{"id":3260,"date":"2009-07-12T10:20:17","date_gmt":"2009-07-12T09:20:17","guid":{"rendered":"http:\/\/battle.atorgael.com\/?p=3260"},"modified":"2009-07-12T10:20:17","modified_gmt":"2009-07-12T09:20:17","slug":"challenge-d%e2%80%99ecriture-n%c2%b026-%e2%80%93-texte-n%c2%b01","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=3260","title":{"rendered":"Challenge d\u2019\u00e9criture n\u00b026 \u2013 Texte n\u00b01"},"content":{"rendered":"<h1>Rendar<\/h1>\n<p><strong>R\u00e9demption<\/strong><\/p>\n<p>Le vent glacial de cette nuit de fin d\u2019hiver glissait autour d\u2019elle mais elle n\u2019en ressentait pas le mordant. Elle \u00e9tait perdue dans ses pens\u00e9es, presque en contemplation devant son p\u00e2le reflet l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9form\u00e9 par la vitrine teint\u00e9e du magasin devant lequel elle se trouvait.<\/p>\n<p>Ses poings se serr\u00e8rent. Bien qu\u2019effroyablement douloureuse, sa d\u00e9cision \u00e9tait prise, elle ne pouvait plus continuer de la sorte. Les rares passants de la rue qui rel\u00e8veraient la t\u00eate pour braver le souffle froid verraient en elle une jolie blonde aux yeux verts d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Elle, se voyait comme un monstre centenaire aux mains ruisselantes de sang. Car c\u2019est ce qu\u2019elle \u00e9tait, depuis le pacte et pour toujours, un jouet meurtrier aux mains d\u2019un esprit cruel.<\/p>\n<p>Les contours de son reflet se troubl\u00e8rent pour \u00eatre remplac\u00e9s par ceux d\u2019une femme au regard aussi sombre que ses cheveux de jais et qui lui souriait sans tendresse. L\u2019apparition prit la parole mais les mots r\u00e9sonn\u00e8rent uniquement dans sa t\u00eate.<\/p>\n<p>&#8211; Regarde-toi ma pauvre enfant. Tu es r\u00e9ellement path\u00e9tique \u00e0 te tourmenter de la sorte. As-tu oubli\u00e9 que j\u2019ai le pouvoir de lire chacune de tes pens\u00e9es ? As-tu oubli\u00e9 que tu es destin\u00e9e \u00e0 rester mon esclave jusqu\u2019\u00e0 la fin des temps ? Crois-tu vraiment que tu vas pouvoir te d\u00e9barrasser de moi si facilement ? Pauvre petite chose na\u00efve.<\/p>\n<p>&#8211; J\u2019ai un nom tu sais. R\u00e9pondit-elle mentalement. Je ne l\u2019ai pas oubli\u00e9. Je ne suis pas une chose, je suis un \u00eatre humain. Tu m\u2019as beaucoup pris mais tu n\u2019auras jamais la seule chose inali\u00e9nable \u00e0 tout \u00eatre humain\u2026<\/p>\n<p>&#8211; \u2026Oui, je sais. La coupa le reflet. Ton fameux libre arbitre.<\/p>\n<p>Elle ricana, d\u00e9voilant de petites canines pointues.<\/p>\n<p>&#8211; Je suis un d\u00e9mon, je connais tout des r\u00e8gles r\u00e9gissant les vies de l\u2019Homme, de la B\u00eate et du Divin. Soit, tu veux utiliser ton libre arbitre pour \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9e de moi ? Et que comptes-tu faire ? Te suicider ? Vas-y, n\u2019h\u00e9site pas mais n\u2019oublie pas deux toutes petites choses.<\/p>\n<p>Le reflet leva deux doigts en faisant une moue m\u00e9prisante.<\/p>\n<p>&#8211; De un, te tuer ne me tueras pas, je trouverais vite une nouvelle mis\u00e9rable cr\u00e9ature \u00e0 tourmenter. Et de deux, avec tout ce que tu as commis comme atrocit\u00e9s, ton \u00e2me filera tout droit dans les enfers o\u00f9 mon ma\u00eetre sera ravi de me laisser venir te rendre visite r\u00e9guli\u00e8rement. Si j\u2019\u00e9tais toi, j\u2019y r\u00e9fl\u00e9chirais.<\/p>\n<p>La jeune femme se d\u00e9tourna et commen\u00e7a \u00e0 marcher vers les jardins de Ch\u00e2telet tout proche. Elle n\u2019avait aucune envie d\u2019argumenter, elle ne voulait pas r\u00e9fl\u00e9chir, elle voulait juste aller au bout de ce qu\u2019elle avait d\u00e9cid\u00e9.<\/p>\n<p>Ses pas l\u2019amen\u00e8rent sur le parvis de la basilique Saint-Eustache, \u00e9norme \u00e9difice \u00e0 la gloire d\u2019un Dieu qui l\u2019avait abandonn\u00e9e il y a plus de cent ans. Elle avait eu tout le temps n\u00e9cessaire pour ressasser ce qu\u2019il s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. Le grimoire, l\u2019accident, la mort de sa fille et de son mari, ses blessures, son invocation du succube. Elle en \u00e9tait convaincue, son sort avait \u00e9t\u00e9 scell\u00e9 \u00e0 l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 elle avait pos\u00e9 les yeux sur ce livre \u00e9sot\u00e9rique. D\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, le d\u00e9mon avait certainement d\u00e9clench\u00e9 l\u2019incendie qui l\u2019avait d\u00e9figur\u00e9e, rendue infirme et priv\u00e9e de sa famille. Tout \u00e7a afin qu\u2019elle n\u2019ait d\u2019autres choix que de l\u2019invoquer, de la laisser prendre le contr\u00f4le d\u2019une partie de son esprit et lui permettre de la tourmenter sans rel\u00e2che.<\/p>\n<p>&#8211; Je sais ce que tu as fait. Murmura-t-elle. Tu as tu\u00e9 ma famille pour mieux m\u2019asservir \u00e0 toi. Tu m\u2019as vol\u00e9 le repos que j\u2019\u00e9tais en droit d\u2019esp\u00e9rer.<\/p>\n<p>&#8211; Ce que j\u2019ai fait ? Je t\u2019ai offert un nouveau corps et une vie que tu allais perdre. Je t\u2019ai offert le privil\u00e8ge de revoir ta fille et ton cher mari une fois par an. Je t\u2019ai offert la vie \u00e9ternelle. Tu devrais me remercier.<\/p>\n<p>&#8211; Mais tu connais tr\u00e8s bien le prix de tes services Lilith. Les meurtres que tu me forces \u00e0 commettre, les tortures mentales que tu m\u2019infliges, ce n\u2019est pas une vie que tu m\u2019offres, ce n\u2019est qu\u2019un ersatz d\u2019existence. J\u2019aurais du mourir il y a bien longtemps. Et d\u2019autres auraient \u00e9t\u00e9 encore en vie aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>&#8211; Tu savais qu\u2019il y aurait une contrepartie pauvre petite humaine pleine de regrets, tu\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Mon nom est Rose, d\u00e9mon. Je te l\u2019ai dis, je ne l\u2019ai pas oubli\u00e9. La voix dans son esprit se tut. Jamais elle n\u2019avait eu le courage de lui couper la parole, de s\u2019opposer \u00e0 elle dans son esprit.<\/p>\n<p>Jamais non plus elle n\u2019avait utilis\u00e9 le nom qui lui avait servi pour l\u2019invocation : le succube Lilith, une fille du Diable.<\/p>\n<p>Sa marche l\u2019avait amen\u00e9e \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des Halles. La nuit n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s avanc\u00e9e et les grilles encore ouvertes. Elle descendit dans le centre commercial aux boutiques closes, croisant quelques passants qui sortaient en h\u00e2te du cin\u00e9ma ou du m\u00e9tro.<\/p>\n<p>Ironie m\u00e9connue et macabre, un des plus grands centres commerciaux de la capitale \u00e9tait b\u00e2ti sur une n\u00e9cropole et de nombreux ossements \u00e9taient encore stock\u00e9s dans les innombrables galeries utilis\u00e9es pour creuser les voies de chemin de fer constellant le sol de Paris.<\/p>\n<p>Tout le complexe de Ch\u00e2telet les Halles \u00e9tait construit sur un endroit anciennement \u00e9vit\u00e9 de tous. Au moyen-\u00e2ge, le quartier \u00e9tait un charnier putride o\u00f9 l\u2019on d\u00e9posait tous les morts de Paris. Les malades agonisants \u00e9taient jet\u00e9s vivants sur les centaines de cadavres des autres mis\u00e9reux et la puanteur du lieu empestait \u00e0 des kilom\u00e8tres \u00e0 la ronde.<\/p>\n<p>Elle sentit la d\u00e9mone remuer \u00e0 la limite de sa conscience, les lieux charg\u00e9s d\u2019une telle m\u00e9moire de souffrance et de mort produisait toujours comme un effet extatique sur elle. Rose esp\u00e9rait qu\u2019elle d\u00e9chanterait bient\u00f4t. Durant ces ann\u00e9es pass\u00e9es dans une sorte de symbiose mal\u00e9fique, Lilith avait eu la capacit\u00e9 d\u2019espionner toutes ses pens\u00e9es. Mais au fil du temps, Rose avait \u00e9galement r\u00e9ussi \u00e0 percevoir des brides de connaissances \u00e9manant de l\u2019entit\u00e9 qui occupait son esprit.<\/p>\n<p>Et elle y avait trouv\u00e9 la r\u00e9ponse \u00e0 ses tourments. Les endroits d\u00e9gageant une intense charge \u00e9motionnelle avaient le pouvoir d\u2019ouvrir des portes. Des passages vers les autres dimensions. La o\u00f9 la joie, la compassion, le pardon, la piti\u00e9 et l\u2019amour permettaient d\u2019emprunter un chemin vers les royaumes c\u00e9lestes, les hauts lieux de souffrance, de mort ou de cruaut\u00e9 mat\u00e9rialisaient des portiques vers les enfers.<\/p>\n<p>En soupirant, Rose se dit qu\u2019il devait y avoir sur terre bien plus de possibilit\u00e9s d\u2019emprunter une route vers la damnation que vers salut. Peu lui importait, elle avait cess\u00e9 depuis tr\u00e8s longtemps de se tourner vers le Ciel. Elle le savait, en dessous de cette terre autrefois recouverte de corps en d\u00e9composition se trouvait un acc\u00e8s vers les terres d\u00e9moniaques.<\/p>\n<p>Machinalement, elle passa les tourniquets en validant son passe magn\u00e9tique et se dirigea vers les quais de la ligne 4. Elle avait commis une erreur en pensant \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 elle souhaitait se rendre et elle sentait que Lilith s\u2019agitait. Elle se h\u00e2ta le long des couloirs violement \u00e9clair\u00e9s et quasiment d\u00e9serts. Un peu plus loin, une femme sanglotait accroupie contre un mur. Au moment o\u00f9 Rose la d\u00e9passait, cette derni\u00e8re se redressa, le visage dissimul\u00e9 derri\u00e8re une longue chevelure crasseuse. Et elle pointa vers elle un doigt accusateur.<\/p>\n<p>-Assassin. Cracha-t-elle d\u2019une voie \u00e9touff\u00e9e. Tu es un assassin. De surprise, Rose s\u2019arr\u00eata et s\u2019appr\u00eatait \u00e0 formuler des paroles d\u2019apaisement pour calmer la femme qui semblait visiblement d\u00e9sorient\u00e9e. Quand celle-ci \u00e9carta ses cheveux, d\u00e9voilant sa figure. Rose recula violement. La gorge de la femme \u00e9tait ouverte sur toute sa largeur et laissait appara\u00eetre le larynx.<\/p>\n<p>&#8211; Assassin. Reprit-elle dans un affreux gargouillis liquide. C\u2019est toi qui m\u2019as fait \u00e7a.<\/p>\n<p>Une bribe de souvenir assomma Rose. C\u2019\u00e9tait en \u00e9t\u00e9, peu apr\u00e8s la premi\u00e8re guerre mondiale dans la campagne anglaise. Lilith l\u2019avait d\u00e9sign\u00e9e et elle l\u2019avait \u00e9gorg\u00e9e. En plein jour derri\u00e8re un \u00e9norme ballot de paille.<\/p>\n<p>&#8211; Vas-t\u2019en. Hurla le fant\u00f4me de la paysanne. Meurtri\u00e8re, diablesse.<\/p>\n<p>Prise de peur, Rose voulu tourner les talons et remonter \u00e0 l\u2019air libre. Mais cela l\u2019\u00e9loignerait de son objectif. Repoussant l\u2019apparition, elle couru vers le quai, le c\u0153ur sur le point d\u2019exploser et la panique se r\u00e9pandant dans ses veines. Elle y \u00e9tait presque lorsqu\u2019une autre silhouette se dessina sur sa route. Elle le reconnu imm\u00e9diatement, il s\u2019agissait de l\u2019homme qu\u2019elle avait abattu d\u2019une balle dans la t\u00eate au fond de cette ruelle sordide l\u2019hiver dernier. Son regard \u00e9tait charg\u00e9 de reproches et de haine alors que ses l\u00e8vres articulaient un \u00ab Je t\u2019avais suppli\u00e9 \u00bb qu\u2019elle n\u2019entendit pas car elle se mit \u00e0 hurler.<\/p>\n<p>Partout o\u00f9 elle posait le regard, une de ses victimes la fixait. L\u2019adolescent qu\u2019elle avait \u00e9cras\u00e9 en voiture, le vieux monsieur pour qui Lilith avait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 qu\u2019il devait \u00eatre poignard\u00e9 66 fois, la jeune m\u00e8re qu\u2019elle avait pouss\u00e9 du pont. Tous pointaient vers elle un regard accablant et murmuraient insultes et suppliques \u00e0 son \u00e9gard. Elle cr\u00fb un instant que sa t\u00eate allait exploser tant le bourdonnement des voix \u00e9tait insoutenable. Des larmes coul\u00e8rent sur ses joues alors qu\u2019elle s\u2019appr\u00eatait \u00e0 bafouiller des excuses. Oui, c\u2019\u00e9tait elle qui avait tu\u00e9 ces gens, qui les avait parfois tortur\u00e9s et qui \u00e9tait responsable des malheurs de familles enti\u00e8res. Mais quelqu\u2019un d\u2019autre partageait cette charge. Quelqu\u2019un qui avait tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 l\u2019emp\u00eacher de rejoindre ce quai de m\u00e9tro.<\/p>\n<p>&#8211; Ca suffit ! Hurla-t-elle en se couvrant les yeux. Arr\u00eate \u00e7a tout de suite.<\/p>\n<p>&#8211; Mais que se passe-t-il ma ch\u00e8re Rose, tu ne supportes pas de revoir tes anciens amis ?<\/p>\n<p>&#8211; Ce ne sont que des hallucinations Lilith, ce ne sont que des images, ces gens sont morts, tous. MORTS !<\/p>\n<p>Elle avait cri\u00e9 ce dernier mot avec autant de conviction que de d\u00e9sespoir. Lorsqu\u2019elle rouvrit les yeux apr\u00e8s plusieurs secondes ou seulement sa respiration haletante brisait le silence, elle \u00e9tait \u00e0 nouveau seule. Son estomac \u00e9tait \u00e0 deux doigts de la l\u00e2cher pourtant elle n\u2019attendit pas un instant de plus avant de se remettre en route.<\/p>\n<p>Ses pieds foul\u00e8rent enfin le dallage sombre du quai sur lequel elle se mit \u00e0 courir ne pr\u00eatant aucune attention aux gigantesques publicit\u00e9s color\u00e9es placard\u00e9es sur les murs incurv\u00e9s. Cet endroit, quotidiennement emprunt\u00e9 par des milliers de personnes, n\u2019\u00e9tait fr\u00e9quent\u00e9 \u00e0 cette heure que par un groupe de sans abris trop occup\u00e9s \u00e0 se disputer une bouteille de vin pour pr\u00eater attention \u00e0 elle.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9e en bout de quai, elle poussa sans h\u00e9siter la simple barri\u00e8re orange interdisant l\u2019acc\u00e8s aux zones de maintenance \u00e0 quiconque serait \u00e9tranger au personnel de la RATP. Malgr\u00e9 sa d\u00e9tresse, elle fut prise d\u2019une envie d\u2019\u00e9clater de rire \u00e0 la vue de l\u2019\u00e9clair rouge figurant sur le panneau d\u2019avertissement. Non, mourir \u00e9lectrocut\u00e9e si pr\u00e8s du but n\u2019\u00e9tait vraiment pas une bonne id\u00e9e.<\/p>\n<p>D\u2019une vive lumi\u00e8re blanche, la clart\u00e9 glissa vers une obscurit\u00e9 difficilement perc\u00e9e par les faibles balises luminescentes. Etant chacune espac\u00e9es de plusieurs m\u00e8tres, ses yeux mirent un petit temps pour s\u2019adapter. Les murs \u00e9taient d\u2019une salet\u00e9 repoussante et tapiss\u00e9s de c\u00e2bles pendants avec anarchie. Les rails \u00e9taient couverts de d\u00e9tritus et marcher entre la voie \u00e9lectrifi\u00e9e et le mur sur ce lit de gros gravier in\u00e9gal \u00e9tait une entreprise p\u00e9rilleuse.<\/p>\n<p>Un grondement devant elle annon\u00e7a l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un m\u00e9tro, sans doute l\u2019un des derniers de la journ\u00e9e. Elle se colla \u00e0 la paroi crasseuse lorsque le mastodonte de fer passa en trombe \u00e0 quelques centim\u00e8tres d\u2019elle, manquant de la happer par le souffle de son d\u00e9placement furieux.<\/p>\n<p>D\u2019un pas r\u00e9solu, elle entreprit de traverser les voies pour rejoindre le trou obscur qui se trouvait \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019elle : un tunnel de forage du fond duquel provenait une lueur carmin. Elle enjamba avec difficult\u00e9 la barricade s\u00e9parant les deux sens de circulation et se rua dans la galerie t\u00e9n\u00e9breuse. Elle le savait, au bout se trouvait la fin de ses souffrances.<\/p>\n<p>Le tunnel se finissait en cul de sac l\u00e9g\u00e8rement \u00e9largi. Sur la paroi de gauche, invisible quelques m\u00e8tres en arri\u00e8re, se dessinait une terrifiante porte de m\u00e9tal clout\u00e9 entour\u00e9e d\u2019ossements et au sommet de laquelle \u00e9tait encastr\u00e9 un cr\u00e2ne humain. Juste devant, en bloquant l\u2019acc\u00e8s, les bras crois\u00e9s et le visage d\u00e9form\u00e9 par un rictus de col\u00e8re, Lilith la toisait, les yeux pleins de hargne.<\/p>\n<p>&#8211; C\u2019est donc \u00e7a ton splendide plan ? Tu veux ouvrir un des acc\u00e8s aux enfers et t\u2019y pr\u00e9cipiter ? J\u2019ai rarement vu plus stupide. Avec le suicide tu avais encore une mince chance d\u2019\u00eatre jug\u00e9e au purgatoire mais l\u00e0, c\u2019est l\u2019autoroute vers une \u00e9ternit\u00e9 de ch\u00e2timent. Et l\u2019ironie c\u2019est que tu ne me d\u00e9truira pas pour autant, je suis n\u00e9e des enfers, derri\u00e8re cette porte se trouve ma demeure.<\/p>\n<p>Rose s\u2019\u00e9tait accroupie, le souffle court. Sa gorge \u00e9tait ass\u00e9ch\u00e9e et sa voix rauque lorsqu\u2019elle lui r\u00e9pondit.<\/p>\n<p>&#8211; Si tu ne crains rien, pourquoi essaie-tu tellement de me barrer la route ? Je sais tr\u00e8s bien que si j\u2019ouvre cette porte, je me pr\u00e9cipiterais dans l\u2019antre du Diable. Mais je sais aussi que toi et moi nous ne formons qu\u2019un par les termes du Pacte et que, si je damne mon \u00e2me, tu viendras avec moi. Peu importe ta nature d\u00e9moniaque, ton essence est li\u00e9e \u00e0 mon esprit et s\u2019il vient \u00e0 \u00eatre d\u00e9vor\u00e9, tu dispara\u00eetras avec moi.<\/p>\n<p>L\u2019apparence de Lilith changea subtilement. Ses yeux parurent soudain rougeoyants et ses cheveux ondul\u00e8rent comme anim\u00e9s d\u2019une vie propre. Une fois encore, ses l\u00e8vres se retrouss\u00e8rent sur des canines ac\u00e9r\u00e9es et deux cornes noires pouss\u00e8rent sur son front blafard.<\/p>\n<p>&#8211; Esp\u00e8ce de chienne, crois-tu vraiment que je vais te laisser faire ?<\/p>\n<p>Rose s\u2019avan\u00e7a vers la porte d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Tu n\u2019es qu\u2019une illusion, laisse-moi maintenant, je vais mettre fin \u00e0 ce man\u00e8ge qui dure depuis bien trop longtemps. Tu n\u2019as rien d\u2019autre \u00e0 faire que\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Maman ?<\/p>\n<p>La petite voix enfantine stoppa net l\u2019\u00e9lan de Rose qui se raidi soudainement.<\/p>\n<p>&#8211; Maman, c\u2019est toi ? Qu\u2019est-ce que tu fais ?<\/p>\n<p>Elle n\u2019avait pas besoin de se retourner pour savoir qui se tenait \u00e0 pr\u00e9sent derri\u00e8re elle. Elle avait r\u00eav\u00e9 chaque nuit de ses boucles blondes s\u2019entortillant devant ses yeux mutins et de son rire cristallin lorsqu\u2019elle la portait sur ses \u00e9paules. Rose se mit \u00e0 sangloter quand une autre voix retentit dans son dos.<\/p>\n<p>&#8211; Mon amour ? Mon amour, je ne sais pas ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9, c\u2019est merveilleux, je, nous\u2026 Nous \u00e9tions dans le noir, puis l\u2019obscurit\u00e9 s\u2019est lev\u00e9e tel un voile et nous t\u2019avons vue. Ho, mon amour, comme tu m\u2019as manqu\u00e9.<\/p>\n<p>Les sanglots s\u2019\u00e9taient transform\u00e9s en rivi\u00e8re de larmes, roulant sur ses joues devant le regard cruel et suffisant de Lilith.<\/p>\n<p>&#8211; Tu as le choix Rose. Ouvre cette porte et tu souffrira jusqu\u2019\u00e0 en regretter d\u2019\u00eatre d\u00e9j\u00e0 morte et de ne pas pouvoir crever encore pour faire cesser les tourments. Ou alors je t\u2019affranchis du Pacte, je te lib\u00e8re et te laisse retrouver ton mari et ta pr\u00e9cieuse fille. En retour, tu me d\u00e9lies de mes\u2026 \u00ab Obligations \u00bb. Je pense que cela ne m\u00e9rite que peu de r\u00e9flexion non ?<\/p>\n<p>Rose tenta d\u2019essuyer avec dignit\u00e9 les perles sal\u00e9es qui constellaient ses joues mais elle ne parvint qu\u2019\u00e0 r\u00e9pandre sur son visage la poussi\u00e8re noire qui maculait ses manches. Avec lenteur, comme si cela lui co\u00fbtait un effort d\u00e9mesur\u00e9, elle se retourna. Albert \u00e9tait l\u00e0, souriant, v\u00eatu d\u2019une redingote hors d\u2019\u00e2ge, les cheveux grisonnants sous son haut de forme vert sombre. Ses lunettes \u00e9taient cercl\u00e9es de m\u00e9tal mais les \u00e9pais verres ne parvenaient pas \u00e0 cacher l\u2019\u00e9tincelle d\u2019amour qui brillait dans ses yeux. A c\u00f4t\u00e9 de lui, dans une jolie robe pastel aux manches bouffante en dentelle, Louise la regardait avec une tendresse infinie qui faisait rayonner son visage d\u2019ange.<\/p>\n<p>-Tu as raison Lilith, cela ne m\u00e9rite que peu de r\u00e9flexion. Elle \u00e9touffa un nouveau sanglot en se d\u00e9tournant de sa famille.<\/p>\n<p>&#8211; Adieu, mes amours.<\/p>\n<p>D\u2019une foul\u00e9e rapide, elle traversa l\u2019image de la d\u00e9mone et posa sa main sur la poign\u00e9e. Elle entendit \u00e0 l\u2019unisson rugir de rage Lilith et hurler de tristesse Albert et Louise. Des griffes psychiques lui labour\u00e8rent l\u2019esprit, provoquant une insoutenable douleur qui la t\u00e9tanisa, dernier soubresaut de haine du succube pour l\u2019emp\u00eacher d\u2019aller jusqu\u2019au bout de son sacrifice.<\/p>\n<p>Mais malgr\u00e9 le geste d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de Lilith, Rose avait d\u00e9j\u00e0 ouvert la porte, scellant ainsi leur sort \u00e0 toutes les deux.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h2>R\u00e9sultat<\/h2>\n<p><strong>1er au classement g\u00e9n\u00e9ral.<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"text-decoration: underline\">Note finale :<\/span> 14.9\/20\n<ul>\n<li><span style=\"text-decoration: underline\">Originalit\u00e9 :<\/span> 7.1\/10<\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline\">\u00c9criture :<\/span> 7.7\/10<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Commentaires des votants<\/h2>\n<p>Tr\u00e8s belle suite et fin (c&rsquo;en est bien une, non?) et une visite de Paris en prime. Bravo.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai not\u00e9 ce texte par rapport \u00e0 son pr\u00e9d\u00e9cesseur, parce qu&rsquo;il me semblait juste de le remettre dans le contexte. Il est beaucoup mieux \u00e9crit, les clich\u00e9s sont contourn\u00e9s ou mieux amen\u00e9s, la lecture devient donc plus fluide et les personnages plus cr\u00e9dibles et attachants.On lit cette nouvelle avec le m\u00eame plaisir qu&rsquo;on relit le dernier chapitre d&rsquo;un livre qu&rsquo;on a appr\u00e9ci\u00e9.<\/p>\n<p>Beaucoup de mots ! Plus de deux fois le total demand\u00e9.<br \/>\nOn peut mettre \u00e7a sur le compte du rappel du contexte, qui est celui qui avait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 au challenge pr\u00e9c\u00e9dent.<br \/>\nDes fautes : ne me tueras pas ; je trouverais vite ; La o\u00f9 la joie\u2026 ; Elle le reconnu ; Elle cr\u00fb ; Etant chacune espac\u00e9es ; je me pr\u00e9cipiterais ; Rose qui se raidi<br \/>\ndes portiques vers les enfers ? des portes ?<br \/>\nponctuation des dialogues : Je sais ce que tu as fait. Murmura-t-elle. ? \u2026, murmura-t-elle ; les guillemets \u00e0 ajouter : -Assassin. Cracha-t-elle d\u2019une voie \u00e9touff\u00e9e. Tu es un assassin. De surprise, \u2026<br \/>\nMon commentaire du challenge pr\u00e9c\u00e9dent est toujours valable : m\u00eame si on retrouve certaines choses tr\u00e8s classiques (possession par un d\u00e9mon, Lilith, les cornes\u2026), j\u2019aime la mani\u00e8re dont l\u2019histoire est travaill\u00e9e, les rebondissements, les pouvoirs \u00ab hallucinatoires \u00bb de lilith\u2026 Un bon texte, qu\u2019on a envi de lire jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<p>Une bonne suite \u00e0 un texte auquel je n&rsquo;avais pas vraiment accroch\u00e9. Le point que j&rsquo;aime le plus est celui de l&rsquo;ancrage dans le r\u00e9el et ses myst\u00e8res pr\u00e9-existants, tr\u00e8s cthulhuesque.<\/p>\n<p>Merci, j&rsquo;avais demand\u00e9 des pr\u00e9cisions, les voil\u00e0.<\/p>\n<p>Une suite donc, et longue qui plus est !<\/p>\n<p>Suite d&rsquo;un pr\u00e9c\u00e9dent challenge. Evidemment, on retrouve ce qui a construit le drame qui se joue. Le d\u00e9nouement est attendu mais le traitement, le rythme et le style sont l\u00e0 pour construire un beau moment de lecture. Bien jou\u00e9!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Rendar\n<p><strong>R\u00e9demption<\/strong><\/p>\n<p>Le vent glacial de cette nuit de fin d\u2019hiver glissait autour d\u2019elle mais elle n\u2019en ressentait pas le mordant. Elle \u00e9tait perdue dans ses pens\u00e9es, presque en contemplation devant son p\u00e2le reflet l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9form\u00e9 par la vitrine teint\u00e9e du magasin <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.atorgael.com\/?p=3260\">... [Lire la suite]<\/a>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[126,404],"class_list":["post-3260","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-challenges","tag-les-challenges","tag-rendar"],"views":3550,"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3260","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3260"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3260\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3260"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3260"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3260"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}