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Nine Lives

Nine-Lives – Retour à Ophélia

Partie I

Cela faisait près d’une heure maintenant que le vaisseau avait atterri et qu’elle avait été descendue comme du bétail sur le tarmac de ce qui lui semblait être une piste d’atterrissage. Semblait car, depuis sa capture, elle portait une épaisse cagoule l’empêchant de voir quoi que ce soit. Qu’importe, elle n’avait pas besoin de ses yeux pour ressentir les choses. L’odeur de l’air, la moiteur suffocante de l’atmosphère, le bruit du courant électrique alimentant des grilles de sécurités haute tension. Elle n’avait aucuns doutes sur l’endroit où elle se trouvait.

Lorsque l’un de ses geôliers lui arracha brutalement sa cagoule, elle du attendre plusieurs minutes pour en avoir confirmation, la clarté brûlante du soleil venant frapper sauvagement ses rétines ne lui laissant pas le choix. Lorsque ses yeux arrivèrent enfin à distinguer autre chose que des ombres, la vision imposante des immenses murs noirs du couvent lui procura un frisson qui tenait autant du plaisir sadique que de la haine pure.

Elle se trouvait sur Ophélia. Une planète comme des milliers d’autres sous la férule de l’Impérium de l’Humanité. Autrefois un monde ruche prospère jusqu’à ce qu’une gigantesque explosion ravage le quart de la surface planétaire, défigurant ce monde et transformant à jamais des milliards de kilomètres carré en désert aride. L’administratum avait parlé d’un volcan souterrain mais il se murmurait que la cause réelle de ce cataclysme tirait sa source dans les hasardeux essais d’une nouvelle arme. Mais malgré tout, l’opiniâtreté des hommes avait voulu que sois bâtit en plein centre de ces terres séchées l’un des trois couvents de la planète. Un endroit qu’elle connaissait bien… Trop bien.

Lors des longues années passées au service de l’Homme au Grand Chapeau, elle s’était souvent demandée si, ce quelle avait détesté le plus lors de son adolescence à la Schola Progénium, avait été l’esprit obtus des sœurs du couvent ou, le monceau de débilités qu’elles avaient essayées de lui enfourner de force dans le cerveau et auquel elle avait été obligée de faire semblant de croire.

Après plusieurs semaines de voyage, seule, des fers aux pieds et aux mains, enfermée dans une petite cellule crasseuse d’un vaisseau pénitentiaire, elle avait eu tout le loisir d’y réfléchir mais pas pour autant de trouver une réponse. Un sourire pincé naquit sur ses lèvres desséchées alors qu’elle repensait à l’abjecte sensation des menottes à ses poignets et à l’abnégation dont elle avait du faire preuve pour laisser ses chiens galleux de chasseurs de prime l’arrêter.

Sur la courte route pavée reliant le minuscule astroport d’Ophélia à l’entrée des millénaires portes du couvent, une imposante délégation faisait marche à leur rencontre. Nine-Lives n’eut aucun mal à reconnaître la livrée dorée des sœurs de batailles de la garde rapprochée de la sœur supérieure ce qui fit naître dans son esprit retord un sentiment d’amusement malsain. Me voilà invitée de marque, pensa-t-elle pleine d’ironie.

Le bruit caractéristique d’un fusil à pompe que l’on charge la ramena à sa condition, fort désagréable, de détenue. Devant elle vint se placer un de ses geôliers, un imposant humain à la peau noire dont les bras musclés étaient bardés de tatouage et de transpiration, preuve d’un certain stress que son visage ne laissait absolument pas transparaître.

– Poupée, ma mission s’arrête là. Dans quelques minutes, j’encaisse mon cash et toi, tu reste ici. Tout en parlant, l’homme la dévisageait de haut en bas, l’air amusé. Finalement, ce travail n’a pas été aussi difficile que je l’avais imaginé, ta réputation est fortement exagérée, moi qui avait espéré un peu de…

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase, d’un geste circulaire gracieux mais d’une puissance insoupçonnée, elle lui envoya un direct à la tempe avec ses menottes magnétiques. L’homme s’écroula au sol, immédiatement suivit de Nine-Lives qui évita ainsi le coup de feu tiré de derrière par l’acolyte de ce dernier.

Ses fers aux chevilles lui laissaient peu de possibilités pour se mouvoir et elle fut forcée de rouler sur elle-même, écorchant ses épaules sur le plasbéton de la piste d’atterrissage. En une fraction de seconde, elle fit basculer le deuxième chasseur de prime pour, ne lui laissant aucun répits, lui enserrer la tête d’un mouvement langoureux de ses cuisses. Il ne fallut pas plus d’une dizaine de secondes à l’homme pour être agité de soubresauts violents avant de s’immobiliser. Définitivement.

Se relevant à l’aide de ses avant-bras, elle eu la désagréable sensation que ce voyage forcé dans une cellule froide et exigu lui avait laissé les muscles endoloris malgré les nombreux exercices quotidiens qu’elle s’était astreinte à faire.

Alors que sur le chemin, son escorte se hâtait de venir les rejoindre après la détonation, elle se glissa silencieusement près de la tête du premier chasseur de prime qui commençait à peine à reprendre conscience.

– Tu sais gros souffla-t-elle. Si tu as réussi à me capturer c’est juste parce que je l’ai voulu. Tu es tellement pathétique de croire que tu as du mérite pour m’avoir mise sous les verrous mais la vérité c’est que…

Doucement, elle plaça une de ses mains devant la bouche de l’homme tout en maintenant l’autre à l’arrière de son crâne, l’immobilisant solidement.

– Je suis exactement là où je voulais être.

Le craquement des vertèbres de l’homme fut presque couvert par les pas lourds de bottes de métal martelant le tarmac. La cavalerie était enfin arrivée. En retard, comme toujours.

– Ne bouge plus.

L’ordre était on ne peut plus explicite et Nine-Lives n’avait aucun besoin de se retourner pour imaginer la dizaine de bolters braqués sur elle.

– Par ordre de la Sainte mère Cartagia, tu es maintenant sous l’autorité du couvent J’ai ordre de t’emmener au sanctuaire où tu subira ta sentence pour avoir été reconnue coupable de trahison.

Nine-Lives ne l’écoutait même pas, ses yeux fixés à ceux, encore grands ouverts de son ancien geôlier. Se passant la langue sur les lèvres, elle essaya de réprimer ce sentiment de pure cruauté qui remontait en elle depuis les tréfonds de son être. Que c’était bon de tuer à nouveau.

Partie II

Le couloir sombre garni d’austères statues de saints ou prêcheurs depuis longtemps oubliés menant au Narthex, n’avait pas changé d’un iota. Toujours cette même odeur d’encens et de bougies huileuses, ces mêmes vitraux limés par le temps. C’était comme si le sablier des époques s’était, en ces lieux, arrêté de couler. Toujours escortée par sa garde rapprochée de sœurs de batailles, Nine-Lives arborait un air faussement nonchalant, son regard perçant scrutant le moindre mouvement, son ouie entraînée analysant le moindre bruit.

Ses anciennes compagnes de combat lui avaient retirée les fers magnétiques pour les remplacer par des menottes traditionnelles. Les membres de l’adeptus sororitas transpiraient la confiance en eux. Première erreur.

Après plusieurs minutes de marches dans la surprenante fraîcheur du couloir malgré la fournaise de dehors, Nine-Lives et son escorte s’arrêtèrent devant une lourde porte de métal blindé. Cet obstacle quasiment infranchissable et inaccessible pour qui ne faisait pas partie du couvent allait bientôt s’ouvrir devant elle. La tueuse du réprimer un sourire, son visage devait rester impassible, celui d’une jeune femme emprisonnée, humiliée et traînée vers la salle où elle allait très certainement être exécutée.

Si seulement ces idiotes petites guerrières de l’Empereur imbues d’elles même savaient le plan qu’elle avait ourdi pour se faire capturer sans que cela paraisse trop facile juste pour être amenée jusqu’ici. Le grincement des battants de la lourde porte s’ouvrant sur une large pièce au très haut plafond soutenu par des centaines de colonnes garnies d’or la tira de ses pensées.

On la poussa sans ménagements à l’intérieur. Partout pendaient des candélabres ou des énormes encenseurs qui saturaient l’atmosphère d’une odeur à la limite du supportable. Au centre du Narthex, assise sur un trône de bois ouvragé, une femme ascétique vêtue de noir avait son regard rivé sur elle. Le monastère n’avais peut être pas changé mais cette femme n’avait plus rien en commun avec ses souvenirs.

La mère supérieure Carthagia était, lorsqu’elle avait quitté le couvent, une femme obèse, incapable de se déplacer sans son pavois antigravité. Elle s’était toujours amusée à la comparer silencieusement à un des immenses mammifères marin qui peuplaient les mers de l’ancienne Terra. Mais ses yeux, ses yeux n’avaient pas changés et ils la fixaient d’un air malsain alors qu’elle avançait à pas mesurés dans la pièce. Postée le long de l’allée centrale, une douzaine de sœurs de batailles étaient postées au garde à vous, assurant la protection de la matriarche tout autant que le cérémonial désuet en vigueur dans ses lieux que les fidèles prenaient pour sanctifié.

– Tu n’as pas changée ma fille. Tu sembles en excellente forme. Railla Carthagia d’une voix de crécelle.

– On ne peut en dire autant de toi. Rétorqua Nine-Lives ironiquement tutoyant à desseins et décidant de ne pas relever l’utilisation de l’appellation à connotation familiale réservée aux sœurs novices.

– Effectivement. Continua la vieille dévote. Il se peut que bientôt, l’Empereur tout puissant me rappelle à ses côtés. Mais avant, j’aurais le plaisir de te voir enfin mourir ma chère.

Nine-Lives ne répondit rien, se contentant de fixer dans les yeux cette femme qui, depuis des dizaines d’années, dirigeait le couvent d’une main de fer.

– Tu nous as fort déçu tu sais. Repris Carthagia en se levant péniblement de son fauteuil. Nous avions placés tellement d’espoirs en toi et tu as préféré…

Les mots restèrent en suspend alors que celle qui les avait prononcés s’approchait à pas mesuré des quelques marches de marbres qui surélevaient l’endroit ou elle présidait habituellement. Sur ses traits, on pouvait lire autant une intense colère à peine contenue qu’une profonde tristesse arrivant presque à traverser la barrière de chair ridée qui lui servait de visage.

– Qu’importe. Continua-t-elle en balayant l’air de sa main. Perdre une sœur au combat est déjà déchirant mais toi… Toi tu es une traîtresse, un déchet, une honte à tout ce que nous servons et que, à une époque, tu chérissais à nos côtés.

Nine-Lives soupira. Finalement, la colère l’avait, encore une fois, emporté sur la tristesse et son misérable laïus n’avait provoqué en elle qu’une seule chose : Une poussée d’adrénaline à l’idée de passer à la prochaine étape.

– Aujourd’hui, devant tes sœurs, témoins de mon jugement ayant, en ces lieux, force de décret, je te condamne à la peine capitale pour tes nombreux crimes. Trahison, blasphème, conspiration et assassinat. La sentence prend effet immédiatement et je serais ton bourreau.

Les quatre derniers mots de cette phrase avaient étés prononcés lentement, comme si Carthagia les savouraient plus que n’importe quel mets raffiné. Pendant cette tirade elle avait glissé sa main sous ses lourdes robes pour y saisir un antédiluvien modèle de pistolet bolter ouvragé et sertis de gemmes chatoyantes.

C’était le moment.

Depuis son entrée dans la salle, Nine-Lives, à l’aide d’une indétectable aiguille qu’elle s’était glissée des semaines auparavant sous la peau, s’employait à crocheter la serrure de lourdes menottes. Lorsque les rouages s’ouvrirent, elle s’en débarrassa sans efforts, d’une torsion de son poignet. Avant même que ces dernières ne touchent le sol, Nine-Lives effectua un bond puissant, se propulsant de plusieurs mètres dans les airs sous le regard médusé des sœurs de batailles qui mirent quelques secondes à réagir.

C’était tout ce qu’il lui fallait. Se servant d’un des larges piliers pour pivoter dans les airs, Nine-Lives évita une pluie de bolts qui virent frapper le marbre de la colonne étoilant la pierre blanche d’éclats noircis. Elle avait tout intérêt à conclure cette mission rapidement, les sœurs de batailles étaient loin d’être aussi douées qu’elle mais elle n’étaient pas moins dénuées d’un certain talent martial.

Tel un marsupial, elle sautait de colonne en colonne comme de branches en branche, se servant de ses pieds ou de ses bras pour se déplacer et éviter les tirs de ses adversaires tout en se rapprochant petit à petit de son objectif.

Cartagia se tenait debout, droite comme une statue, au centre du Narthex, le pistolet braqué sur elle, essayant d’ajuster sa visée sans toutefois y parvenir.

– Trop tard, ricana mentalement Nine-Lives.

Arrivée à la dernière colonne, elle y arracha un des lourds encensoirs en argent qui y pendait. Prenant appui sur ses puissantes jambes, elle se propulsa vers la mère supérieure, faisant tournoyer son arme improvisée.

L’étonnement se lisait sur le visage fermé par la concentration de Cartagia quand l’encensoir, tel une massue, vint lui défoncer le crâne au niveau de la tempe, broyant son cerveau. Son arme tomba à terre, suivie de près par son corps parcouru de spasmes.

Nine-Lives souriait, reprenant son souffle, accroupie devant le cadavre encore agité de soubresauts de celle qu’elle avait maintes fois rêvée de tuer. Le sang écarlate qui se répandait sur le marbre venait lui lécher les pieds. Les bolters s’étaient tus et Nine-Lives savourait ce moment de calme. Sa mission était accomplie, l’Homme au grand chapeau serait content. Doucement, elle se releva pour faire face à la rangée médusée de sœurs. Ecartant les bras, le regard plein de défi, elle leur lança un large sourire.

Le premier bolt l’atteignit en pleine poitrine, lui coupant le souffle et déchirant sa chair et ses organes. Le deuxième lui arracha le bras droit. Lorsque le troisième lui perça la hanche, elle s’écroula au sol, son dos venant heurter avec violence le sol froid. Tournant légèrement la tête, elle plongea ses yeux dans ceux son vie mais grands ouverts de Cartagia.

La douleur lui vrillait le cerveau mais elle ne pu s’empêcher de sourire à l’idée de ce symbole ridicule de deux ennemies face à face dans la mort.

Sa vie coulait en dehors de ses veines mais elle continuait à sourire. Qu’importe que cela lui ai coûté une de ses neufs vies, le bonheur intense qu’elle ressentait valait plus que ça…

Bien plus.

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