{"id":5191,"date":"2008-11-01T13:58:07","date_gmt":"2008-11-01T12:58:07","guid":{"rendered":"http:\/\/battle.atorgael.com\/?p=5191"},"modified":"2008-11-01T13:58:07","modified_gmt":"2008-11-01T12:58:07","slug":"challenge-n%c2%b022-texte-n%c2%b06","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=5191","title":{"rendered":"Challenge n\u00b022 &#8211; Texte n\u00b06"},"content":{"rendered":"<h1>Victor<\/h1>\n<p>Qui suis-je pour m&rsquo;opposer \u00e0 sa volont\u00e9 ?<\/p>\n<p>Son pistolet encore fumant braqu\u00e9 sur le front disloqu\u00e9 de l&rsquo;homme \u00e9tendu dans la boue, le commissaire se tourne lentement vers nous. Il se tient tr\u00e8s droit, un pied sur la poitrine du cadavre, semblant ne pas se soucier des obus qui tombent autour de la tranch\u00e9e. Le sergent a voulu nous \u00e9viter de charger dans cet enfer, de suivre l&rsquo;ordre absurde d&rsquo;un \u00e9tat major sanguinaire. Et il est mort. Lui seul a eu le courage de protester, en d\u00e9pit des cons\u00e9quences qu&rsquo;il connaissait parfaitement.<br \/>\nSerr\u00e9s les uns contre les autres, adoss\u00e9s la paroi terreuse, nous n&rsquo;osons pas faire un geste. Pi\u00e9g\u00e9s sur ce monde qui n&rsquo;est plus qu&rsquo;un vaste r\u00e9seau de tranch\u00e9es \u00e9cras\u00e9es sous les bombes, nous n&rsquo;avons que deux choix: mourir de la main des rebelles ou de celle du commissaire.<\/p>\n<p>Il balaye \u00e0 pr\u00e9sent nos rang de son regard froid et impitoyable, son regard de tueur sans \u00e2me. Aucun de nous n&rsquo;ose baisser les yeux. Il se lance alors dans une harangue enflamm\u00e9e sur l&rsquo;honneur, le sacrifice et le devoir. Entre le sifflement des obus et le tonnerre des explosions, je l&rsquo;entend \u00e0 peine. Je redoute pourtant le moment o\u00f9 il se taira: cela ne pourra signifier qu&rsquo;une chose. Constatant le peu d&rsquo;effet qu&rsquo;ont ses paroles, le commissaire furieux braque soudain son arme sur nous et tire plusieurs fois en hurlant. Nous n&rsquo;avons plus le choix. Laissant derri\u00e8re nous le corps du malheureux abattu au hasard, nous ramassons nos armes et fon\u00e7ons \u00e0 d\u00e9couvert. Je sens ses yeux dans notre dos et entend le bourdonnement de son \u00e9p\u00e9e tron\u00e7onneuse.<\/p>\n<p>Alors que nous chargeons \u00e0 travers les nappes de fum\u00e9e, l&rsquo;artillerie tonne de plus belle et les mitrailleuses donnent de la voie. La terre soulev\u00e9e par les obus vole en tous sens, bient\u00f4t accompagn\u00e9s par des morceaux de chair.<br \/>\nJe cours en zigzags, tr\u00e9buchant dans la boue m\u00eal\u00e9e de sang, assourdi par le vacarme apocalyptique des d\u00e9flagrations. Une balle rebondit sur mon casque tandis qu&rsquo;une autre fr\u00f4le mon tibia, mon sang gicle sur mon treillis. Je m&rsquo;effondre en hurlant de douleur dans un crat\u00e8re rempli d&rsquo;eau, au c\u00f4t\u00e9 des corps \u00e0 peine reconnaissables de mes camarades. Une vol\u00e9e de shrapnells passe au dessus de ma t\u00eate tandis que je continue \u00e0 avancer en rampant, mes coudes d\u00e9rapant dans la glaise. Mes oreilles bourdonnent, mes yeux sont voil\u00e9s de larmes.<br \/>\nUne poigne de fer me saisit par le col et me rel\u00e8ve sans m\u00e9nagement. Sans un mot, le commissaire me lance en avant. Je reprend tant bien que mal ma course titubante, autant pour attaquer que pour fuir ce d\u00e9ment.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9bouchons soudain dans le champ de barbel\u00e9s qui pr\u00e9c\u00e8de la tranch\u00e9e adverse. Trop proche de leurs lignes pour \u00eatres bombard\u00e9s, nous continuons \u00e0 courir. Les pointes ac\u00e9r\u00e9es s&rsquo;agrippent \u00e0 nos treillis et \u00e0 nos chairs tandis que les mitrailleuses nous d\u00e9ciment. Des mines explosent. Des hommes tombent autour de moi, cribl\u00e9s de tirs. Nous vacillons sous le feu ennemi, notre avance est enray\u00e9e. Les cris des mourants emplissent l&rsquo;air.<\/p>\n<p>Un silhouette se dresse dans la brume. Le commissaire nous a d\u00e9pass\u00e9 et charge \u00e0 pr\u00e9sent l&rsquo;\u00e9p\u00e9e au clair, comme invuln\u00e9rable aux balles qui sifflent autour de lui. Je vois distinctement une bruine \u00e9carlate jaillir de son \u00e9paule, mais il ne ralentit m\u00eame pas.<br \/>\nNous nous relevons comme un seul homme et courons \u00e0 sa suite. Nous parcourons les derniers m\u00e8tres qui nous s\u00e9parent de la tranch\u00e9e en poussant notre cris de guerre. Des grenades explosent, for\u00e7ant les rebelles \u00e0 baisser la t\u00eate. Je l\u00e2che une rafale du haut du remblais avant de sauter parmi eux.<\/p>\n<p>Le corps \u00e0 corps fait rage dans cet espace exigu. Des coups de feu claquent, des hommes vautr\u00e9s dans la boue se massacrent \u00e0 coups de poignards ou m\u00eame \u00e0 mains nues. Ce ne sont plus des hommes, ce sont des b\u00eates sauvages. Un rebelle se rue sur moi, une pelle lev\u00e9e pour me fendre le cr\u00e2ne. Je pare tant bien que mal ses coups avec le corps de mon fusil, je recule sous l&rsquo;assaut et tombe \u00e0 la renverse. Emport\u00e9 par son \u00e9lan, il tr\u00e9buche et s&rsquo;\u00e9tale sur moi. Il a l\u00e2ch\u00e9 son arme et tente \u00e0 pr\u00e9sent de m&rsquo;\u00e9trangler. Mon fusil est coinc\u00e9 entre nous deux, inutilisable. Je rue sauvagement et hurle comme un poss\u00e9d\u00e9, nous roulons sur le c\u00f4t\u00e9 dans une gerbe d&rsquo;eau boueuse. C&rsquo;est \u00e0 mon tour de le plaquer au sol, je vois l&rsquo;eau gicler dans ses yeux bleus aux pupilles dilat\u00e9es. Ses mains enserrent toujours ma gorge, mais je parviens \u00e0 les \u00e9carter et \u00e0 lui donner un coup de t\u00eate, de toutes mes forces. L&rsquo;arr\u00eate de mon casque lui broie le nez dans un craquement atroce. Il g\u00e9mit comme une b\u00eate, son sang macule mon visage. Je me redresse \u00e0 demi, r\u00e9cup\u00e8re mon fusil et lui abat violement la crosse sur la face. Encore et encore et encore.<\/p>\n<p>Un crissement aigu derri\u00e8re moi me rappelle enfin \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Je me retourne, \u00e9tourdi, pour voir le commissaire achever le dernier rebelle. D&rsquo;une torsion du poignet, il extirpe l&rsquo;\u00e9p\u00e9e tron\u00e7onneuse du cr\u00e2ne de sa victime. Des fragments d&rsquo;os et de mati\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale aspergent son uniforme.<br \/>\nJe me rel\u00e8ve lentement, la t\u00eate me tourne. Mon regard parcourt le charnier qu&rsquo;est devenu la tranch\u00e9e. Le sol et les cadavres tordus qui le recouvrent sont macul\u00e9s d&rsquo;h\u00e9moglobine, comme s&rsquo;il en avait plu.<br \/>\nLe commissaire est mont\u00e9 sur un abri en rondins. Les bras ballants, ils l\u00e8ve vers le ciel un regard extatique. Un sourire s&rsquo;\u00e9tale sur ses l\u00e8vres alors qu&rsquo;il entonne une pri\u00e8re \u00e0 l&rsquo;Empereur.<\/p>\n<p>Ma d\u00e9charge de laser lui d\u00e9chire l&rsquo;abdomen. Il s&rsquo;effondre en grognant et glisse du toit de l&rsquo;abri, r\u00e9pandant ses entrailles parmi les cadavres de ses victimes. Son long manteau forme un tas de chiffon grotesque autour de lui.<br \/>\nJe me d\u00e9tourne et le laisse agoniser.<br \/>\nQui est-il pour m&rsquo;imposer sa volont\u00e9?<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h2>R\u00e9sultats<\/h2>\n<p><strong>6\u00e8me au classement g\u00e9n\u00e9ral.<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Note finale : 13.4\/20\n<ul>\n<li>Originalit\u00e9 : 6.8\/10<\/li>\n<li>\u00c9criture : 6.6\/10<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Commentaires des votants<\/h2>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>Diantre! A nouveau un texte double! A la fin de la lecture du second texte, je comprends que j&rsquo;ai beaucoup aim\u00e9 l&rsquo;ensemble. Un peu plus court peut-\u00eatre?<\/p>\n<p>Th\u00e8me un peu convenu, mais bien ma\u00eetris\u00e9. J&rsquo;aime beaucoup le clin d&rsquo;oeil \u00e0 la phrase de d\u00e9part. Par contre, si on pouvait \u00e9viter de faire des double points de vue aux challenges\u2026<\/p>\n<p>Le d\u00e9but est moins bon que la version du commissaire. Les descriptions sont plus convenues, et comme souvent dans ce genre de double texte, l\u2019effet de surprise est pass\u00e9 car il s\u2019agit finalement de la m\u00eame sc\u00e8ne \u00e0 nouveau racont\u00e9e.<br \/>\nLa fin est plus int\u00e9ressante, puisqu\u2019on assiste \u00e0 de nouveaux \u00e9v\u00e8nements : le corps \u00e0 corps et surtout la mort du commissaire, avec une fin tr\u00e8s bien trouv\u00e9e.<br \/>\nPar contre, il y a pas mal de petites fautes :<br \/>\nnos rang ? nos rangs<br \/>\nJe reprend tant bien que mal = Je reprends<br \/>\nUn silhouette ? Une<br \/>\nnotre cris de guerre ? Notre cri<br \/>\ndu remblais ? du remblai<\/p>\n<p>Bizarre tes paragraphes : qu&rsquo;est-ce qui fait que tu sautes une ligne ou pas ? Histoire tr\u00e8s convenue mais bien \u00e9crite.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Victor\n<p>Qui suis-je pour m&rsquo;opposer \u00e0 sa volont\u00e9 ?<\/p>\n<p>Son pistolet encore fumant braqu\u00e9 sur le front disloqu\u00e9 de l&rsquo;homme \u00e9tendu dans la boue, le commissaire se tourne lentement vers nous. Il se tient tr\u00e8s droit, un pied sur la poitrine du <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=5191\">... 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