Sha’eil Taan

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Cette ambiance leur était familière. Pourtant, ils ne parvenaient pas à la définir, à mettre un mot exact sur cette sensation, cette intuition si forte qu’elle occultait tout ce qui les entourait, allant jusqu’à leur faire oublier parfois leur propre conscience d’eux-mêmes. Leur esprit commun se focalisait résolument sur cet instant unique, fragile et presque inaccessible qu’ils désiraient depuis si longtemps déjà.

En cette seconde d’éternité, l’un comme l’autre ne pouvait clairement dire combien de temps avait pu durer leur glorieux calvaire. Une heure ou un siècle ? Et pourquoi baignaient-ils à présent dans ce vide froid et silencieux ? Ils se souvenaient vaguement, fugacement de ce qu’avaient été leurs vies, si tant est que l’on puisse appeler ça la vie. Souffrance, terreur, haine et vengeance avaient régit leur existence dans cet univers fou et dangereux. Tantôt vainqueurs, tantôt vaincus.

Néanmoins, une force bien plus puissante et plus ancienne qu’eux les avaient préservé, les avaient préparé, lentement façonné pour l’inéluctable avènement de leur être. En temps voulu, ils en étaient persuadés, tout leur serait révélé : leur nature, leur mémoire, leur but. La chair allait de nouveau reprendre forme et ils pourraient bientôt répandre ensemble, tous les deux, la parole de leur dieu à travers les mondes.

Ils le savaient, ils le sentaient : ils étaient attendus, ardemment chéris et craints par des légions fanatiques qui allaient les servir aveuglément. On le leur avait promis. Le pacte innommable qu’ils avaient conclu s’apprêtait à atteindre son apogée, être dévoilé au grand jour dans un son magnifique, un hurlement d’horreur et d’extase jamais atteint jusqu’ici.

Quelque chose émergea soudain des brumes de leur conscience : le Jihad Noir ! Oui…

L’échiquier des destinés étaient en place, la grand plan s’amorçait, la configuration était parfaite et le changement proche. Là ! Une infime particule de lumière perça à travers le rideau des ténèbres. Enfin ! Sans la moindre hésitation, ils s’engouffraient avidement dans la réalité. Libres d’ici peu.

Ils étaient le Sha’eil Taan.

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