Sha’eil Taan

9

Les retrouvailles, quoique chaleureuses, entre DeSaintes et Ezekiel furent des plus courtes car les heures étaient maintenant comptées : plus qu’un jour avant la Pâque Impériale et l’avènement du Sha’eil Taan.

N’ayant plus rien à perdre, les deux Inquisiteurs, soutenus par l’Adeptus Arbites et les Space Marines, avaient aussitôt lancé une contre-offensive désespérée contre l’incursion massive des hordes renégates et en étaient miraculeusement ressortis victorieux. Toutefois, ils ne parvinrent à capturer vivant qu’un seul des apostats qui fut immédiatement confié aux bons soins de leurs acolytes pour être soumis à la question…

Littéralement planté à même le mur de plasbéton décrépi, Cocteau implorait et pleurnichait comme un enfant. Seinfield se pencha à son oreille, celle qu’il n’avait pas encore coupée :

– Tu peux prier tes sombres dieux aussi longtemps qu’il te plaira, tu sais, ils ne te viendront pas en aide. Jamais. Ils se moquent bien de toi, de ta pathétique existence. Tu n’as été qu’un pantin entre leurs mains, bercé de rêves trompeurs. Tôt ou tard, que tu le veuilles ou non, tu me raconteras ce que je veux entendre, charogne !

Pour donner plus de poids à son propos, l’expliciteur enfonça un nouveau pieu d’argent dans la paume de l’hérétique qui couinait de plus bel. La pointe s’enfonçait dans la chair avec autant de facilité qu’une lame de couteau dans de la génoise (bien que Seinfield ne s’expliquait pas pourquoi cette image en particulier lui était venue à l’esprit).

Son bionique lui conférait une force inouïe et il la considérait comme un cadeau de l’Empereur pour mieux Le servir. Son bras ne lui manquait donc pas le moins du monde malgré parfois les picotements et les lancements dans son membre fantôme. Peccadille que cela.

– Plus vite tu me diras ce que je veux savoir, plus tôt j’abrégerai tes souffrances. Mon Maître et moi ne sommes tout de même pas revenus sur cette planète pour la voir tomber sous le joug du Chaos. Expie tes fautes, apaise ta conscience, je t’écoute.

Hélion qui rédigeait le procès-verbal de l’interrogatoire releva la tête, étonné : il venait de se faire la remarque qu’aujourd’hui était la première fois où il entendait la voix du taciturne compagnon de DeSaintes. Jusqu’ici, il l’avait toujours cru muet.

Il se rendit compte alors qu’il ne connaissait rien du jeune homme. Comment aurait-il d’ailleurs pu deviner que Seinfield avait souffert des années durant dans les puits aux esclaves de Sedana V d’où il s’était échappé lors de la Rébellion de Spartak ? Comment pouvait-il deviner que six décennies plus tard il serait amené à l’exécuter, lui qu’on nommerait le Schattenjägger ? Rien ne pouvait le laisser seulement présager.

Cocteau continuait à déblatérer ses jérémiades et imprécations, invoquant parfois d’ignobles noms qu’Hélion ne pouvait supporter. Mais il n’était pas encore temps de lui couper la langue, non, il avait des informations capitales à leur divulguer d’abord.

Seinfield s’acharnait sur le reprouvé avec hargne, remuant sadiquement l’énorme clou dans la plaie suintante de sang.

– Par Sebastian Thor, parle, fils de chien, parle !

En dépit de la douleur, le supplicié se mit alors à rire à gorge déployée.

– Vous voulez connaître la vérité ? Vraiment ? Et bien soit, il est déjà trop tard maintenant et je veux me délecter de votre désespoir. Pauvres imbéciles ! N’avez-vous pas piger que tout ceci était inéluctable, que tout était déjà écrit ? Depuis la sanctification du mausolée, le destin est en marche et plus rien ne pourra l’arrêter ! Ô Puissances de la Ruine, je meurs à présent avec le sourire, votre but est atteint…
– Il est mort, commenta Seinfield impassible, il est mort et je n’ai rien compris de ses aveux.

Hélion, lui, avait parfaitement saisi les maudites paroles du traître. Miséricorde ! Le mausolée… Il n’y avait plus un instant à perdre.

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