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Terre de Légende

Les longs mouvements chaotiques du vieux bus mal entretenu qui m’emmenait vers ma destination s’arrêtèrent enfin. Me saisissant de mon sac à dos, je me suis instantanément dirigé vers la porte, les mains moites de sueur autant à cause de la chaleur écrasante que de l’émotion. Le chuintement hydraulique maintenant familier m’annonça l’ouverture et je descendis les deux petites marches qui menaient jusqu’au sol.

Lorsque mes pieds touchèrent le sable fin, je pris une grande respiration, emplissant mes poumons de l’air désertique de ce lieu mythique. Posant ma main droite sur mon front pour me protéger les yeux des aveuglants rayons du soleil, je pu enfin contempler la raison de ces longues heures de routes.

Devant moi, à quelques centaines de mètres, se dressaient, aussi majestueuses qu’il y à cinq mille ans les trois colossales masses de pierres qu’étaient les grandes pyramides. Le plateau de Gizeh était fourmillant de touristes, de gardes et de guides en tous genres. Autour de moi, on parlait anglais, français, allemand, arabe mais mes yeux n’arrivaient pas à se détacher du majestueux sommet de ce qu’on appelait la grande pyramide de Kheops.

Malgré l’altération irrémédiable des siècles, je n’avais aucun mal à imaginer cette merveille du monde au temps de sa splendeur. Ses côtés couverts de chaux blanche et sculptés de milliers de hiéroglyphes, sa pointe rehaussée d’or qui étincelait sous la force de Râ, le dieu solaire et des pléthores d’esclaves, de notables et de dignitaires égyptiens déambulant sur la plaine aride.

Une terre de culture, une terre de légende, une terre de mythes mais avant tout, une terre de rêve qui fit naître sur mon visage ce jour la un intense sourire.

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Ange

Il entendait encore les échos de la détonation résonner dans sa tête. Il était couché à même le sol. Enfin, c’est ce qu’il lui semblait, car il n’osait pas ouvrir les yeux pour confirmer ses pensées.

Il n’avait pas mal. Pourtant il n’avait pas rêvé… Il avait bien vu cet homme braquer son arme vers cette petite fille. Ce n’était pas une vision de son esprit. Il se souvenait s’être jeté entre l’homme et l’enfant et avoir vu le canon de l’arme flamboyer avant que le noir ne survienne.

Une pensée s’imposa alors à lui… Etait il…

Mort ??? La voix douce et féminine qui s’était élevée avait continué son raisonnement à sa place. De surprise, il ouvrit les yeux. Il était couché dans une pièce blanche dont les murs semblaient lumineux. Il plissa les yeux le temps de les laisser s’accoutumer à la lumière mais se rendit compte que le flou qui l’entourait ne disparaissait pas.

Il se mit alors assis portant son regard vers son torse. Aucune trace de blessure. Il était vêtu d’un ample pantalon blanc serré par une ceinture de lin. ‘Qui êtes vous ?’ S’enquit il après que sa stupéfaction se soit atténuée.

‘Je suis Hécate’ Répondit la voix. ‘Non, tu n’es pas mort’ poursuivit cette dernière ‘Enfin, pas exactement’

Un tourbillon se forma devant ses yeux. Peu à peu, une silhouette fine s’y dessina paraissant de plus en plus matérielle à chaque seconde. Le temps de quelques battements de cils, une femme s’était matérialisée dans la pièce.

Elle était incroyablement belle. Son visage respirait la paix et la douceur tout autant que dans ses yeux se lisait une certaine forme de tristesse mêlée de compassion.

‘Sois le bienvenu en Yetsirah Renaud. Ta vie passée n’est plus, le monde tel que tu le connais n’est plus, les gens qui tu as côtoyés et aimés ne sont plus. Tu es aujourd’hui un soldat de la lumière’

A ces mots, la femme écarta les bras. Incrédule, il vit une paire d’ailes se déployer depuis son dos pour l’envelopper entièrement comme une robe de plumes immaculées.

‘Bienvenu dans ta vie d’Ange’ Se contenta elle de murmure en souriant.

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Elfe

La pièce exhalait la tristesse. Tout y était décoré de teintes pâles et froides, des riches étoffes aux fresques murales, rien dans cette spacieuse chambre située au dernier étage de la tour des égarés n’inspirait joie ou gaîté. Même le léger brouillard qui s’était levé en même temps que la lune s’ajoutait au sentiment de désespoir émanant de ce lieu.

Les temps allaient ils si mal que la légendaire joie de vivre de son peuple s’en allait comme des pétales de roses soufflées par une légère brise ?

Allongée sur un large lit à baldaquins de bois finement travaillés, une jeune elfe était étendue les yeux fermés, comme morte. Pourtant sa poitrine se levait à intervalles réguliers entrecoupant ses sanglots de profonds soupirs. Elle semblait perdue dans un rêve sans fin… Ou peut être était-ce un cauchemars ?

Son armure était maculée de sang et couverte de griffes et de coups, témoins des âpres combats qu’il avait été amené à livrer. Maniant avec dextérité ses deux lames courbées, il tranchait sans peines membres, cuir, métal et chairs, déroutant ses assaillants et les poussant à battre retraite loin du convoi de réfugiés. La rage le submergeait, tant d’efforts, tant d’essais de médiation, tant de sang…

Les humains, ces barbares incultes et grossiers n’avaient pas voulus reconnaître la légitimité des territoires elfiques de la bordure. Résultat : Les elfes désertaient le monde des hommes pour se réfugier dans le monde des brumes, laissant le funeste destin des humains entre leurs mains.

Une larme glissa sur sa joue, petite perle d’amertume enrobée de sel, pour venir sertir l’oreiller de soie de sa tristesse liquide. Elle se mourrait doucement depuis le départ de son bien aimé loin vers la bordure, vers le danger et la guerre.

Son visage inexpressif était pourtant si beau, sa peau d’albâtre était sans défauts, ses lèvres parfaites et ses longs cheveux bruns, cascades de boucles sauvages, se mariaient à merveille avec ses yeux vert émeraude cachés sous ses paupières humides. Un murmure s’échappa de sa bouche, presque inaudible, presque irréel.

– Thémas… Mon amour…

‘Il faut qu’on se replie immédiatement’ Hurla-t-il à ses soldats. ‘On ne peut tenir contre leur cavalerie’

La situation était critique. L’infanterie avait été repoussée mais les humains, dans une haine aveuglante envers les siens, avaient alors jetés dans la mêlée ses meilleurs guerriers, les chevaucheurs noirs. Leur charge ne laisserait aucun survivant, il n’avait qu’une seule alternative.

– Grindgor, prends trois soldats avec toi et rejoins le convoi, fais ce qu’il faudra pour qu’ils arrivent sains et saufs aux brumes. Les autres formez une ligne et tenez bon !!!

En un instant les chevaucheurs furent sur eux. Il évita de justesse un coup d’épée tout en tranchant les jarrets d’un des chevaux qui s’écrasa lourdement au sol, broyant son cavalier.

Il entendit hurler son nom derrière lui et se retourna juste à temps pour voir une grossière lance se diriger vers sa poitrine. Trop tard pour…

Soudainement elle ouvrit les yeux, portant ses mains à son cœur. Quelque chose venait de lui déchirer la poitrine, elle l’avait sentit.

Titubante, elle se leva, courbée par la douleur. Cela ne pouvait signifier qu’une seule chose…

Elle hurla…

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Mafia

La petite pièce dépouillée de toute décoration était sombre… Très sombre… Trop sombre…

Assis, menotté sur une chaise en métal froid, se trouvait Alberto, ancien chauffeur du gros Tony qui n’en menait pas large depuis la mort du patron. En face de lui se tenait un homme à la stature impressionnante. Rien que sa présence le faisait se sentir mal à l’aise. La réputation de l’homme dont on ne connaissait que le surnom le précédait et, c’était bien connu, Main d’Argent faisait rarement dans la dentelle.

Sans même qu’on lui ait posé de questions, Alberto s’était mis à table. D’une voix empreinte de tension, il déblatérait tout ce qu’il savait concernant les gens dont les photos étaient étalées sur la table.

‘Rendar ? Oui, je le connais. Enfin, je le connais de réputation, il est plutôt discret comme gaillard. Je pense ne l’avoir aperçu qu’une ou deux fois. Toujours très propre sur lui, très bien sapé mais toujours calibré parait-il’

Voyant que son interlocuteur ne réagissait pas, Alberto commença à paniquer. Et si le flic n’était pas satisfait de ses réponses ? S’il décidait de se montrer, comme sa réputation le laissait entendre, encore plus impitoyable que les parrains de RCKtown ?

‘Ha si, j’me souviens d’autres trucs. Mais ce sont des rumeurs hein, rien de confirmé’

D’un signe de tête, Main d’argent l’encouragea à continuer.

‘Il se fait appeler ‘Gueule d’ange’ du fait de son physique avantageux, mais ses détracteurs ont plutôt coutume de le nommer ‘Démon’ ou ‘Dragon’. On raconte qu’il est né d’une union passée sous silence entre un ancien parrain d’une famille italienne et une jeune Yakusa. Il aurait hérité de la détermination et du caractère impitoyable des japonais ainsi que du sens de la famille et de la froideur des italiens. Nul ne sait comment il est arrivé à RCKtown, mais on lui a prêté une relation très intime avec Yunalesca De la Scala, la marraine de la famille homonyme. Tout ceux qui savaient quelque chose ont mystérieusement disparu, mais il est certain qu’il s’est fait adopter par la famillia De la Scala et est maintenant un des hommes de main les plus fiables de Dame Yuna’

Le flic semblait satisfait. D’un geste posé, il présenta une autre photo à Alberto qui sembla soudain se souvenir d’un détail.

‘Ha oui, j’oubliais. On raconte qu’il ne jure que par ses deux Beretta ouvragés, mais c’est faux. Plusieurs rumeurs parlent également d’une incroyable maîtrise du sabre et de l’épée’

Ne laissant rien paraître de sa surprise, Main d’Argent continua à interroger silencieusement la misérable balance en face de lui. Le boulot risquerait d’être beaucoup plus difficile que prévu…

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