{"id":2435,"date":"2009-10-27T10:35:53","date_gmt":"2009-10-27T09:35:53","guid":{"rendered":"http:\/\/battle.atorgael.com\/?p=2435"},"modified":"2010-10-11T22:25:45","modified_gmt":"2010-10-11T20:25:45","slug":"beaute-glaciale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.atorgael.com\/atorgael\/?p=2435","title":{"rendered":"Beaut\u00e9 glaciale"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-5866 aligncenter\" title=\"beauteglacee\" src=\"http:\/\/www.atorgael.com\/atorgael\/files\/2010\/06\/beauteglacee.png\" alt=\"\" width=\"630\" height=\"273\" srcset=\"https:\/\/www.atorgael.com\/atorgael\/files\/2010\/06\/beauteglacee.png 630w, https:\/\/www.atorgael.com\/atorgael\/files\/2010\/06\/beauteglacee-300x130.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/><\/p>\n<p>Le train entre en gare dans un crissement de freins qui couvre l\u2019annonce qu\u2019une voix anonyme tente de faire passer. Le quai est pratiquement d\u00e9sert. Il est tard, les banlieusards sont rentr\u00e9s chez eux depuis longtemps. Elle monte dans le train. Le wagon est presque vide juste un homme qui dort et un jeune couple qui se parle \u00e0 voix basse. Elle s\u2019assoit, pose sa sacoche mais garde son manteau, il fait un peu froid et elle est fatigu\u00e9e.<\/p>\n<p>Sa journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 longue mais se sont ses nouvelles responsabilit\u00e9s qui en sont la cause ; il va bien falloir qu\u2019elle s\u2019habitue \u00e0 ces r\u00e9unions chez les fournisseurs. Mais ce soir elle n\u2019a pas la foi, cette petite flamme qui l\u2019animait autrefois semble \u00e9teinte. La faute \u00e0 qui ? A personne, au temps, \u00e0 sa jeune coll\u00e8gue. Cette esp\u00e8ce de &#8230; Non pas de jugement h\u00e2tif. N\u2019emp\u00eache que du haut de ses vingt trois ans et de ses talons aiguilles, elle a accapar\u00e9 l\u2019attention de tous les m\u00e2les pr\u00e9sents.<\/p>\n<p>Elle se rappelle ses vingt ans et elle sourit, elle aussi elle a d\u00fb faire la m\u00eame chose. Aujourd\u2019hui, le temps est pass\u00e9, impitoyable. Elle n\u2019a plus cette silhouette aux formes avantageuses, ses mains n\u2019ont plus cette douceur et ses yeux se sont vus cern\u00e9s de ridules. Elle doit se teindre ses m\u00e8ches blanchissantes et utiliser cr\u00e8mes de jour et cr\u00e8mes de nuit. Sans parler de son armoire \u00e0 maquillage. Toutes les femmes de son \u00e2ge en sont r\u00e9duites aux m\u00eame parades contre le temps, n\u2019emp\u00eache que ce soir elle a un petit coup au moral.<\/p>\n<p>Le train d\u00e9marre enfin. Dans trente minutes elle sera arriv\u00e9e, dix minutes de voiture apr\u00e8s elle sera chez elle. Le couple discute toujours, l\u2019homme s\u2019est mis \u00e0 ronfler. La tablette devant elle n\u2019est pas compl\u00e8tement relev\u00e9e, quelque chose la bloque. Elle la baisse pour d\u00e9couvrir le dos d\u2019un magazine qui lui propose de partir en vacances pour pas cher. Elle le retourne pour voir la couverture. Tiens, un nouvel hebdomadaire f\u00e9minin. F.A.M. Jamais lu. Et pourtant elle en a lu des tonnes, tous promettaient de maigrir, de rester jeune et jolie, d\u2019\u00eatre bien dans ses bottes, d\u2019\u00eatre femme, d\u2019\u00eatre amoureuse, d\u2019\u00eatre m\u00e8re d\u2019\u00eatre zen et, parfois, tout \u00e7a \u00e0 la fois. Qu\u2019est-ce que celui-ci a donc \u00e0 lui proposer ? Elle le feuillette machinalement, sans but, presque sans int\u00e9r\u00eat. Toujours les m\u00eame filles sublimes qui posent, toujours les m\u00eame publicit\u00e9s, eh non tiens, une nouvelle barre de c\u00e9r\u00e9ale coupe-faim qui fait maigrir. Et \u00e9videmment, l\u2019article miracle ! D\u00e9cid\u00e9ment, ils n\u2019ont peur de rien : \u00ab\u00a0Rajeunir en dix minutes\u00a0\u00bb. N\u2019importe quoi, encore une m\u00e9thode d\u2019autosuggestion, \u00ab\u00a0entre le d\u00e9but et la fin de cet article, vous ne serez plus la m\u00eame\u00a0\u00bb. Dix minutes,\u00a0 qu\u2019a-t-elle de mieux \u00e0 faire d\u2019ici \u00e0 sa destination, au moins \u00e7a l\u2019emp\u00eachera de se morfondre.<\/p>\n<p>Elle d\u00e9bute la lecture. \u00c7a commence par un historique d\u2019une pr\u00e9tendue tribu hindou dont les femmes paraissaient faire la moiti\u00e9 de leur \u00e2ge. Tout \u00e7a gr\u00e2ce \u00e0 quoi, gr\u00e2ce \u00e0 des formules magiques? Ils ne savent vraiment plus quoi inventer pour vendre leur papier. Et en plus ils les donnent ces formules. Illisibles bien s\u00fbr, mais c\u2019est de l\u2019hindou. Par jeu, elle tente de d\u00e9chiffrer tout de m\u00eame et finalement elle en arrive \u00e0 les murmurer \u00e0 voix basse. Pas si difficile que \u00e7a l\u2019hindou finalement.<\/p>\n<p>Le ralentissement du train et le bruit des freins la r\u00e9veille en sursaut. Elle s\u2019est assoupie sans s\u2019en rendre compte. C\u2019est sa gare, elle range ses affaires rapidement et sort vite sur le quai. Elle rejoint sa voiture, dans dix minutes elle est chez elle. Les cl\u00e9s sont au fond de son sac \u00e0 main. En fouillant elle se raccroche \u00e0 sa broche, le fermoir s\u2019est cass\u00e9 ce matin et elle l\u2019avait mise dans son sac, r\u00e9sultat, elle s\u2019est \u00e9rafl\u00e9e le dessus de la main. Elle trouve enfin ses cl\u00e9s, ouvre et entre dans sa voiture. L\u2019air y est surchauff\u00e9, normal, le v\u00e9hicule a pass\u00e9 sa journ\u00e9e en plein soleil. Elle descend la fen\u00eatre, l\u2019air frais du soir lui fait le plus grand bien. Elle d\u00e9marre et roule enfin.<\/p>\n<p>Au volant, elle prend le temps de regarder sa main, elle l\u2019avait presque oubli\u00e9e. Rien. Sa main n\u2019a rien du tout. Elle n\u2019a pourtant pas r\u00eav\u00e9 tout \u00e0 l\u2019heure. En fait sa main a bien quelque chose, ce n\u2019est pas sa main. A cette pens\u00e9e, elle manque louper son virage. Elle se calme et se gare sur le bas-c\u00f4t\u00e9. Elle l&rsquo;examine \u00e0 nouveau. Elle est douce, ses ongles sont impeccables, aucune ride. Elle r\u00eave. Oui, c\u2019est \u00e7a, elle r\u00eave. Elle tourne alors le r\u00e9troviseur vers elle, un doute la saisit. En voyant le visage que le miroir lui renvoie, elle se couvre la bouche pour s\u2019emp\u00eacher de crier. Ce n\u2019est pas son visage, c\u2019est celui de ces vingt ans.<\/p>\n<p>Un sourire monte doucement, elle regarde \u00e0 nouveau ses mains, ses bras, ses yeux, sa bouche, elle va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9boutonner le haut de son chemisier\u2026 son corps a rajeuni. Comment est-ce possible ? Le magazine ! Celui qu\u2019elle a lu dans le train et qu\u2019elle a ramass\u00e9 dans la pr\u00e9cipitation. \u00c7a ne peut \u00eatre que \u00e7a, bien s\u00fbr. Toute \u00e0 sa joie, elle repart, elle a h\u00e2te de voir la t\u00eate de son mari. Peut-\u00eatre qu\u2019en lisant l\u2019article, il pourrait aussi en profiter, mais non se rappelle-t-elle, \u00e7a ne parle que de ces femmes hindous.<\/p>\n<p>Elle arrive enfin, la petite lumi\u00e8re de dehors est l\u00e0 pour l\u2019accueillir, comme un phare guide un bateau. Elle entre doucement, la maison dort, tout est calme. Elle passe dans la salle de bain, prend le temps de regarder son nouveau corps ; elle \u00e9tait pas mal \u00e0 vingt ans ; passe sa chemise de nuit trop grande de deux tailles et va se coucher. Il dort, il ronfle, le pauvre ch\u00e9ri, il a d\u00fb se coucher tard. Elle ne le r\u00e9veille pas, il aura la surprise demain. Elle entre doucement sous les draps et finit par s\u2019endormir.<\/p>\n<p>La nuit lui a paru ne durer que quelques secondes, elle est encore fatigu\u00e9e. Ce sont les bruits dans la cuisine qui l\u2019ont r\u00e9veill\u00e9e. Elle s\u2019\u00e9tire mollement un sourire sur les l\u00e8vres. Mais celui-ci se fane doucement : ses mains ne sont plus comme hier soir, les ridules sont revenues, la peau est fatigu\u00e9e et us\u00e9e. Elle sort le petit miroir de sa table de chevet et l\u2019image est celle d\u2019une femme de quarante ans, la m\u00eame que celle d\u2019hier matin, la jeune fille de vingt ans est repartie. Elle a envie de pleurer. Elle voit alors le magazine qu\u2019elle a d\u00fb laisser tomber hier soir au pied du lit, elle se pr\u00e9cipite dessus et cherche f\u00e9brilement la page de l\u2019article mais il n\u2019y a plus rien, ce n\u2019est plus qu\u2019une page blanche. Elle n\u2019a pas r\u00eav\u00e9 pourtant, elle est s\u00fbre d\u2019elle, ses sensations de la veille sont encore pr\u00e9sentes et palpables bien qu\u2019elles commencent \u00e0 s\u2019estomper. Elle en est s\u00fbr, hier soir le magazine l\u2019a fait rajeunir et ce matin toute cette fra\u00eecheur retrouv\u00e9e s\u2019est envol\u00e9e. Le magazine n\u2019a plus qu\u2019une page blanche, vid\u00e9e comme ces \u00e9chantillons de cr\u00e8me qu\u2019on trouve parfois coll\u00e9s au milieu des pages de ces publications. Elle n\u2019a plus qu\u2019une envie : pleurer. Mais deux petits anges viennent contrarier son auto apitoiement en lan\u00e7ant un joyeux \u00ab\u00a0Maman !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sa femme est partie avec les enfants au cin\u00e9ma, une sortie pr\u00e9vue de longue date qui va lui permettre de faire quelques petits travaux dans la maison, il y a quelques am\u00e9nagements dans le grenier qui ont trop attendus. Un peu d\u2019exercices ne peuvent que lui faire du bien d\u2019ailleurs. En attendant, il va faire du m\u00e9nage et du rangement dans la maison.<br \/>\nDans la chambre, pr\u00e8s de la table de chevet de son \u00e9pouse, il trouve un magazine, elle a du le ramener de son d\u00e9placement d\u2019hier. Tiens, c\u2019est un magazine pour homme, H.A.M. Curieux qu\u2019elle ait pris \u00e7a. Il le feuillette rapidement et tombe sur un article au titre accrocheur :\u201cForme et vigueur retrouv\u00e9es en dix minutes.\u201d. D\u00e8s qu\u2019il aura fini son travail, il y jettera un coup d\u2019\u0153il.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le train entre en gare dans un crissement de freins qui couvre l\u2019annonce qu\u2019une voix anonyme tente de faire passer. Le quai est pratiquement d\u00e9sert. Il est tard, les banlieusards sont rentr\u00e9s chez eux depuis longtemps. Elle monte dans le train. Le wagon est presque vide juste un homme qui dort et un jeune couple [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[40],"class_list":["post-2435","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes","tag-fantastique"],"views":1977,"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/atorgael\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2435","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/atorgael\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/atorgael\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/atorgael\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/atorgael\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2435"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/atorgael\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2435\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/atorgael\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2435"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/atorgael\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2435"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.atorgael.com\/atorgael\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2435"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}