{"id":5897,"date":"2010-04-26T14:13:22","date_gmt":"2010-04-26T12:13:22","guid":{"rendered":"http:\/\/battle.atorgael.com\/?p=5897"},"modified":"2010-09-01T15:08:45","modified_gmt":"2010-09-01T13:08:45","slug":"chec-31-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=5897","title":{"rendered":"Challenge d&#039;\u00e9criture n\u00b031- Texte n\u00b03"},"content":{"rendered":"<h2>Lothar<\/h2>\n<p>Minuit moins cinq.<\/p>\n<p>L\u2019oeil \u00e9lectronique de la cam\u00e9ra s\u2019ouvre. Sa vision panoramique scrute une vo\u00fbte de b\u00e9ton massif et de roche nue, vivement \u00e9clair\u00e9e par des veilleuses de secours. On devine des sources lumineuses au plafond tandis que d\u2019autres sont fix\u00e9es aux parois, dans le champ de vision de la sentinelle. Le veilleur automatis\u00e9 se trouve \u00e0 un angle de la cath\u00e9drale de pierre, offrant une vue distordue mais compl\u00e8te de la nef. Les murs sont peints de frais, le sol r\u00e9gulier et lisse est marqu\u00e9 de motifs simples trac\u00e9s en jaune et noir, d\u00e9limitant des espaces de circulation, de stockage et de stationnement.<\/p>\n<p>A l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 gauche de sa vision cyclop\u00e9enne se profile une porte m\u00e9tallique circulaire massive, tandis qu\u2019un tunnel s\u2019enfonce dans l\u2019ombre sur sa droite. Preuve de la taille imposante de l\u2019\u00e9difice souterrain, des engins d\u2019excavation sont parqu\u00e9s le long de la paroi mais laissent un large acc\u00e8s au portail blind\u00e9. Sur le mur directement oppos\u00e9 au dispositif de surveillance se trouvent un unique panneau au lettrage impeccable signalant \u00ab Chicago Civil Defense Shelter \u00bb et une horloge chrom\u00e9e dont les aiguilles indiquent obstin\u00e9ment minuit moins cinq.<\/p>\n<p>Minuit moins quatre.<\/p>\n<p>Depuis des milliers d\u2019heures de surveillance, rien n\u2019a d\u00e9rang\u00e9 la qui\u00e9tude du lieu, nul n\u2019a foul\u00e9 le sol parsem\u00e9 de gravats et d\u2019outils rouill\u00e9s. Nul n\u2019a pos\u00e9 la main sur le tabernacle d\u2019acier herm\u00e9tiquement clos ni r\u00e9veill\u00e9 les engins immobiles sous leur linceul de poussi\u00e8re.<\/p>\n<p>La chapelle de pierre est faiblement \u00e9clair\u00e9e. Peu d\u2019ampoules grillag\u00e9es ont pass\u00e9 l\u2019\u00e9preuve du temps. Les survivantes clignotent et ajoutent leurs \u00e9clats vacillants \u00e0 l\u2019apparente d\u00e9solation des lieux. Des infiltrations d\u2019eau ruissellent sur les murs ternis et poreux et tombent du plafond goutte \u00e0 goutte, faisant \u00e9clore de petits bourgeons calcaires sur le sol brillant.<\/p>\n<p>L\u2019humidit\u00e9 fait son \u0153uvre, attaquant m\u00eame l\u2019\u00e9norme portail de sa morsure implacable. Face au veilleur taciturne, sous le panneau rouill\u00e9, l\u2019horloge rong\u00e9e par l\u2019oxydation affiche l\u2019heure inlassablement. Patiemment, la sentinelle poursuit sa garde du mausol\u00e9e.<\/p>\n<p>Minuit moins trois.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la poussi\u00e8re \u00e9paisse qui s\u2019accumule sur son orbite fixe et trouble sa perception, l\u2019oeil ne dort pas et reste alerte. Les raies lumineuses de phares percent l\u2019obscurit\u00e9 du tunnel et bient\u00f4t une demi douzaine de camions b\u00e2ch\u00e9s d\u00e9bouche en file indienne dans la catacombe. Les pneus des engins broient les stalactites dans un silence de fin du monde. Aucun son r\u00e9sonnant sous la vo\u00fbte ne parvient aux sens limit\u00e9s du veilleur, mais des remous de poussi\u00e8re et de fum\u00e9es d\u2019\u00e9chappements t\u00e9moignent du cataclysme miniature qui se produit dans la crypte jusqu\u2019alors inviol\u00e9e.<\/p>\n<p>Les v\u00e9hicules s\u2019immobilisent et des silhouettes mena\u00e7antes en jaillissent. Les hommes v\u00eatus de treillis et de brelages de cuir se d\u00e9ploient avec l\u2019agilit\u00e9 de f\u00e9lins alors que leurs casques d\u2019acier jettent des reflets mena\u00e7ants dans la p\u00e9nombre et que leurs brodequins mart\u00e8lent le sol sans un bruit.<\/p>\n<p>En quelques secondes, des dizaines de faces patibulaires sont align\u00e9es face \u00e0 l\u2019objectif. Un homme coiff\u00e9 d\u2019un k\u00e9pi et \u00e0 la poitrine bard\u00e9e de m\u00e9dailles passe en gesticulant dans les rangs, puis s\u2019approche d\u2019un terminal encastr\u00e9 pr\u00e8s de la porte monumentale. Apr\u00e8s avoir activ\u00e9 les commandes d\u2019ouverture du sas, il se retourne vers les hommes au visage de marbre et s\u2019agite de plus belle tandis que le disque blind\u00e9 se met en mouvement pour la premi\u00e8re fois depuis des ann\u00e9es. Il semble tout d\u2019abord \u00eatre aspir\u00e9 dans le mur, puis se d\u00e9robe rapidement dans un compartiment blind\u00e9 en roulant sur lui m\u00eame. Une vague h\u00e9sitation semble parcourir les rangs des bidasses alors que la vision de la cam\u00e9ra vibre et que des gravats tombent du plafond.<\/p>\n<p>Quand la grotte cesse de trembler, l\u2019orateur ach\u00e8ve sa harangue muette et les soldats se d\u00e9ploient. Dans un ballet synchronis\u00e9 ils entreprennent de d\u00e9blayer la nef, de d\u00e9charger du mat\u00e9riel des camions et d\u2019investir le souterrain qui leur est livr\u00e9.<\/p>\n<p>Minuit moins deux.<\/p>\n<p>Devant l\u2019oeil impassible d\u00e9filent de petits groupes d\u2019hommes et de femmes, encadr\u00e9s par des militaires en armes et tra\u00eenant derri\u00e8re eux enfants et bagages. La tension et le soulagement, la joie et la tristesse se lisent sur les visages. L\u2019apparence de ces nouveaux venus les distingue des gardes rigides qui les guident : les hommes sont v\u00eatus de complets sombres, de vestes longues et de chapeaux. Ca et l\u00e0, une paire de lunettes rondes, une mallette de cuir ou une pipe diff\u00e9rencie de justesse ces hommes aust\u00e8res, apparemment sortis du m\u00eame moule que les encasqu\u00e9s kaki. Les femmes dans leur toilette du dimanche, coiffures fris\u00e9es achev\u00e9es dans l\u2019urgence, trottent \u00e0 petits pas anxieux en entra\u00eenant leurs marmots apeur\u00e9s ou hilares accroch\u00e9s \u00e0 leurs jupes.<\/p>\n<p>Tout au long de cette procession, des regards sont jet\u00e9s par-dessus les \u00e9paules, l\u2019attention des soldats semble \u00e9galement se porter plus sur les tunnels sombres que sur le troupeau, comme si une menace inconnue pouvait en surgir \u00e0 tout moment pour s\u2019interposer entre ces hommes et la porte vers laquelle ils se h\u00e2tent.<\/p>\n<p>Minuit moins une.<\/p>\n<p>Devant la porte circulaire mi close, un cordon de s\u00e9curit\u00e9 est form\u00e9. Des militaires abrit\u00e9s derri\u00e8re leur lourd bouclier anti-\u00e9meutes, la visi\u00e8re de plexiglas de leurs casques rabattue sur leurs visages tendus, tiennent en respect la foule disparate qui a envahi l\u2019antichambre de l\u2019abri.<\/p>\n<p>Alors que la mar\u00e9e humaine se presse contre le barrage des forces de l\u2019ordre, un deuxi\u00e8me cordon d\u2019officiers se d\u00e9ploie en retrait, avant de se h\u00e9risser de fusils. Au spectacle des armes qui se pointent vers eux, le vernis de la civilisation qui recouvre les r\u00e9fugi\u00e9s s\u2019\u00e9br\u00e8che, lib\u00e9rant leur nature d\u2019animaux terroris\u00e9s. Des individus s\u2019agitent, invectivent, puis bousculent la rang\u00e9e de boucliers. La r\u00e9ponse ne tarde pas, les matraques de bois repoussent les premiers assaillants, entra\u00eenant une escalade dans la riposte.<\/p>\n<p>Bient\u00f4t la nef est satur\u00e9e de gaz lacrymog\u00e8nes et les gueules des armes aboient en silence. Profitant du reflux anarchique des civils, les troupes ordonnent leur repli dans l\u2019abri et enclenchent la fermeture du sas.<\/p>\n<p>Quelques hommes bien b\u00e2tis se jettent sur l\u2019ouverture qui se resserre mais sont fauch\u00e9s par des tirs provenant de l\u2019int\u00e9rieur. Un de ces d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s parvient malgr\u00e9 tout \u00e0 s\u2019introduire dans l\u2019abri et y dispara\u00eet, tandis qu\u2019un dernier homme en bras de chemises tente de maintenir l\u2019engrenage ouvert. La chair et les os luttent vainement contre plusieurs tonnes d\u2019acier jusqu\u2019\u00e0 la conclusion in\u00e9vitable et inesth\u00e9tique de ce combat perdu d\u2019avance. Apr\u00e8s un bref mouvement de recul, la foule se rue \u00e0 nouveau sur le portail clos et le mart\u00e8le du poing, du plat de la main, en vain. Des heures durant, l\u2019appareil sans \u00e2me enregistre patiemment chaque contorsion, chaque poing lev\u00e9, chaque cri muet.<\/p>\n<p>Minuit.<\/p>\n<p>Ils sont moins nombreux \u00e0 pr\u00e9sent. Las ou r\u00e9sign\u00e9s, beaucoup on repris la direction des tunnels. Leur regard est froid et d\u00e9termin\u00e9. Quel que soit le destin qui les attend dehors, ils vont \u00e0 sa rencontre en abandonnant toute crainte et tout espoir.<\/p>\n<p>D\u2019autres s\u2019acharnent et occupent le souterrain. Les commandes d\u2019ouvertures de la porte ne r\u00e9pondent pas \u00e0 ceux qui tentent de les manipuler, pas plus que ne r\u00e9pondent les occupants de la crypte fortifi\u00e9e. Quelques hommes et femmes, escaladent les v\u00e9hicules gar\u00e9s le long du mur, viennent agiter des pancartes sous l\u2019oeil imperturbable. Leurs visages d\u00e9form\u00e9s par la terreur articulent des supplications, des menaces, des insultes. La cam\u00e9ra compile consciencieusement chacun de leurs slogans, chacun de leurs traits bestiaux, chacune de leurs pupilles dilat\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans le souterrain transform\u00e9 en chapelle, les pri\u00e8res et les pleurs r\u00e9sonnent sans bruit ; l\u2019horloge vient de marquer l\u2019heure fatidique. Une brise l\u00e9g\u00e8re soul\u00e8ve la poussi\u00e8re du sol, les v\u00eatements et les cheveux fument avant de prendre feu, les peintures murales et les peaux se cloquent. Bient\u00f4t les groupes en pri\u00e8re et familles serr\u00e9es dans l\u2019attente ne sont plus que des torches fig\u00e9es, encore inconscientes de leur sort. Puis vient le souffle, la d\u00e9sint\u00e9gration, l\u2019oubli. Alors que les engins de chantier et les camions abandonn\u00e9s sont soulev\u00e9s, retourn\u00e9s et vrill\u00e9s par une force colossale, les squelettes noircis et friables se volatilisent dans une mer de feu. Un magma de d\u00e9bris de toutes sortes est projet\u00e9 contre la porte, la scellant sous un monceau de carcasses et de roches. La cam\u00e9ra vacille sous les coups, sa vision se trouble sous l\u2019effet de la chaleur, puis dans une derni\u00e8re vision fugitive de formes humaines d\u00e9calqu\u00e9es sur les murs noircis, une suie \u00e9paisse engloutit toute la lumi\u00e8re et aveugle \u00e0 jamais ce t\u00e9moin silencieux.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/battle.atorgael.com\/_wp_atorv10\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/wordpress\/img\/trans.gif?w=650\" alt=\"\" \/><\/p>\n<h2>R\u00e9sultat<\/h2>\n<p>Votes non significatifs.<\/p>\n<h2>Commentaires des votants<\/h2>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>Une variation sur le th\u00e8me de l&rsquo;Horloge de l&rsquo;Apocalypse de Chicago, avec une cam\u00e9ra fixe comme observateur sourd et muet.<\/p>\n<p>\u201d\u2026Les pneus des engins broient les stalactites\u2026\u201d &#8211; Ils roulent donc au plafond !<br \/>\n\u201d\u2026silhouettes mena\u00e7antes\u2026\u201d et \u201d\u2026reflets mena\u00e7ants\u2026\u201d dans le m\u00eame paragraphe!<br \/>\nUne histoire qui fait peur, bien men\u00e9e et qui respecte parfaitement le th\u00e8me.<br \/>\nBravo.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Lothar\n<p>Minuit moins cinq.<\/p>\n<p>L\u2019oeil \u00e9lectronique de la cam\u00e9ra s\u2019ouvre. 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