{"id":5197,"date":"2008-09-01T14:23:17","date_gmt":"2008-09-01T13:23:17","guid":{"rendered":"http:\/\/battle.atorgael.com\/?p=5197"},"modified":"2008-09-01T14:23:17","modified_gmt":"2008-09-01T13:23:17","slug":"challenge-n%c2%b021-texte-n%c2%b02","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=5197","title":{"rendered":"Challenge n\u00b021 &#8211; Texte n\u00b02"},"content":{"rendered":"<h1>Linuial<\/h1>\n<p>L\u2019obscurit\u00e9 \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 depuis une heure mais de toute fa\u00e7on, \u00e0 cette \u00e9poque de l\u2019ann\u00e9e, il ne vivait plus que dans le noir. Le matin \u00e0 six heures, il faisait encore nuit. La journ\u00e9e au bureau, les stores \u00e9taient constamment baiss\u00e9s du fait de son cr\u00e9tin de coll\u00e8gue qui ne supportait pas le moindre reflet sur son \u00e9cran. Enfin le soir, souvent \u00e0 la traine dans ses dossiers, il ne sortait jamais assez t\u00f4t pour voir le soleil se coucher. Ce fois-l\u00e0 ne faisait pas exception et il se mangea deux heures suppl\u00e9mentaires dont il ne verrait jamais la couleur\u2026 En tant que prestataire externe, il ne pouvait pas se garer sur le parking de la bo\u00eete et \u00e9tait oblig\u00e9 de prendre les transports en commun pour venir travailler. Ca lui doublait la dur\u00e9e de son trajet. Quitte \u00e0 mettre des plombes et plut\u00f4t que de rentrer tout de suite chez lui, il d\u00e9cida d\u2019aller faire un crochet au troc de la rue des gazelles.<\/p>\n<p>Ses potes de comptoir \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 et le patron lui servit un sourire gras : \u00ab Alors, encore une journ\u00e9e de chiotte mon vieux ? \u00bb Il soupira comme \u00e0 son habitude et commen\u00e7a \u00e0 vider son sac petit \u00e0 petit jusqu\u2019\u00e0 ce que les vannes soient grandes ouvertes. Au d\u00e9but, il ne parla que de son boulot et de ses coll\u00e8gues. Des autistes qui le snobaient sans remord. Il aima \u00e0 leur casser du sucre sur le dos et continua sur sa lanc\u00e9e pour critiquer activement son reptile de chef. Le barbu grisonnant qui maintenait le comptoir debout secouait fr\u00e9n\u00e9tiquement la t\u00eate, semblant parfois acquiescer \u00e0 ses propos. Son expos\u00e9 \u00e9tait ponctu\u00e9 de nombreux \u00ab moi je \u00bb, \u00ab \u00e7a serait moi \u00bb et de \u00ab tous des pourris \u00bb car in\u00e9vitablement arrivait les sujets politiques. En plus du barbu, trois consommateurs v\u00e9t\u00e9rans participaient activement, provoquant moult d\u00e9bats et r\u00e9flexions hautement spirituelles. Vers la fin de la soir\u00e9e, arrivait le sujet d\u00e9sastreux des femmes et de la vie sentimentale.<\/p>\n<p>Finalement \u00e0 court de munition, il avait tout donn\u00e9. Un peu \u00e9m\u00e9ch\u00e9 mais certain d\u2019\u00eatre l\u2019homme de tous les d\u00e9fis que l\u2019on avait honteusement \u00e9vinc\u00e9 par jalousie, il paya fi\u00e8rement ses consommations. La d\u00e9monstration avait \u00e9t\u00e9 faite une fois encore que le monde \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du bistrot n\u2019\u00e9tait rempli que de l\u00e2ches et de parvenus, aussi se mit-il en route pour prendre le dernier wagon jusque chez lui. Dehors il n\u2019y avait pas de vent, ce qui donnait pour la saison une impression de douceur insolite. Il lambina et dut courir pour attraper le train. Dans le compartiment, en plus de quelques couches-tard, il remarqua une jeune femme qui lisait un roman \u00e0 couverture couleur cr\u00e8me. Il l\u2019a trouva belle et s\u2019imagina la charmer tel un Apollon irr\u00e9sistible \u00e0 l\u2019\u00e9loquence rare. C\u2019est alors qu\u2019ils arriv\u00e8rent.<\/p>\n<p>Bruyant, bariol\u00e9s de couleurs vulgaires et accompagn\u00e9s d\u2019une musique forte, les deux jeunes envahirent le wagon. Ils se dirig\u00e8rent vers la femme, bousculant et gueulant sur les rares passagers. Il les vit l\u2019agresser et la secouer. La peur lui tordit le ventre et son regard rencontra ses genoux. La femme appelait \u00e0 l\u2019aide mais n&rsquo;\u00e9coutant que son courage qui ne lui disait rien, il \u00e9vita d&rsquo;intervenir. De longues minutes plus tard, vint un arr\u00eat. Les voyous gifl\u00e8rent la fille, prirent son sac et sortirent en n\u2019omettant pas d\u2019insulter copieusement tout le monde. Le silence tel une g\u00e9latine collante semblait avoir envahi le compartiment. La fille sanglotait mais il ne l\u2019entendait pas.<\/p>\n<p>Plus tard ou juste apr\u00e8s, il arriva chez lui. Dans son lit, une femme dormait depuis plusieurs heures. Il pr\u00e9f\u00e9ra rester dans le salon pour s\u2019effondrer dans un fauteuil miteux h\u00e9rit\u00e9 de sa grand-m\u00e8re. S\u2019invitant entre ses oreilles, un fantasme prit vie avec le train pour d\u00e9cors. Cette fois, h\u00e9ros de la production, il eut le cran et le talent de ma\u00eetriser les agresseurs. Sa t\u00eate essayait de le soulager ainsi, tel un exorcisme, mais le r\u00e9veil n\u2019en restait pas moins amer. Il resta longtemps \u00e0 regarder son reflet dans l\u2019\u00e9cran de la t\u00e9l\u00e9. Son image \u00e9tait floue, d\u00e9form\u00e9e et gris\u00e2tre, prisonni\u00e8re de deux m\u00e8tres carr\u00e9s de plastique.<\/p>\n<p>Cette nuit-l\u00e0, il ne dormit pas. Pour le lendemain et pour tous les autres jours qui suivraient, il savait que le ciel lui serait \u00e0 jamais cach\u00e9.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h2>R\u00e9sultats<\/h2>\n<p><strong>2\u00e8me au classement g\u00e9n\u00e9ral.<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Note finale : 14.8\/20\n<ul>\n<li>Originalit\u00e9 : 7.2\/10<\/li>\n<li>\u00c9criture : 7.6\/10<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Commentaires des votants<\/h2>\n<ul>\n<li>\n<div>Je trouve que la partie agression aurait m\u00e9rit\u00e9 plus de lignes afin de faciliter la, mais dans le challenge ce n\u2019est pas possible. Il aurait fallu se concentrer sur elle? Mais dans l&rsquo;ensemble c&rsquo;est un bon texte, le personnage est rapidement compris bravo<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div>Bon vocabulaire. Des fautes de syntaxe et des lourdeurs dans le style. Texte trop convenu.<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div>Le texte qui m&rsquo;a le plus plu \u00e0 la premi\u00e8re lecture, la seconde n&rsquo;a pas vraiment chang\u00e9 mon opinion. Un texte peu commun pour raconter une vie tristement commune.<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div>Le sujet et bon mais aurait pu \u00eatre mieux trait\u00e9 au niveau du style: l&rsquo;utilisation te mots familiers ne correspond pas \u00e0 la formulation des phrases en g\u00e9n\u00e9ral, qui est plut\u00f4t classique.<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div>Terriblement bien rendu, je me v\u00e9ritablement senti mal \u00e0 l&rsquo;aise pour le pauvre gus.<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div>La premi\u00e8re partie sent le v\u00e9cu \ud83d\ude09<\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Petite remarque : \u201cil aima \u00e0 leur casser du sucre\u201d ? Il prit plaisir<br \/>\nTr\u00e8s r\u00e9ussi : d&rsquo;un coup, on est saisi par le malaise du personnage. Et en plus \u00e7a fait r\u00e9fl\u00e9chir. Tr\u00e8s bon.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<div>On a affaire ici \u00e0 une histoire \u00e0 propos de la l\u00e2chet\u00e9 ordinaire, plut\u00f4t bien \u00e9crite mais encore un peu perfectible. Bien qu&rsquo;elle soit utile pour cerner le personnage et s&rsquo;immiscer dans sa t\u00eate, la sc\u00e8ne du bar est trop longue. On comprend assez rapidement que l&rsquo;homme est un paum\u00e9 qui croit valoir mieux que tout le monde dans sa vie sans saveur et qu&rsquo;il va d\u00e9chanter au paragraphe suivant. De petites coupes \u00e0 faire, donc.<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div>Belle maitrise de l&rsquo;histoire, \u00e7a coule bien, on est dedans et le th\u00e8me est bien respect\u00e9. Bravo.<\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Quelques approximations dans l&rsquo;\u00e9criture avec des expressions pas forc\u00e9ment bienvenue. Joli texte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Linuial\n<p>L\u2019obscurit\u00e9 \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 depuis une heure mais de toute fa\u00e7on, \u00e0 cette \u00e9poque de l\u2019ann\u00e9e, il ne vivait plus que dans le noir. Le matin \u00e0 six heures, il faisait encore nuit. La journ\u00e9e au bureau, les stores \u00e9taient <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=5197\">... [Lire la suite]<\/a>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[126,72],"class_list":["post-5197","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-challenges","tag-les-challenges","tag-linuial"],"views":3680,"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5197","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5197"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5197\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5197"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5197"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5197"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}