contact avec elle au moment des chocs. Ainsi, ses v\u00eatements \u00e9taient-ils entrain de se remettre tous seuls de leurs d\u00e9boires, tout comme ses plaies cicatrisaient d\u00e9j\u00e0. Lorsqu\u2019elle arriverait au niveau de son v\u00e9hicule, il n\u2019aurait pas fi\u00e8re allure, mais il serait capable de l\u2019accueillir et de reprendre la route. Et elle adorait sa voiture !<br \/>\nLes sir\u00e8nes retentissaient dans le lointain mais elle ne s\u2019en inqui\u00e9ta pas. Les ambulances de nuit n\u2019\u00e9taient utilis\u00e9es que par des robots, b\u00eates et disciplin\u00e9s, qui la prendraient pour un zombie si elle se mettait \u00e0 marcher cahin-caha au lieu de courir. Elle retint un rire. Oui, dans son accoutrement, et avec son bras droit, toujours en cours de r\u00e9paration, qui formait un angle improbable, m\u00eame les vrais zombies s\u2019y laisseraient prendre\u2026<br \/>\nElle arriva chez elle dix minutes plus tard. Sur son pare-choc encore ondul\u00e9 \u00e0 droite, s\u2019\u00e9talaient quelques traces de sang et de poils de loup-garou suicidaire.<\/p>\n<p>\u2014 N\u2019en auras tu donc jamais assez, chipie !? hurla son fr\u00e8re \u00e0 peine eut-elle pass\u00e9 la porte du salon familial. C\u2019est la troisi\u00e8me fois cette semaine que tu te tapes un train ! Bon sang de bois Sixtine ! \u00c7a ne changera rien. Jamais ! Alors \u00e0 quoi bon ?<br \/>\nPerch\u00e9e sur ses talons aiguilles, la jeune femme le d\u00e9fia un instant : bouche crisp\u00e9e et regard dangereusement ac\u00e9r\u00e9, mains sur les hanches, provocante. Finalement, un sourire illumina son visage, mutin, et elle \u00e9clata de rire avant de s\u2019\u00e9loigner.<br \/>\nElle avait faim. Elle se sentait sale. Elle aspirait \u00e0 croquer un \u00e9norme sandwich sous une douche brulante et r\u00e9paratrice. Et non, elle ne tremblait pas !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>L\u2019homme suivait la fillette depuis son \u00e9cole. La troisi\u00e8me fois cette semaine. Il connaissait son itin\u00e9raire. Il savait qu\u2019elle serait seule lorsqu\u2019elle passerait devant la descente de garages condamn\u00e9e l\u2019an pass\u00e9. C\u2019\u00e9tait pour ce soir. Il attendait depuis si longtemps\u2026 Une derni\u00e8re fois, il v\u00e9rifia le couteau dans sa poche gauche puis il acc\u00e9l\u00e9ra le pas.<br \/>\nElle \u00e9tait enfin \u00e0 sa port\u00e9e, petite poup\u00e9e innocente et pure\u2026<br \/>\nLa derni\u00e8re chose qu\u2019il vit fut son regard \u00e9carlate, alors qu\u2019elle s\u2019appr\u00eatait \u00e0 lui planter deux canines ac\u00e9r\u00e9es dans la jugulaire\u2026<br \/>\nCe qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rait, le monstre \u00e0 visage de fillette, c\u2019\u00e9tait le moment o\u00f9 ils comprenaient qu\u2019ils allaient mourir. Lorsqu\u2019enfin ils r\u00e9alisaient qu\u2019ils allaient subir ce qu\u2019ils avaient inflig\u00e9 \u00e0 d\u2019autres. Il aimait aussi lorsqu\u2019il pouvait garder son apparence \u00ab normale \u00bb, mais cela n\u2019arrivait pas souvent. Il devait correspondre \u00e0 ce que recherchaient les tortionnaires, \u00e0 leurs futures victimes.<br \/>\nIl ne s\u2019en prenait que tr\u00e8s rarement aux cr\u00e9atures de la nuit. Ses cibles \u00e9taient les pr\u00e9dateurs Humains. Ceux qui auraient pu combattre leur nature. On ne peut en vouloir \u00e0 un zombie de vous d\u00e9vorer la cervelle, cela fait partie de son essence m\u00eame.<br \/>\nJuch\u00e9 sur la plus hideuse gargouille de \u00ab Notre Dame de Sainte Ursule \u00bb, il observait sa ville, et les habitations qui s\u2019illuminaient tour \u00e0 tour pour la soir\u00e9e. Cette image lui plaisait : lui, assis sur sa statue immonde, comme Batman dans les comics d\u2019antan. Il se sentait tout \u00e0 la fois ridicule et puissant. Ridicule \u00e0 cause du clich\u00e9 de la bande dessin\u00e9e, et puissant car il dominait le monde, de l\u00e0-haut. Personne ne se doutait de son existence et il pouvait tout \u00e0 loisirs observer cette masse grouillantes vivre et se d\u00e9chirer tout au long de la journ\u00e9e, puis se terrer comme des rats le soir venu.<br \/>\nEt gare \u00e0 celui qui ne resterait pas sagement chez lui ! Il fondrait sur lui avec la c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 d\u2019un rapace.<br \/>\nIl l\u2019\u00e9triperait avec la force d\u2019un fauve, il se repaitrait de lui avec l\u2019app\u00e9tit d\u2019une hy\u00e8ne\u2026 C\u2019\u00e9tait son droit ! Comme son plus grand devoir !<br \/>\nIl se laissa aller \u00e0 r\u00eaver \u00e0 sa vie d\u2019avant. Celle o\u00f9 il \u00e9tait encore Humain et non ce monstre vengeur connu seulement de ses paires. Quelle ironie ! Il aimait tant les grands justiciers \u00e9tant gosse. Il avait m\u00eame \u00e9t\u00e9, lui semblait-il, le h\u00e9ros d\u2019une femme. Avant. A peine se souvenait-il \u00e0 quoi elle ressemblait mais ils s\u2019aimaient et cela lui faisait toujours un trou dans le c\u0153ur de seulement y songer.<br \/>\nElle \u00e9tait morte en m\u00eame temps que lui. Il n\u2019avait pas su la prot\u00e9ger\u2026<br \/>\nEt quelle esp\u00e8ce de super h\u00e9ros \u00e9tait-il \u00e0 pr\u00e9sent, qui vivait dans le plus total anonymat ?<br \/>\nNon, pas d\u2019identit\u00e9 secr\u00e8te ici, ni de double vie ! Il n\u2019\u00e9tait personne. On ne le voyait pas. On savait \u00e0 peine qu\u2019il existait. Et le saurait-on, comment l\u2019approuver ? Il sauvait des vies, certes. Des vies innocentes. Mais, pour chacune, il envoyait les meurtriers en enfer dans des conditions dignes des pires s\u00e9ries gores. Et que dire de sa seconde activit\u00e9 !?<br \/>\nCar si le jour appartenait aux Humains et qu\u2019il ch\u00e2tiait cruellement tout esprit anim\u00e9 de mauvaises intentions \u00e0 leur \u00e9gard, la nuit appartenait aux Autres, et cette loi ne souffrait aucune exception.<br \/>\nAinsi \u00e9tait-il \u00e0 la fois bourreau et justicier. Traquant la nuit ceux qu\u2019il prot\u00e9geait le jour. La lumi\u00e8re des \u00e9toiles suffisait \u00e0 justifier ses actes.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>\u2014 Tu ne rentres pas Sixtine ? La nuit va bient\u00f4t tomber\u2026<br \/>\nLe tremblement dans la voix de Louisa \u00e9tait parfaitement perceptible. Mais ce soir, Sixtine n\u2019avait pas envie de la m\u00e9nager. Oui, quoi ? Elle n\u2019avait cess\u00e9 de lui casser les oreilles, \u00e0 p\u00e9rorer sans fin sur les beaux yeux de Yoam, le gars du courrier, quand ce n\u2019\u00e9tait pas sur ses fesses, moul\u00e9es dans son jean noir ! Aussi se contenta-t-elle de hausser les \u00e9paules sans rien r\u00e9pondre. Oui, elle aimait aussi mettre sa meilleure amie au supplice.<br \/>\n\u2014 Bon\u2026 Donc\u2026 J\u2019y vais ma ch\u00e9rie. A demain ?<br \/>\n\u2014 S\u00fbr Lou, \u00e0 demain ! Rentre vite ! accorda-t-elle avant de reporter son attention sur le citron de son Mojito.<br \/>\n\u2014 Votre amie \u00e0 raison, bel ange. Il ne faudrait pas vous faire prendre par la nuit\u2026 susurra une voix chaude derri\u00e8re d\u2019elle.<br \/>\nL\u2019homme \u00e9tait \u00e9l\u00e9gant, richement v\u00eatu et gomin\u00e9. Il puait la suffisance et la confiance en lui. Elle lui retourna un regard impudent et r\u00e9pondit :<br \/>\n\u2014 Mieux vaudrait me faire prendre par toi ? Qui te dit que tu saurais me satisfaire ?<br \/>\nPiqu\u00e9, il lui rendit un mauvais rictus et s\u2019\u00e9loigna non sans la maudire :<br \/>\n\u2014 Qu\u2019incubes et succubes t\u2019emportent et te fassent regretter ton arrogance, bitch ! Tu ne paies rien pour attendre.<br \/>\nElle le regarda s\u2019\u00e9loigner en souriant. Le couvre-feu ne tarderait pas \u00e0 retentir. Le g\u00e9rant du bar sonnait d\u00e9j\u00e0 le rappel des trainards et les invitait \u00e0 d\u00e9barrasser le plancher. Dommage\u2026 Elle siffla son cocktail d\u2019un trait, claqua cinq euros sur le comptoir et sortit. Elle aurait aim\u00e9 attendre la nuit ici, se faire r\u00e9primander, peut-\u00eatre, par un jeune policier en uniforme et jouer un moment \u00e0 la demoiselle en d\u00e9tresse. Mais son fr\u00e8re lui avait fait promettre de faire en sorte qu\u2019on ne se souvienne pas de son visage, si elle ne pouvait pas faire autrement que de faire des b\u00eatises\u2026<br \/>\nQu\u2019importe, elle ne rentrerait pas avant minuit ! Elle se baladerait dans Square Avenue, traverserait peut-\u00eatre le parc et se ferait rosser par quelque gobelins, cela ne lui \u00e9tait pas arriv\u00e9 depuis longtemps. Et puis, avec un peu de chance elle aurait le train de 23 h 15 ! Elle adorait le train de 23 h 15\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>\u2014 Mais c\u2019est que cette esp\u00e8ce de punkette en ska\u00ef m\u2019a cass\u00e9 une dent ! La salope !<br \/>\nIl la projeta contre le mur d\u00e9cr\u00e9pit et elle atterrit les fesses dans une flaque d\u2019huile. Du sang perlait \u00e0 sa l\u00e8vre inf\u00e9rieure. Sa pommette droite bleuissait. Sa robe satin\u00e9e noire \u00e9tait d\u00e9chir\u00e9e.<br \/>\nLe dragueur l\u2019avait suivie. Certes, elle ne l\u2019avait pas vu venir celui-l\u00e0\u2026 Elle payait, cette nuit, son arrogance.<br \/>\nIl approchait, sa belle gueule d\u00e9figur\u00e9e par le coup qu\u2019elle lui avait inflig\u00e9. Il avait perdu de sa superbe, mais ses yeux de psychopathe et le tressautement de sa m\u00e2choire ne le rendait que plus inqui\u00e9tant. Il \u00e9tait plus fort qu\u2019elle, c\u2019\u00e9tait un fait. Moins qu\u2019un orque toutefois.<\/p>\n<p>Avoir la rage faisait de Sixtine une adversaire coriace et contre qui il valait mieux ne pas se cogner dans la rue. Car si elle n\u2019avait peur de rien, ce n\u2019\u00e9tait pas uniquement parce qu\u2019elle \u00e9tait r\u00e9sistante.<br \/>\nElle avait cette haine d\u2019elle-m\u00eame qui lui conf\u00e9rait sa brutalit\u00e9 exacerb\u00e9e, son go\u00fbt de la violence et de la provocation. Elle n\u2019avait rien \u00e0 perdre et cela la rendait redoutable. Debout de nouveau, la poitrine \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9nud\u00e9e remontant et descendant rapidement au rythme de ses battements de c\u0153ur, elle se pr\u00e9parait \u00e0 un nouvel assaut.<br \/>\nIl n\u2019\u00e9tait pas question qu\u2019elle se rende sans se battre. Et elle survivrait, comme toujours. Qu\u2019elle ait le dessus ou non. Cependant, elle n\u2019avait pas l\u2019habitude d\u2019affronter les Humains. Et le sort que lui r\u00e9servait celui-ci ne faisait pas partie de ses trips.<br \/>\nLorsqu\u2019il l\u2019accula contre le container \u00e0 ordures et que la poign\u00e9e de m\u00e9tal s\u2019enfon\u00e7a dans ses flans. Lorsque l\u2019avant-bras lui maintint la t\u00eate en arri\u00e8re, ne laissant qu\u2019un filet d\u2019air lui br\u00fbler la gorge. Lorsque les doigts commenc\u00e8rent \u00e0 fourrager entre ses jambes. Alors, Sixtine eut peur.<br \/>\nV\u00e9ritablement. Et cela lui fit comme un \u00e9lectrochoc.<br \/>\nElle hurla !<br \/>\nLes larmes ruissel\u00e8rent, comme elles ne l\u2019avaient pas fait \u00e0 la mort de Dany\u00ebl. Ils s\u2019\u00e9taient tant aim\u00e9, avaient commis tant de folies ! Mais leur moto n\u2019avait pas r\u00e9sist\u00e9 face au train. De l\u00e0 datait sa mal\u00e9diction et sa folie autodestructrice !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>Le d\u00e9mon-vengeur traquait la fille qui semait la zizanie chez les non-humains. Une incassable \u00e0 ce qu\u2019il avait compris. Qui aimait les trains, tiens ! Mais ils \u00e9taient deux ce soir. Un homme l\u2019accompagnait.<br \/>\nDommage pour lui, l\u2019inconscient !<br \/>\nDans sa bouche, il sentait le go\u00fbt du sang et ses griffes le d\u00e9mangeaient f\u00e9rocement. Bient\u00f4t, il serait rassasi\u00e9 de chair et de sang.<br \/>\nLe cri qui retentit r\u00e9sonna en lui comme une sir\u00e8ne d\u2019alarme incandescente ! Lui retourna les tripes et lui fit monter la bile \u00e0 la gorge. Un instant, il se crut d\u00e9ment plus que d\u00e9mon : il connaissait cette voix ! Et il savait les intentions de l\u2019agresseur.<br \/>\nL\u2019odeur de peur m\u00eal\u00e9 de larmes l\u2019assaillit violemment, r\u00e9v\u00e9lant des souvenirs enfouis depuis trop longtemps et il s\u2019abattit sur l\u2019offenseur avec une rage incontr\u00f4lable, l\u2019\u00e9loignant de sa victime en lui broyant les os.<br \/>\nIl s\u2019acharnait sur le corps disloqu\u00e9, encore et encore, lorsqu\u2019il prit conscience que la jeune femme se tenait debout derri\u00e8re lui. Elle \u00e9tait toujours aussi belle, ses contusions s\u2019estompaient d\u00e9j\u00e0, et il se sentit plus monstrueux que jamais. Le silence les enveloppa sans qu\u2019il ose se tourner vers elle.<br \/>\n\u2014 Tu en as mis du temps ! souffla-t-elle finalement.<br \/>\n\u2014 Je te croyais morte.<br \/>\n\u2014 Moi aussi.<br \/>\n\u2014 Mais je suis mort.<br \/>\n\u2014 Moi aussi\u2026<br \/>\n\u2014 Sixtine\u2026 Tu vis. Et je suis un d\u00e9mon\u2026<br \/>\n\u2014 Non Dany\u00ebl\u2026 Un h\u00e9ros vengeur !<br \/>\n\u2014 Et tu n\u2019as rien \u00e0 faire dehors apr\u00e8s le cr\u00e9puscule\u2026<br \/>\n\u2014 J\u2019attends la mort chaque nuit depuis l\u2019accident.<br \/>\n\u2014 Je n\u2019aurais pas d\u00fb t\u2019emmener ce soir-l\u00e0\u2026 Qu\u2019ai-je fais de toi ? Pardonne-moi\u2026<br \/>\n\u2014 Ne dis pas \u00e7a. Je n\u2019aurais jamais d\u00fb te survivre\u2026 Tue-moi. Toi seul le peux. Tu me sauveras ! Tu<br \/>\nnous lib\u00e9reras.<br \/>\nAlors il se pencha vers elle et l\u2019embrassa, tandis que ses bras \u00e9caill\u00e9s la pressaient contre lui, fort, de plus en plus fort&#8230; Ils disparurent lentement, dans un rai de lumi\u00e8re \u00e9vanescent. La lumi\u00e8re des \u00e9toiles suffisait \u00e0 b\u00e9nir leur \u00e9treinte.<\/p>\n<p>Il faudrait \u00e0 Desitter-town un nouveau d\u00e9mon-vengeur.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h1>R\u00e9sultats<\/h1>\n<ul>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\">Originalit\u00e9 :<\/span> 5.5\/10<\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00c9criture :<\/span> 5.9\/10<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Les Commentaires des votants<\/h2>\n<p>J\u2019ai beaucoup de mal \u00e0 \u00e9valuer ce texte. Je pense que c\u2019est un genre qui ne m\u2019attire juste pas.<br \/>\nMa note basse rel\u00e8ve donc sans doute plus d\u2019un manque d\u2019affinit\u00e9s qu\u2019autre chose. Je vais tout de m\u00eame tenter de la justifier.<br \/>\nLes comics de mon enfance m\u2019attiraient par leurs couleurs, leur c\u00f4t\u00e9 manich\u00e9en \u00e9tait compens\u00e9 par l\u2019action, et les conflits int\u00e9rieurs des h\u00e9ros \u00e9taient sugg\u00e9r\u00e9s, et distill\u00e9s au fil des \u00e9pisodes.<br \/>\nIci, j\u2019ai regrett\u00e9 un manque de rythme (vingt lignes d\u2019action sur quatre pages), et la psychologie des personnages, pourtant travaill\u00e9e, ne m\u2019a pas convaincu. Par exemple, dans un monde o\u00f9 les humains sont divis\u00e9s en monstres sadiques et innocentes victimes, le \u2018vengeur\u2019\u00a0 fond de nuit sur tout humain, sans distinction, les consid\u00e9rant comme des rats juste bons \u00e0 se d\u00e9chirer entre eux. D\u00e8s lors, qui peuvent \u00eatre \u00e0 ses yeux les victimes auxquelles il rend justice ? Du coup, j\u2019ai eu beaucoup de mal \u00e0 m\u2019y attacher.<br \/>\nSixtine, caricature de l\u2019oiseau bless\u00e9 qui se fait cruel, rev\u00eat un c\u00f4t\u00e9 cynique qui peut \u00eatre dr\u00f4le, mais\u00a0 pas plus attachant \u00e0 mon go\u00fbt. En cons\u00e9quence, la grande r\u00e9v\u00e9lation sur leur pass\u00e9 commun m\u2019a un peu laiss\u00e9 de marbre.<br \/>\nLes autres persos transparaissent \u00e0 peine, je les ai trouv\u00e9 trop immat\u00e9riels, m\u00eame pour des faire-valoir (le fr\u00e8re de Sixtine, Louisa, Yoam).<br \/>\nJ\u2019ai n\u00e9anmoins appr\u00e9ci\u00e9 la mise en place d\u2019un univers sombre \u00e0 la Tim Burton qui se profilait par petites touches. J\u2019ai aussi aim\u00e9 l\u2019humour noir bien distill\u00e9 (h\u00e9h\u00e9h\u00e9&#8230; l\u2019avantage de ressembler \u00e0 un zombie&#8230; les poils de loup-garou suicidaire sur son pare-choc&#8230;).<br \/>\nTechniquement, j\u2019ai relev\u00e9 au niveau de l\u2019orthographe :<br \/>\nUne hargne contre les accents circonflexes (tra\u00eener, tra\u00eenards, br\u00fbler, repa\u00eetre).<br \/>\nUne d\u00e9votion excessive au pluriel (tout \u00e0 loisirS, masse abondanteS, quelqueS pr\u00e9dateurS terr\u00e9S derri\u00e8reS, quelque gobelinS).<br \/>\nEt quelques autres erreurs : NulLE besoin, ses pairEs,\u00a0 entrain (-&gt;en train),\u00a0 mur d\u00e9cr\u00e9piT.<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb La chaleur moite du mois d\u2019ao\u00fbt faisaittranspirer \u00a0\u00bb<br \/>\n\u00a0\u00bb Dans sa bouche, il sentait le go\u00fbt du sang et ses griffes le d\u00e9mangeaient f\u00e9rocement. Bient\u00f4t, il serait rassasi\u00e9 de chair et de sang. \u00a0\u00bb<br \/>\nR\u00e9p\u00e9tition&#8230;<br \/>\nJ&rsquo;aime pas du tout, je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre honn\u00eate mais on est pas l\u00e0 pour parler de mes go\u00fbts.<br \/>\nPremi\u00e8rement, j&rsquo;ai bien not\u00e9 l&rsquo;originalit\u00e9 plus pour l&rsquo;univers proche de Death Valley qu&rsquo;autre chose. Parce que si l&rsquo;on excepte cela, tout le d\u00e9lire punkette-goth qui est maudite et qui s&rsquo;en veut du fnd de son coeur depuis qu&rsquo;elle a perdu son homme, j&rsquo;ai envie de dire : ooooh&#8230;<br \/>\nApr\u00e8s, au niveau de l&rsquo;\u00e9criture c&rsquo;est plut\u00f4t pas mal, il y a quelque petite tournures\u00a0 qui sont aussi clich\u00e9s que le sc\u00e9narii mais rien de trop important.<br \/>\nAh, et au passage, la fin es p\u00e9t\u00e9 \u00e0 cents bornes (d&rsquo;o\u00f9 le manque d&rsquo;originalit\u00e9 selon moi) alors que vous\/tu n&rsquo;aves\/n&rsquo;as as pris la peine de sem\u00e9 de r\u00e9els d\u00e9tails ou indice, ce qui est un comble.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s enthousiasm\u00e9 au d\u00e9but par le style malgr\u00e9 quelques fautes (&lsquo;Par ses paires&rsquo; de chaussures ?) mais la nouvelle se &lsquo;d\u00e9roule&rsquo; bien.<br \/>\nDommage que la fin soit mi\u00e8vre \u00e0 souhait, \u00e7a g\u00e2che carr\u00e9ment le c\u00f4t\u00e9 noir et violent du r\u00e9cit.<br \/>\nDe plus, quelque chose qui m&rsquo;\u00e0 g\u00ean\u00e9 : Pourquoi utiliser des euros dans un monde totalement imaginaire ?<\/p>\n<p>La phrase de d\u00e9but est \u00e0 peine exploit\u00e9e dans ce texte.<br \/>\nUn conte sympathique sur des amants maudits (pour le coup, ils le sont vraiment eux!). Le monde manque d&rsquo;un peu de d\u00e9tail, contemporain, fantastiques, on ne sait pas trop se situer.<br \/>\nDe m\u00eame, on ne sait pas grand chose sur le d\u00e9mon tant qu&rsquo;on arrive ps \u00e0 la fin du texte, ce n&rsquo;est pas toujours tr\u00e8s clair.<br \/>\nAutre gros probl\u00e8me : les transitions entre paragraphes, ils sont parfois un peu abruptes et on se retrouve \u00e0 essayer de trouver qui parle de quoi au sujet de qui.<\/p>\n<p>d&rsquo;un monde nocturne m\u00ealant zombies, loups-garous, gnomes, trolls, dans une sorte de joyeux bordel qui nous pousserait \u00e0 vouloir en apprendre plus sur ce monde.<br \/>\nLa fin ne m&rsquo;a pas vraiment surprise. J&rsquo;ai l&rsquo;impression que l&rsquo;histoire \u00e9tait plut\u00f4t un pr\u00e9texte pour d\u00e9finir l&rsquo;univers dans lequel \u00e9voluait les personnages. Un pr\u00e9lude \u00e0 un futur roman peut-\u00eatre ?<\/p>\n<p>R\u00e9cit int\u00e9ressant, avec un bon rythme \u00e9galement, mais qui manque peut-\u00eatre de lissage pour le rendre encore plus fluide.<\/p>\n<p>Du post apocalyptique !<br \/>\nUne originalit\u00e9 dans la construction et le sujet, quelque peu att\u00e9nu\u00e9e par la mention r\u00e9p\u00e9t\u00e9e des poncifs du med fan (nain, gobelins, \u2026). Quel en est l\u2019int\u00e9r\u00eat, puisqu\u2019on ne les voit jamais et qu\u2019ils n\u2019ont aucune incidence sur le r\u00e9cit ? Je me serai pour ma part cantonner aux Morts vivants (zombis et donc vampires entre autre).<br \/>\nLa construction, c\u2019est la force du r\u00e9cit, avec ces 2 histoires parall\u00e8les, sans aucun rapport \u00e9vident et qui se rejoignent \u00e0 la fin.<br \/>\nJe regrette la grosse ficelle qui permet \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne de voir sa voiture r\u00e9par\u00e9e comme par magie.<br \/>\nLa fin est un peu fleure bleu, genre l\u2019amour suffit \u00e0 passer outre la mal\u00e9diction. Mais \u00e7a passe.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\n<p>Est\u00e9e R.\n11.5\/20\n6\u00e8me<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"?p=7380&amp;page=2\"><strong>? <\/strong>Vos commentaires<\/a><\/p>\n\nNoctambules\n<p><em>Reprise du sujet du <a title=\"Les Archives des Challenges (2005-2011)\" href=\"http:\/\/www.atorgael.com\/?page_id=1437&amp;page=3\">challenge n\u00b032<\/a><\/em><\/p>\n<p>La lumi\u00e8re des \u00e9toiles suffisait pour \u00e9clairer ses pas. Le vent se levait sur Desitter-town. La nuit avait envelopp\u00e9 les rues de son <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=7380\">... [Lire la suite]<\/a>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[326,126],"class_list":["post-7380","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-challenges","tag-challenge44","tag-les-challenges"],"views":9623,"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7380","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7380"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7380\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7380"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7380"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7380"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}