{"id":3802,"date":"2009-12-14T10:39:58","date_gmt":"2009-12-14T09:39:58","guid":{"rendered":"http:\/\/battle.atorgael.com\/?p=3802"},"modified":"2009-12-14T10:39:58","modified_gmt":"2009-12-14T09:39:58","slug":"eltharion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=3802","title":{"rendered":"Eltharion"},"content":{"rendered":"<p>Venus de l&rsquo;est, port\u00e9s par la temp\u00eate, les gobelins arriv\u00e8rent. Ils parcouraient les vagues sur une vaste flotte de vaisseaux rudimentaires, transportant des milliers de cruels guerriers \u00e0 la peau verte. Ils prirent pied sur la gr\u00e8ve, leurs navires battus par le vent, leurs voiles en lambeaux. Plus de la moiti\u00e9 de la horde grouillante avait p\u00e9ri en mer, terrass\u00e9e par le scorbut, d\u00e9vor\u00e9e par les krakens, leurs vaisseaux disloqu\u00e9s sur les r\u00e9cifs de la Mer de la Terreur et leurs esprits ravag\u00e9s par les illusions autour des IIes Mouvantes. Plus de la moiti\u00e9 avaient disparu mais ils \u00e9taient encore innombrables. Deux fois dix mille vivaient encore et leurs yeux brillaient d&rsquo;une lueur mal\u00e9fique.<\/p>\n<p>Grom \u00e9tait leur chef ; adipeux, puissant, cruel et rus\u00e9. A sa suite, la horde avait trac\u00e9 une route de carnage depuis le coeur de silex des Montagnes du Bord du Monde, \u00e0 travers les marches de l&rsquo;Empire jusqu&rsquo;aux rivages de la Mer des Griffes. Elle avait br\u00fbl\u00e9 de nombreux ch\u00e2teaux humains, pill\u00e9 de nombreuses tombes de rois nains. Elle avait mis des arm\u00e9es en d\u00e9route et massacr\u00e9 d&rsquo;innombrables soldats. Grom aurait pu se b\u00e2tir un empire dans le Vieux Monde. Il aurait pu balayer les royaumes des hommes et \u00e9lever un domaine sur leurs ruines. Il choisit de ne pas le faire car il avait eu une vision. Ses dieux lui avaient parl\u00e9 et pr\u00e9dit qu&rsquo;il serait le fl\u00e9au des elfes.<\/p>\n<p>Grom \u00e9tait la voix de la Waagh. Touch\u00e9 par les dieux, il \u00e9tait la vivante incarnation de l&rsquo;esprit de conqu\u00eate de sa race. Debout sur ce rivage maudit, il avait promis \u00e0 sa horde de nouvelles terres \u00e0 conqu\u00e9rir, de nouveaux ennemis \u00e0 tuer et de nouveaux tr\u00e9sors \u00e0 piller. Grom avait parl\u00e9 et la horde l&rsquo;avait \u00e9cout\u00e9 car il parlait avec les mots que les dieux avaient insinu\u00e9s dans leurs noirs esprits.<\/p>\n<p>Ils avaient b\u00e2ti d&rsquo;immenses carcasses flottantes et avaient pris la mer. Les courants les avaient port\u00e9 loin dans l&rsquo;Oc\u00e9an Occidental jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la temp\u00eate les prenne dans sa poigne de fer. Comme la main d&rsquo;un dieu mauvais, elle les avait jet\u00e9 sur les rivages d&rsquo;Ulthuan. La mer en furie avait bloqu\u00e9 les vaisseaux elfes au port et les gardes maritimes d&rsquo;Ulthuan ne savaient rien de l&rsquo;invasion. Les vents violents avaient dispers\u00e9 les brumes magiques qui prot\u00e9geaient habituellement les rivages de l&rsquo;est, comme si un noir dessein voulait que le fl\u00e9au s&rsquo;abatte sur les elfes.<\/p>\n<p>Les vaisseaux accost\u00e8rent \u00e0 Cairn Lotherl, dans le royaume que les elfes appelaient Yvresse. Grom fit descendre ses troupes et ordonna de br\u00fbler les bateaux. Quarante jours de mer avaient s\u00e9rieusement \u00e9prouv\u00e9 sa patience et il avait jur\u00e9 de ne plus remettre les pieds sur un bateau.<\/p>\n<p>Au son d&rsquo;immenses tambours, la horde se mit en marche en direction du sud, br\u00fblant tout sur son passage. Elle fondit sur les avants postes isol\u00e9s comme une colonne de fourmis. Dans le village de Kaselorne, un elfe mourant r\u00e9v\u00e9la l&rsquo;existence de Tor Yvresse, jurant que le gouverneur de la cit\u00e9 mettrait un terme \u00e0 tout cela. Grom rit et annon\u00e7a qu&rsquo;il mangerait le c\u0153ur du gouverneur. Les dires des elfes sur une puissante cit\u00e9 pleine de guerriers en cottes de mailles d&rsquo;argent excitaient le coeur de Grom et il sut que c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;endroit qu&rsquo;il devait conqu\u00e9rir. Elle serait la capitale de son nouveau royaume.<\/p>\n<p>Des rumeurs de la horde atteignirent le ch\u00e2teau de Moranion, seigneur d&rsquo;Athel Tamarha. Le vieux seigneur \u00e9tait profond\u00e9ment perturb\u00e9 par ces nouvelles. Son fils a\u00een\u00e9, ainsi que la plupart de ses gens \u00e9taient loin dans les terres du nord, combattant les elfes noirs. Son plus jeune fils, Argalen, \u00e9tait \u00e0 Tor Yvresse, \u00e9tudiant la magie sous la tutelle du gouverneur. Le coeur du vieil elfe \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 lourd car des nouvelles du nord venaient d&rsquo;arriver : Eltharion, son fils a\u00een\u00e9 \u00e9tait au seuil -de la mort, touch\u00e9 pr\u00e8s du coeur par la lame empoisonn\u00e9e d&rsquo;un sorcier elfe noir. Il d\u00e9p\u00eacha au gouverneur des oiseaux messagers, avec des nouvelles de la horde, puis il envoya ses derniers hommes ralentir les gobelins.<\/p>\n<p>Le commando rencontra l&rsquo;avant garde de l&rsquo;arm\u00e9e de Grom au gu\u00e9 de Peledor. Ils prirent position et arros\u00e8rent de fl\u00e8ches les gobelins qui essayaient de traverser. Les gobelins subirent de lourdes pertes et les cris de provocation des elfes les rendaient fous. Cependant, ce vieux renard de Grom, qui avait saisi la situation, avait envoy\u00e9 un groupe de guerriers en amont avec l&rsquo;ordre de traverser \u00e0 la nage et de prendre les elfes par le flanc. Les elfes furent repouss\u00e9s.<\/p>\n<p>Fid\u00e8le \u00e0 son serment de ne plus mettre les pieds sur un bateau. Il ne voulait pas traverser la rivi\u00e8re sur un des radeaux de fortune, construits \u00e0 la h\u00e2te. Au lieu de cela, il envoya ses gardes personnels dans la rivi\u00e8re, leurs boucliers au dessus de leurs t\u00eates, et traversa le Peledor sur un pont de bouclier. Seuls trois de ses gardes moururent en essayant de supporter son \u00e9norme poids. Sur l&rsquo;autre rive les gobelins d\u00e9couvrirent un monolithe g\u00e9ant, une des pierres gardiennes des elfes. Le chamane de Grom, Dents Noires, examina le menhir orn\u00e9 de runes et reconnut en lui le point de passage d&rsquo;un pouvoir ph\u00e9nom\u00e9nal. Les dieux noirs lui sourirent et il r\u00e9ussit \u00e0 contacter ce pouvoir. La puissance afflua en lui et il s&rsquo;envola dans la nuit, sur sa wyvern, Serpent de Mort.<\/p>\n<p>Le jour suivant, l&rsquo;arm\u00e9e arriva au fort d&rsquo;Athel Tamarha. En voyant l&rsquo;immense palais forteresse, Grom d\u00e9cida que cela devait \u00eatre Tor Yvresse. Il resta un moment interdit, la beaut\u00e9 le confondait. Comme beaucoup d&rsquo;antiques structures elfes, le fort semblait avoir pouss\u00e9 sur le roc, les tours de pierres s&rsquo;\u00e9levaient comme des troncs p\u00e9trifi\u00e9s. D&rsquo;antiques bas reliefs presque effac\u00e9s \u00e9taient sculpt\u00e9s sur les murs. Des statues gardiennes veillaient au dessus des douves. Scrutant la chauss\u00e9e de basalte en contrebas de leurs regards aveugles.<\/p>\n<p>De sa tour, Moranion regardait cette mer de faces vertes et savait qu&rsquo;il \u00e9tait condamn\u00e9. Les rapports des \u00e9claireurs ne l&rsquo;avaient pas pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 la taille d\u00e9mentielle de l&rsquo;arm\u00e9e en marche. Elle couvrait tous les alentours et s&rsquo;\u00e9coulait \u00e0 travers la plaine, comme une mar\u00e9e verte, en direction de la maison de ses anc\u00eatres. A sa pointe, il vit la forme massive de Groin, engonc\u00e9 dans son char. Au-dessus, une wyvern prenait les courants ascendants, un chamane sur son dos. Le sort d&rsquo;illusion qui prot\u00e9geait Athel Tamarha s&rsquo;\u00e9tait \u00e9vanoui l&rsquo;apr\u00e8s-midi pr\u00e9c\u00e9dent. En regardant le chamane gobelin, le vieux seigneur elfe comprit pourquoi. Une nimbe de pouvoir, plus brillante qu&rsquo;un \u00e9clair et plus terrible qu&rsquo;un dragon affam\u00e9, scintillait autour de lui\u2026<\/p>\n<p>Il ne sait pas ce qu&rsquo;il fait, pensa Moranion, avec horreur. Un tel niveau de pouvoir finirait certainement par consumer le chamane comme une brindille dans le feu, mais pas avant qu&rsquo;il n&rsquo;ait pu infliger de terribles ravages. Le chamane avait volontairement absorb\u00e9 le pouvoir que les elfes utilisaient pour maintenir leur pays \u00e9merg\u00e9. Les pierres gardiennes \u00e9taient les pivots des sortil\u00e8ges qui tenaient le pouvoir du Chaos en respect : des sorts si vastes et si complexes qu&rsquo;aucun mage ne pouvait \u00e0 lui seul esp\u00e9rer les comprendre ou les recr\u00e9er. Sauf en cas d&rsquo;extr\u00eame urgence, aucun mage elfe n&rsquo;oserait y toucher car qui savait ce qui risquait d&rsquo;arriver si l&rsquo;\u00e9quilibre \u00e9tait modifi\u00e9 m\u00eame l\u00e9g\u00e8rement ? Il y avait l\u00e0 une menace pour la totalit\u00e9 d&rsquo;Ulthuan et non pas juste pour Athel Tamarha.<\/p>\n<p>Avec un puissant rugissement les gobelins se ru\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;attaque sur la chauss\u00e9e en basalte. La wyvern piqua. De la main de son cavalier s&rsquo;\u00e9chappa un \u00e9clair gigantesque. Une odeur d&rsquo;ozone emplit l&rsquo;air et les portes d&rsquo;Athel Tamarha vol\u00e8rent en milliers d&rsquo;\u00e9clats. Moranion savait qu&rsquo;il n&rsquo;avait aucune chance d&rsquo;en r\u00e9chapper. Sa maison n&rsquo;avait que peu de guerriers et la plupart \u00e9taient des vieillards ou des jeunes gar\u00e7ons inexp\u00e9riment\u00e9s. Ils ne pourraient pas tenir la porte face aux gobelins.<\/p>\n<p>Grom engagea son char sur la chauss\u00e9e, tranchant tout ce qui se trouvait sur son chemin. Il arriva au milieu de la cour centrale o\u00f9 le retrouva Moranion. Le vieil elfe \u00e9tait v\u00eatu de mailles blanches et d&rsquo;une cape en peau de loup blanc. Dans sa main se trouvait son \u00e9p\u00e9e runique, Fangsword. Moranion lan\u00e7a son d\u00e9fi. Grom descendit de son char et traversa la m\u00eal\u00e9e. Se servant de sa hache pour bloquer l&rsquo;\u00e9p\u00e9e de l&rsquo;elfe, il le terrassa d&rsquo;un coup de poing. Il se dressa et cria des encouragements \u00e0 ses gars, le seigneur elfe inconscient sur son \u00e9paule.<\/p>\n<p>Rapidement la bataille fut termin\u00e9e. Triomphants, les gobelins parcouraient les salles de l&rsquo;antique palais, s&rsquo;enroulant dans les tapisseries et gambadant \u00e0 travers les salles, lac\u00e9rant des tableaux inestimables et brisant les bras de statues exquises. Des rires idiots raisonnaient sous les vo\u00fbtes. A la lueur d&rsquo;un feu de parchemins enlumin\u00e9s \u00e0 la main, ils sirotaient de la liqueur de r\u00eave dans des bouteilles plus vieilles que bien des royaumes humains et se goinfraient des fruits de vergers luxuriants.<\/p>\n<p>A son grand regret, Moranion revint \u00e0 lui dans son grand hall. Grom \u00e9tait assis sur son tr\u00f4ne seigneurial, drap\u00e9 dans sa cape en peau de loup. Il \u00e9tait flanqu\u00e9 \u00e0 sa gauche du redoutable vieux chamane et \u00e0 sa droite d&rsquo;un bouffon gobelin bossu. Quand l&rsquo;elfe essaya de parler le bouffon le frappa avec une vessie gonfl\u00e9e. Quand il tenta de bouger, il s&rsquo;aper\u00e7ut que ses pieds \u00e9taient clou\u00e9s sur une planche, pour le plus grand amusement des gobelins.<\/p>\n<p>Dans une langue humaine approximative, Grom posait des questions et se vantait de sa conqu\u00eate de Tor Yvresse. A travers ses l\u00e8vres tum\u00e9fi\u00e9es, Moranion laissa \u00e9chapper un rire. Il dit \u00e0 Grom que ce n&rsquo;\u00e9tait pas la cit\u00e9 mais tout juste un avant-poste. Pendant une seconde le silence se fit, puis Grom se mit \u00e0 rire \u00e0 son tour. Il \u00e9tait ravi, jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant il trouvait que les elfes \u00e9taient trop ch\u00e9tifs pour se mesurer \u00e0 lui !<\/p>\n<p>Bient\u00f4t, la horde fut de nouveau en marche. Grom avait ordonn\u00e9 que l&rsquo;on attache Moranion, nu, \u00e0 l&rsquo;avant de son char. Lorsqu&rsquo;ils quitt\u00e8rent le fort, Moranion pleura am\u00e8rement. La demeure de ses anc\u00eatres \u00e9tait en feu. Alors m\u00eame qu&rsquo;il regardait, le toit s&rsquo;effondra. Une b\u00e2tisse vieille de deux mill\u00e9naires \u00e9tait r\u00e9duite en cendres en une journ\u00e9e, par une tribu de barbares insens\u00e9s, qui n&rsquo;avaient aucune id\u00e9e de ce qu&rsquo;ils avaient d\u00e9truit.<\/p>\n<p>Toute cette longue journ\u00e9e, ils chemin\u00e8rent dans un pays vide et ravag\u00e9. Les \u00e9claireurs de la horde, massacraient des hardes enti\u00e8res de cerfs, abattaient des arbres mill\u00e9naires. Des champs d&rsquo;herbes m\u00e9dicinales irrempla\u00e7ables \u00e9taient pi\u00e9tin\u00e9s par des semelles&rsquo; de fer. Les gobelins arrachaient les fleurs et les jetaient, riant comme des enfants cruels. Sur l&rsquo;ordre de Dents Noires, les pierres gardiennes qu&rsquo;ils rencontraient \u00e9taient renvers\u00e9es. A mesure que les t\u00e9n\u00e8bres s&rsquo;abattaient, le sol vibrait de petites secousses. Seul Moranion savait ce que cela voulait dire. Il savait que bient\u00f4t une mar\u00e9e d&rsquo;une puissance magique terrible se l\u00e8verait, avec des cons\u00e9quences tragiques pour Ulthuan et le monde. Il frissonna lorsqu&rsquo;il entendit r\u00e9sonner le rire d\u00e9ment de Dents Noires. Dans l&rsquo;obscurit\u00e9, les yeux du chamane luisaient du pouvoir r\u00e9cemment acquis.<\/p>\n<p>Sous le couvert de la nuit, les elfes survivants de l&rsquo;escarmouche du gu\u00e9 ramp\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du camp. Ils trouv\u00e8rent Moranion toujours attach\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avant du char o\u00f9 Grom dormait. Ils \u00e9taient si silencieux que m\u00eame les loups ne se r\u00e9veill\u00e8rent pas. Ils r\u00e9ussirent presque \u00e0 lib\u00e9rer Moranion, mais Grom \u00e9tait vieux pour un gobelin et son sommeil \u00e9tait l\u00e9ger. Il sentit les vibrations lorsqu&rsquo;on enleva Moranion et il se r\u00e9veilla avec un rugissement. Deux elfes se ru\u00e8rent sur lui. Il attrapa sa hache et les abattit. Les elfes soulev\u00e8rent leur chef et s&rsquo;enfuirent \u00e0 travers le camp en effervescence. Grom appela ses archers. Les elfes se s\u00e9par\u00e8rent. Un groupe fut rapidement encercl\u00e9 et se pr\u00e9para \u00e0 une r\u00e9sistance d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Les autres fuirent en direction des bois. Ils furent abattus par une vol\u00e9e de fl\u00e8ches, \u00e0 deux pas de la lisi\u00e8re.<\/p>\n<p>Moranion lui-m\u00eame tomba, deux fl\u00e8ches fich\u00e9es dans le dos. Il essaya de ramper, une troisi\u00e8me fl\u00e8che l&rsquo;atteignit et il mourut. Au m\u00eame moment, dans l&rsquo;extr\u00eame nord d&rsquo;Ulthuan, le fils de Moranion, Eltharion, \u00e9tait aux portes de la mort. Sa respiration \u00e9tait faible, son pouls lent et son front glac\u00e9. Alors, ses yeux s&rsquo;ouvrirent. Il sentit une pr\u00e9sence spectrale dans la pi\u00e8ce et vit son p\u00e8re devant lui. Le visage du vieil elfe \u00e9tait p\u00e2le et meurtri, ses yeux luisaient d&rsquo;une lueur bleue glac\u00e9e, des fl\u00e8ches grossi\u00e8res sortaient de sa poitrine. Le fils frissonna, sachant que son p\u00e8re \u00e9tait mort.<\/p>\n<p>Le fant\u00f4me scintillant parla, lui disant qu&rsquo;il \u00e9tait de son devoir de vivre pour le venger et stopper ce fl\u00e9au. Pour sauver le pays, il devrait chercher et tuer celui qui porterait sa cape. Eltharion essaya de toucher son p\u00e8re mais le fant\u00f4me s&rsquo;\u00e9tait \u00e9vanoui avant qu&rsquo;il ne puisse le saisir. Il baissa les yeux et vit Fangsword, l&rsquo;\u00e9p\u00e9e de ses anc\u00eatres, l\u00e0 o\u00f9 s&rsquo;\u00e9tait tenu le spectre de son p\u00e8re. Il se pencha et attrapa l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, ses phalanges blanchirent \u00e0 force de serrer la poign\u00e9e.<\/p>\n<p>Quand ses guerriers entr\u00e8rent dans la tente de soie, ils furent surpris de voir leur chef sur pieds. Eltharion ressemblait \u00e0 la mort. Ses yeux \u00e9taient froids, ses joues creuses et il y avait dans sa voix un accent amer, qui ne s&rsquo;y trouvait pas avant et qui ne devait plus jamais le quitter.<\/p>\n<p>Il monta sur son griffon de guerre, Ailes d&rsquo;Orage, et ordonna \u00e0 ses guerriers d&#8217;embarquer. Il leur dit qu&rsquo;ils retournaient chez eux. Personne n&rsquo;osa le contredire. En l&rsquo;air, hors de vue de ses troupes, il maudit les dieux. Le sifflement du vent dans ses oreilles fut la seule r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>A mesure que la colonne de Grom progressait, elle commen\u00e7ait \u00e0 rencontrer plus de r\u00e9sistance. Des commandos de Tor Yvresse lan\u00e7aient des raids \u00e9clairs sur les flancs de la colonne. La nuit, les gobelins voyaient d&rsquo;\u00e9tranges lumi\u00e8res dans les bois et au matin, lorsqu&rsquo;ils se r\u00e9veillaient, les sentinelles avaient disparues. Le sol lui m\u00eame vacillait parfois comme une b\u00eate fouett\u00e9e sous leurs pas. Ils subissaient quelques pertes mais la pr\u00e9sence tranquillisante et l&rsquo;autorit\u00e9 de Grom les rassuraient.<\/p>\n<p>Un changement se produisit chez Dents Noires. Il passait de plus en plus de temps \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart. Il avait arr\u00eat\u00e9 de boire et de manger. La nuit ses rires d\u00e9ments r\u00e9sonnaient dans le camp et ceux qui les entendaient frissonnaient, aussi braves et cruels soient-ils. Ceux qui l&rsquo;avaient vu de nuit, avaient remarqu\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait entour\u00e9 d&rsquo;un halo \u00e9trange et qu&rsquo;il devenait maigre et lugubre. Ses yeux luisaient d&rsquo;une lumi\u00e8re interne. Sa prononciation, qui n&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pas claire dans ses meilleurs jours, \u00e9tait devenue ncompr\u00e9hensible. M\u00eame Grom s&rsquo;inqui\u00e9tait \u00e0 propos de l&rsquo;\u00e9tat mental de son vieux copain de beuverie. Dents Noires \u00e9tait comme au stade terminal d&rsquo;une maladie dans laquelle il se s\u00e9parait de plus en plus du monde r\u00e9el.<\/p>\n<p>A la lueur de la pleine lune, Dents Noires scrutait un bol de sang \u00e0 la recherche de pr\u00e9dictions. Il y voyait la grande cit\u00e9 de Tor Yvresse, b\u00e2tie sur neuf collines, ses tours titanesques reli\u00e9es par des ponts \u00e0 plus de cent pieds de haut. Il vit l&rsquo;arm\u00e9e rassembl\u00e9e par les elfes pour aller \u00e0 leur rencontre et il sut qu&rsquo;ils ne tarderaient pas \u00e0 affronter un v\u00e9ritable adversaire. Il en informa Grom qui pouvait sentir les dommages qu&rsquo;ils causaient au pays en volant sa magie, mais ne partageait pas les connaissances du chamane.<\/p>\n<p>Le commandant de l&rsquo;arm\u00e9e de Tor Yvresse \u00e9tait Ferghal \u00e0 la lance de fer. C&rsquo;\u00e9tait un bon guerrier mais pas un g\u00e9n\u00e9ral. Il avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 au commandement supr\u00eame car sa famille \u00e9tait influente et bien introduite dans les milieux politiques tortueux de Tor Yvresse. Sa nomination refl\u00e9tait bien le nom qu&rsquo;il portait et l&rsquo;honneur de ses anc\u00eatres ; elle repr\u00e9sentait aussi assez bien la faiblesse de la soci\u00e9t\u00e9 elfe, leur passion pour les intrigues, leur division en factions dont les int\u00e9r\u00eats passaient avant ceux du royaume, leur inaptitude \u00e0 prendre au s\u00e9rieux des cr\u00e9atures mortelles aussi peu sophistiqu\u00e9es que les gobelins. Ils croyaient que la horde serait rapidement balay\u00e9e par leurs armes et leur tactique sup\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Envoyer un chef comme Ferghal au devant d&rsquo;un ennemi aussi rus\u00e9 et aussi implacable que Grom revenait \u00e0 envoyer un enfant \u00e0 un loup affam\u00e9. Les arm\u00e9es se rencontr\u00e8rent dans la plaine \u00e0 dix lieues de la cit\u00e9. Si les elfes avaient \u00e9t\u00e9 moins confiants, ils seraient rest\u00e9s dans leurs tours forteresses, \u00e0 attendre du renfort.<\/p>\n<p>L&rsquo;arm\u00e9e gobeline balaya les elfes. Grom mena ses troupes \u00e0 la charge. Sa hache d\u00e9capita Ferghal. Les faux de ses roues, fauch\u00e8rent les elfes comme du bl\u00e9 mur. A un contre un les elfes surclassaient les gars de Grom, mais ils \u00e9taient d\u00e9pass\u00e9s par le nombre et l&rsquo;\u00e9lan de la charge gobeline transper\u00e7a les lignes elfes. Alors que la bataille faisait rage, les peaux vertes, contourn\u00e8rent rapidement les flancs des elfes, qui se trouv\u00e8rent attaqu\u00e9s de toutes parts.<\/p>\n<p>Les lances jaillissaient de partout. Les boucliers d\u00e9tournaient les coups de gourdins. Les cimeterres et les \u00e9p\u00e9es elfiques s&rsquo;entrechoquaient Les cris de guerres et d&rsquo;agonie se m\u00ealaient. Les loups hurlaient en se repaissant des morts. On entendait des battements d&rsquo;ailes en provenance du ciel. Une odeur de sang et d&rsquo;ozone emplissait l&rsquo;air. Toute vell\u00e9it\u00e9 de strat\u00e9gie ou de tactique \u00e9taient abandonn\u00e9es une fois au corps \u00e0 corps. Les combattant luttaient poitrine contre poitrine, haletant \u00e0 la recherche d&rsquo;une ouverture. Cela devait \u00eatre bref, car aucun guerrier ne pouvait tenir longtemps un combat d&rsquo;une telle intensit\u00e9.<\/p>\n<p>Au milieu de cette folie, Argalen, fils de Moranion, affronta Grom. Le jeune elfe \u00e9tait fou de rage et de douleur. La vue de la cape de son p\u00e8re, toute tach\u00e9e de sang avait rempli son c\u0153ur d&rsquo;un d\u00e9sir de vengeance inextinguible. La rage meurtri\u00e8re avait \u00f4t\u00e9 de son esprit toute pens\u00e9e de recours \u00e0 la magie. Il se tailla un chemin parmi les gobelins et sauta \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du char de Grom. Grom d\u00e9tourna le premier coup de sa hache, l&rsquo;\u00e9p\u00e9e s&rsquo;enfon\u00e7a dans le bronze du ch\u00e2ssis. Alors le chef gobelin fit tomber une gr\u00eale de coups sur Argalen. Mani\u00e9e par le bras de fer de Grom, la hache ne tarda pas \u00e0 r\u00e9pandre le sang du jeune elfe. Argalen tomba.<\/p>\n<p>Grom souleva le cadavre au-dessus de sa t\u00eate et, avec un rugissement, le lan\u00e7a au milieu des elfes. La chute du jeune homme d\u00e9moralisa tellement les elfes qu&rsquo;ils s&rsquo;enfuirent. La bataille se transforma en d\u00e9route. Ayant abandonn\u00e9 leurs boucliers pour pouvoir fuir, les elfes se faisaient tailler en pi\u00e8ces. Moins de la moiti\u00e9 de la fi\u00e8re arm\u00e9e elfique r\u00e9ussit \u00e0 quitter la plaine d&rsquo;Yvresse en vie, les loups les talonn\u00e8rent jusqu&rsquo;aux portes de la cit\u00e9. Quand elles virent leur arm\u00e9e vaincue rentrer, les femmes elfes sur les murailles laiss\u00e8rent \u00e9chapper une grande plainte de deuil pour leurs fr\u00e8res et leurs p\u00e8res.<\/p>\n<p>On dit que cette plainte fut si forte qu&rsquo;Eltharion l&rsquo;entendit depuis la mer, \u00e0 plusieurs lieues de la ville. Il est dit aussi qu&rsquo;au moment o\u00f9 le cadavre sans vie de son fr\u00e8re toucha le sol, il laissa \u00e9chapper un tel hurlement de douleur que tous ceux qui l&rsquo;entendirent frissonn\u00e8rent et firent silence. Il n&rsquo;y avait que tristesse sur les navires de la maison de Moranion alors qu&rsquo;ils faisaient voile vers leurs demeures.<\/p>\n<p>Dans Tor Yvresse, cette nuit l\u00e0, il y eut de nombreux deuils. La population apeur\u00e9e se massait autour du temple de Ladrielle. Des nuages noirs de temp\u00eates s&rsquo;amoncelaient au-dessus de la cit\u00e9, une pluie torrentielle mena\u00e7ants. Une grande secousse fit trembler et s&rsquo;\u00e9crouler les murs du c\u00f4t\u00e9 de la mer. Les palais et les vieux monuments s&rsquo;effondraient. Dans la plus haute tour de la cit\u00e9, le gouverneur observait les \u00e9toiles et faisait des sch\u00e9mas, il consulta les runes et arriva \u00e0 une conclusion qui l&#8217;emplit de terreur. Il savait que le r\u00e9seau, qui emp\u00eachait Ulthuan de sombrer et maintenait le vortex en activit\u00e9 avait commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9faire. Dans leur ignorance les envahisseurs avaient jou\u00e9 avec des forces qui pouvaient tous les d\u00e9truire. S&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas arr\u00eat\u00e9s, Yvresse, puis tous les royaumes elfiques sombreraient dans les flots et un raz de mar\u00e9e de magie noire submergerait le monde.<\/p>\n<p>Quand il fit part de ses conclusions au conseil de la cit\u00e9, il y eut beaucoup de d\u00e9bats. Certains voulaient prendre la mer avant l&rsquo;arriv\u00e9e du cataclysme. D&rsquo;autres refusaient de quitter leur demeures ancestrales et juraient que si leur pays devait p\u00e9rir, ils p\u00e9riraient avec lui. D&rsquo;autres encore refus\u00e8rent de croire les conclusions du gouverneur et partirent faire leurs propres observations.<\/p>\n<p>Pendant trois jours il y eut un r\u00e9pit. Grom regroupait son arm\u00e9e et ordonnait la confection de machines de guerre. Les gobelins d\u00e9pouillaient les cadavres et les br\u00fblaient sur de grands b\u00fbchers. Le vent transportait les cendres maudites jusqu&rsquo;\u00e0 Tor Yvresse et cela achevait de d\u00e9courager un peu plus les d\u00e9fenseurs. Dents Noires sombrait de plus en plus dans la folie \u00e0 mesure que le pouvoir affluait en lui, lui d\u00e9vorant le cerveau et consumant son \u00e2me. Il restait assis devant le grand feu de camp alternant divagations et frissons. Ses pr\u00e9dictions mena\u00e7antes provoquaient un \u00e9trange malaise dans la horde.<\/p>\n<p>Les gobelins n&rsquo;aimaient ni les sombres for\u00eats hant\u00e9es ni les secousses sismiques. Les \u00e9ruptions des lointains volcans les rendaient nerveux. Ils sentaient confus\u00e9ment que quelque chose de terrible se pr\u00e9parait et ils se mirent \u00e0 croire aveugl\u00e9ment en leur victoire finale, sans \u00eatre s\u00fbrs cependant que cette victoire leur apporterait quelque chose. Dents Noires grommelait que la mer recouvrirait le pays et que les morts submergeraient les vivants. La gigantesque temp\u00eate qui se massait au-dessus de Tor Yvresse n&rsquo;avait toujours pas \u00e9clat\u00e9.<\/p>\n<p>Grom \u00e9tait le seul qui ne semblait pas inquiet. Il se promenait entre les tentes et allait voir les sentinelles, un quartier de boeuf dans une main et une bouteille de vin dans l&rsquo;autre, sa grande hache attach\u00e9e dans le dos. Il remontait le moral de ses troupes avec son air serein, mais, au plus profond de son c\u0153ur, il \u00e9tait perturb\u00e9. Il fit cadeau de la cape de Moranion \u00e0 Dents Noires le chamane pour lui t\u00e9moigner qu&rsquo;il avait toujours confiance en ses proph\u00e9ties, mais en fait Grom commen\u00e7ait \u00e0 se poser des questions.<\/p>\n<p>Une fois tous les pr\u00e9paratifs au point, il donna l&rsquo;ordre de marche vers la lointaine cit\u00e9. Des bandes de gobelins tiraient les machines nouvellement construites. Les chevaucheurs de loups partirent en \u00e9claireurs pour ouvrir le chemin. La horde marchait au son de tambours monstrueux et le sol vibrait sous ses pas.<\/p>\n<p>A Tor Yvresse, les d\u00e9fenseurs rassemblaient toutes les troupes disponibles. Il ne restait pas beaucoup de guerriers pour s&rsquo;occuper des grandes balistes des murs d&rsquo;enceinte. Jamais la grande m\u00e9tropole n&rsquo;avait sembl\u00e9 aussi vide bien que depuis quelques ann\u00e9es, Tor Yvresse ait \u00e9t\u00e9 \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9sert\u00e9e. Les bruits de pas r\u00e9sonnaient sinistrement le long des salles vides des palais dans lesquels la population avait r\u00eav\u00e9 et v\u00e9cu. Le nombre des elfes avait diminu\u00e9 au cours de ces derniers mill\u00e9naires et leurs cit\u00e9s, construites pour abriter des dizaines de milliers de personnes bien avant la grande s\u00e9paration d&rsquo;avec les elfes noirs, avaient toujours \u00e9t\u00e9 calmes. Mais maintenant, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;ombre de la mort, qui planait au-dessus de la cit\u00e9, jetant une ombre plus noire que le ciel d&rsquo;orage.<\/p>\n<p>Quand les gens parlaient, c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 voix basse et le silence oppressant avalait leurs mots. Les voix rugissantes des lointains volcans \u00e9taient les seuls bruits forts que l&rsquo;on entendait dans la cit\u00e9 en deuil qui se pr\u00e9parait au si\u00e8ge. Les citoyens se massaient sur les murs, attendant l&rsquo;arriv\u00e9e de la horde et chaque jour qui passait sans attaque augmentait leur anxi\u00e9t\u00e9 plus qu&rsquo;elle ne la diminuait. Les rumeurs des d\u00e9couvertes du gouverneur, parcouraient la cit\u00e9 et accroissaient la peur ambiante. La fin semblait proche et les habitants de Tor Yvresse le sentaient.<\/p>\n<p>Puis, quatre jours apr\u00e8s la bataille des plaines, cela se produisit. Les citoyens se r\u00e9veill\u00e8rent et trouv\u00e8rent les gobelins \u00e0 leurs portes. Les cr\u00e2nes br\u00fbl\u00e9s de leurs fr\u00e8res furent jet\u00e9s par-dessus les murs par le grand bras du lance roc gobelin. Cela ne cessa que lorsque Grom s&rsquo;avan\u00e7a dans son char, s&rsquo;arr\u00eatant juste hors de port\u00e9e de baliste. Dans un humain h\u00e9sitant, il dit aux elfes qu&rsquo;ils \u00e9taient condamn\u00e9s \u00e0 moins qu&rsquo;ils ne se rendent imm\u00e9diatement et ne le reconnaissent pour ma\u00eetre. Ceux qui comprenaient la langue des humains se raill\u00e8rent de lui en langue commune. Grom haussa les \u00e9paules et ordonna le si\u00e8ge.<\/p>\n<p>D&rsquo;immenses tours mobiles avan\u00e7aient pendant que des rochers et des fl\u00e8ches pleuvaient sur les murs. Les d\u00e9fenseurs r\u00e9pondirent par un feu nourri, ils n&rsquo;\u00e9taient cependant pas assez nombreux pour r\u00e9duire leurs attaquants au silence. Quand les tours arriv\u00e8rent aux murs, les d\u00e9fenseurs jet\u00e8rent du plomb fondu et des fl\u00e8ches enflamm\u00e9es sur les assaillants mais ils ne pouvaient pas arr\u00eater l&rsquo;assaut. Dents noires fit un geste et la temp\u00eate \u00e9clata. Une pluie torrentielle s&rsquo;abattit , \u00e9teignant les feux. Des \u00e9clairs frapp\u00e8rent les remparts comme des jets de flammes venus de l&rsquo;enfer. Les d\u00e9fenseurs furent repouss\u00e9s des remparts et les gobelins se r\u00e9pandirent comme une mar\u00e9e verte sur les murs et dans la cit\u00e9.<\/p>\n<p>Le combat \u00e9tait acharn\u00e9, on se battait partout dans la cit\u00e9, dans les palais et dans les rues. Les gobelins avaient l&rsquo;avantage du nombre mais les d\u00e9fenseurs connaissaient chaque recoin et chaque passage secret de la cit\u00e9. Les gobelins aux yeux jaunes poursuivaient les elfes dans les t\u00e9n\u00e8bres et \u00e9taient \u00e0 leur tour pourchass\u00e9s. Les sangs se m\u00e9langeaient dans les rues d\u00e9tremp\u00e9es. Les \u00e9clairs \u00e9clairaient les sc\u00e8nes de massacres, comme en plein jour. La folie s&rsquo;\u00e9tait empar\u00e9e de tous les combattants tandis que le tonnerre grondait et que les secousses \u00e9branlaient les b\u00e2timents. Les deux camps se battaient avec la m\u00eame fureur d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, ne demandant ni ne faisant de quartier. Des deux c\u00f4t\u00e9s les forces \u00e9taient engag\u00e9es dans le d\u00e9dale des rues et l&rsquo;issue de la bataille restait incertaine, l&rsquo;un ou l&rsquo;autre camp prenant temporairement l&rsquo;avantage ici ou l\u00e0.<\/p>\n<p>Aux environs de minuit, les choses semblaient compromises pour les elfes. Alors le gouverneur et Dents Noires se rencontr\u00e8rent. Le chamane chevauchait sa Wyvern en direction de la tour des mages o\u00f9 \u00e9tait gard\u00e9e la pierre gardienne de la cit\u00e9. Les ailes de Serpent de Mort masquaient le toit de la tour. Le gouverneur sortit sur son balcon et affronta Dents Noires. De terribles \u00e9nergies magiques furent lib\u00e9r\u00e9es. Des sorts de mort fusaient et \u00e9taient dissip\u00e9s par des contre sorts. Des gerbes d&rsquo;\u00e9clairs rebondissaient sur des boucliers de lumi\u00e8re. Deux dieux mortels se livraient bataille au sommet de la cit\u00e9. Lentement les combats cess\u00e8rent : les yeux jaunes des gobelins et les yeux bleus des elfes se lev\u00e8rent pareillement vers la tour.<\/p>\n<p>Le chamane fit un geste et des flammes enrob\u00e8rent la tour. Le gouverneur les \u00e9teignit d&rsquo;un mot. Dents Noires parla et sa voix ressemblait au tonnerre. La tour elle-m\u00eame vacilla et mena\u00e7a de s&rsquo;\u00e9crouler. Le gouverneur perdit l&rsquo;\u00e9quilibre et parvint \u00e0 agripper la balustrade. Sa concentration momentan\u00e9ment bris\u00e9e, il \u00e9tait une proie facile pour Dents Noires. Le sort du chamane l&rsquo;\u00e9corcha vif et il ne resta qu&rsquo;un squelette accroch\u00e9, puis une pluie d&rsquo;os tomba vers la rue. Dents Noires entra triomphalement dans la tour. Il avait atteint le centre du r\u00e9seau de pouvoir qu&rsquo;il avait commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9m\u00ealer d\u00e8s la premi\u00e8re pierre. Maintenant il se tenait devant la ma\u00eetresse pierre de tout l&rsquo;est d&rsquo;Ulthuan. Le pouvoir de r\u00e9pandre une compl\u00e8te et totale destruction \u00e9tait d\u00e9sormais \u00e0 sa port\u00e9e. Il put entendre les portes voler en \u00e9clat, quand les guerriers gobelins entr\u00e8rent dans la tour.<\/p>\n<p>Soudain, de l&rsquo;ext\u00e9rieur de la temp\u00eate, les elfes arriv\u00e8rent. La flotte d&rsquo;Eltharion entrait dans les eaux tumultueuses du port. Dans une manoeuvre d&rsquo;une audace insens\u00e9e, les navires franchirent la houle pour atteindre les eaux calmes de la rade. Des centaines de coriaces v\u00e9t\u00e9rans elfes prirent pied sur le rivage. Eltharion prit l&rsquo;air sur le dos d&rsquo;Ailes d&rsquo;Orage, son griffon de guerre, \u00e0 la recherche de l&rsquo;assassin de son p\u00e8re. Le cri de d\u00e9fi du griffon retentit au-dessus de la cit\u00e9. L&rsquo;arm\u00e9e elfe d\u00e9barqua, enfon\u00e7ant les rangs des gobelins fatigu\u00e9s et tremp\u00e9s et se tailla une route vers la grande place de la ville. Les gobelins battaient en retraite.<\/p>\n<p>A travers le vent et la pluie, Eltharion volait. Il sentit la pr\u00e9sence de Dents Noires et se rendit compte avec horreur de ce qu&rsquo;il s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 faire. Il sentit l&rsquo;immense flot de pouvoir affluer dans le chamane et comprit que, s&rsquo;il ne le stoppait pas, ils \u00e9taient tous morts. Comme pour accentuer cela, le sol se mit \u00e0 trembler. Des palais s\u00e9culaires s&rsquo;effondraient ensevelissant indiff\u00e9remment elfes et gobelins.<\/p>\n<p>Eltharion piqua vers un groupe d&rsquo;\u00e9lite de ses guerriers et, une fois qu&rsquo;il leur eut expliqu\u00e9 ce qu&rsquo;ils devaient faire, il reprit l&rsquo;air vers une mort certaine. De sa main tendue, une d\u00e9charge d&rsquo;\u00e9nergie pure, \u00e0 la fois arme et d\u00e9fi, transper\u00e7a les rangs gobelins mass\u00e9s pr\u00e8s de la tour du gouverneur.<\/p>\n<p>Dents Noires sentit le nouveau d\u00e9fi et sortit pour rencontrer Eltharion. Pendant ce temps, le gros des forces de Grom affrontait les soldats sur la place centrale et les troupes d&rsquo;\u00e9lite d&rsquo;Eltharion se dirigeaient vers la tour du gouverneur. Dans le ciel de la cit\u00e9, Eltharion et Dents Noires livraient bataille, tandis que sur la place, ce n&rsquo;\u00e9tait que cris et d\u00e9mence, les elfes et les gobelins chargeant et contre-attaquant sans cesse. A la lueur des \u00e9clairs, la wyvern et le griffon se battaient becs et griffes dehors, tandis que s&rsquo;entrechoquaient la lame elfique et le b\u00e2ton du chamane. Des \u00e9clairs d&rsquo;\u00e9nergie jaillissaient en cr\u00e9pitant.<\/p>\n<p>Ivre de pouvoir et fou de douleur Dents Noires jetait sort sur sort, tous plus puissants les uns que les autres. Seule la volont\u00e9 de fer d&rsquo;Eltharion lui permettait de les repousser, seule sa d\u00e9termination de venger la mort de son p\u00e8re lui permettait de supporter la douleur. Lentement les pouvoirs surhumains de Dents Noires faisaient fl\u00e9chir l&rsquo;elfe. Sur le visage du prince, la sueur se m\u00ealait \u00e0 la pluie. Ses traits autrefois agr\u00e9ables \u00e9taient fig\u00e9s en une grimace de douleur. Une autre d\u00e9charge et c&rsquo;en serait fini de lui.<\/p>\n<p>Puis la situation changea. Les guerriers elfes avaient \u00e9limin\u00e9 tous les gobelins de la tour et mis le plan d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 d&rsquo;Eltharion \u00e0 ex\u00e9cution. Ils commenc\u00e8rent l&rsquo;invocation de cl\u00f4ture de la pierre gardienne ma\u00eetresse. Tous les pouvoirs passant par la pierre furent alors momentan\u00e9ment stopp\u00e9s. Dents Noires s&rsquo;arr\u00eata au beau milieu d&rsquo;un sort, \u00e9tonn\u00e9 par le manque d&rsquo;\u00e9nergie magique. Sachant que c&rsquo;\u00e9tait la seule chance qu&rsquo;il aurait, Eltharion mit toutes ses forces dans son coup. Sa lame enchant\u00e9e fendit l&rsquo;air plus vite que l&rsquo;\u00e9clair. La t\u00eate de Dents Noires tomba de ses \u00e9paules et son corps vida les \u00e9triers.<\/p>\n<p>Dans les rues, Grom combattait, sa hache se balan\u00e7ant irr\u00e9sistiblement de droite et de gauche. O\u00f9 il frappait, un guerrier elfe s&rsquo;\u00e9croulait. Autour de lui ses gars se battaient bravement, r\u00e9confort\u00e9s par les prouesses de leur chef et confiant dans la victoire. Lentement les elfes \u00e9taient repouss\u00e9s de la place, quand soudain le corps sans t\u00eate de Dents noires tomba comme une masse devant le char de Grom. Le chef gobelin s&rsquo;immobilisa, abasourdi par la mort de son vieil ami. Voyant leur chef les bras ballants et leur invincible chamane mort, les gobelins s&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent.<\/p>\n<p>Encourag\u00e9s par l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;Ailes d&rsquo;Orage et d&rsquo;Eltharion \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9s les elfes charg\u00e8rent la horde de gobelins avec une vigueur redoubl\u00e9e. Les gobelins mouraient en masse et les quelques survivants furent repouss\u00e9s et s&rsquo;enfuirent. M\u00eame les hurlements d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s de Grom n&rsquo;y firent rien. Acceptant la d\u00e9faite, Grom haussa les \u00e9paules et suivit. Les elfes \u00e9taient trop fatigu\u00e9s pour les poursuivre.<\/p>\n<p>Personne ne sait ce qui arriva ensuite. Eltharion entra dans la tour avec quatre des guerriers les plus braves de la bataille. On raconte qu&rsquo;il y passa la nuit enti\u00e8re \u00e0 lutter contre le pouvoir de la pierre gardienne, cherchant \u00e0 stabiliser le vortex. Il sortit au matin, le visage plus sombre que jamais. On ne revit jamais aucun de ses compagnons. Un prix terrible avait \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 pour sauver Ulthuan.<\/p>\n<p>Il sortit dans une aube radieuse, pour recevoir l&rsquo;acclamation de la foule. Mais la lumi\u00e8re du jour nouveau ne procurait aucune joie \u00e0 Eltharion. Ni l&rsquo;admiration de la foule ni les vivats des guerriers ne pouvaient amener un sourire sur ses l\u00e8vres fines et p\u00e2les. L&rsquo;\u00e9preuve qu&rsquo;il avait endur\u00e9e devait le marquer \u00e0 jamais. Depuis ce jour il fut connu sous le nom d&rsquo;Eltharion le Sinistre.<\/p>\n<p>Personne ne sait ce qu&rsquo;il adv\u00eent de Grom. Certains disent qu&rsquo;il mourut des blessures inflig\u00e9es par Eltharion lorsqu&rsquo;ils s&rsquo;affront\u00e8rent dans le furieux maelstr\u00f6m de la bataille de la place. D&rsquo;autres disent qu&rsquo;il est en vie et a r\u00e9ussi \u00e0 atteindre les montagnes hant\u00e9es. Des histoires courent, comme quoi il retourna vers le Vieux Monde mont\u00e9 sur Serpent de Mort. Personne ne le sait de fa\u00e7on certaine, on n&rsquo;en entendit plus jamais parler. Eltharion fut nomm\u00e9 gouverneur de Tor Yvresse o\u00f9 il gouverne avec sagesse depuis de nombreuses ann\u00e9es. Cependant, lors des nuits de temp\u00eates, on peut souvent le voir sur le balcon de la tour du gouverneur, lever un poing mena\u00e7ant vers les cieux indiff\u00e9rents.<\/p>\n<pre style=\"text-align: center\"><strong>Compil\u00e9 par Kragor<\/strong>\nSource : Livre d'arm\u00e9e Hauts Elfes - GW 1993\nRetranscrit en juillet 2007 pour Le Sanctum<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Venus de l&rsquo;est, port\u00e9s par la temp\u00eate, les gobelins arriv\u00e8rent. Ils parcouraient les vagues sur une vaste flotte de vaisseaux rudimentaires, transportant des milliers de cruels guerriers \u00e0 la peau verte. 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