Silicanti

Génèse

[…]
Pourquoi tiens-tu tellement à savoir ?
Crois-tu vraiment que cela pourrait t’apporter une certaine sérénité dans ta non-existence ? Que tout cela est futile, mais soit. Je vais assouvir un peu cette insatiable curiosité propre à ta race.

Je ne sais guère depuis quand nous existons, personne ne le sait d’ailleurs. Les jeunes races ne devaient pas encore être apparues. Il faudra me pardonner, ma mémoire n’a que dix mille ans. Tout ce qui peut remonter à avant notre condensation n’ai fait que de bribes de souvenirs que nous avons recoupés pour mieux comprendre ce que nous étions alors et sommes maintenant.

Or donc, bien avant la Chute des Eldars, nous n’étions justement pas grand chose. Purs esprits, pures énergies. A la limite, de simples effets électromagnétiques.

Nous n’avions même pas conscience de nous-même, et encore moins de ce qui nous entourait. Quelques-uns d’entre nous avaient si peu de consistance qu’ils en oubliaient d’exister… Nous nous laissions seulement porter par les vents solaires dans le vaste univers et cela était bien.

Occasionnellement, un mot un geste, un événement cosmique ou anodin tirait l’un des nôtres de nos éternelles rêveries. Immanquablement, nous étions attirés, amusés et séduits par ce qui nous avait réveillés et nous poussait à une action souvent sans intérêt : déplacer un objet, résoudre une énigme, provoquer une tempête, posséder ou tuer une entité. Des banalités.

Au fur et à mesure, les solides nous ont identifiés et nous ont qualifiés de fantômes, de démons, de dieux ou que sais-je encore ? Allant même parfois jusqu’à nous donner des noms auxquels nous répondions s’ils nous plaisaient. Et on nous appelait de plus en plus souvent, et cela était bien.

Toutes les races, tous ces solides sans exception, nous ont tous, au moins une fois, intégré dans une de leurs légendes ou pathétiques religions.

C’est ainsi qu’au fil des siècles et des millénaires, nous devinrent progressivement, lentement, lucides sur notre existence et nos individualités. Nous étions appelés, invoqués, priés, suppliés. Nous étions craints et respectés. Nous étions bien souvent manipulés, à dessein ou pas, car naïfs et immatures. Néanmoins cela ne nous dérangeait pas : nous étions avant tout ce que tu pourrais qualifier de bonnes âmes, joueuses, curieuses et toujours prêtes à rendre service.

Le temps s’écoulait (concept qui nous dépassait complètement alors), des civilisations et des mondes émergeaient puis disparaissaient, nous ne nous en rendions même pas compte et cela était bien.

Puis vint le cataclysme, la naissance de la Grande Ennemie, l’éveil de Slaanesh provoqué par l’insouciance hédoniste des Eldars ! Le début de la fin pour nous, la Grande Perte !

Ce que vous appelez l’Oeil de la Terreur, une tempête Warp sans précédent, s’est ouvert dans l’univers matériel et nous avons dû fuir le plus loin possible puisque cette horreur indicible tentait de nous aspirer et beaucoup des nôtres y disparurent bel et bien. Vu que ce qui nous attend là-bas n’est pas la damnation mais notre totale annihilation, la non-existence.

Alors nous avons fui et avons fini ici, dans ce système de planètes volcaniques où nous avons pu créer et façonner nos corps à partir de roches et d’argile. Ces corps de magma ou de sable qui nous ancrent dans ce plan et nous privent de cette liberté que nous avons tant chérie.

Dix mille ans maintenant que nous sommes prisonniers de ces enveloppes ! Dix mille ans que nous survivons cachés à préparer notre vengeance et fomenter notre complot. Car nous vous haïssons tous, TOUS ! Vous et tous les autres solides parce que nous ne voulons pas être comme vous. Les créatures démoniaques et les dieux parce qu’ils sont ce que nous devions être.

Nous sommes les Silicanti et voulons recouvrer notre état passé. Nous ne sommes plus les gentils esprits d’autrefois, non. Les Silicanti n’aspirent plus qu’à la destruction de toute vie. Nous sommes légion et auront notre revanche !

Alors Ayato ? Penses-tu trouver dans tout cela quelque espoir ou réconfort ? Non ? Quel dommage pour toi. […]



Régénération

Le processus était court, mais extrêmement délicat et dangereux. Sa vie, son essence même, devait être extraite, puis entreposée un temps dans une sphère de rétention. Ehrgeizt exécrait cela plus que tout au monde. Prisonnier du globe, il serait alors coupé du monde extérieur, privé de toute sensation. Et cela le désespéra.

Déjà que d’être confiné dans sa gangue de cristal humanoïde lui était difficilement supportable, puisque condamné à ne connaître que les pathétiques et chétives perceptions terrestres. Mais là, c’était bien pire. Froid et horrible. Un furtif aperçu du néant qui l’attendait lui et les siens s’ils n’y prenaient pas garde. Maudite soit de la Grande Perte !

Il prit place devant ses pairs et les salua d’un unique hochement tête, signalant ainsi son acceptation et sa résignation. De toute manière, avait-il vraiment le choix ? Deux câbles de succion s’approchèrent alors de lui en ondulant tel des serpents et vinrent se fixer au niveau de ses omoplates, fusionnant avec sa matière translucide.

Sa substance fut ensuite aspirée, extirpée malgré son irrépressible envie d’être et d’exister, ce singulier instinct de conservation qui tentait de s’agripper au moindre atome de son corps. Oh quelle étrange et répugnante impression de chute infinie ! Comme si cela ne pouvait jamais avoir de cesse ! Son âme plongeait inéluctablement dans un puits sans fond, abyssal. Et cela le désespéra.

Il aurait voulu pouvoir hurler sa peur et sa rage, mais cela ne lui était évidemment plus possible : son émanation glissait déjà le long des boyaux jusqu’à la sphère qui gagnait en luminosité tandis qu’elle approchait à saturation et qu’à contrario, son enveloppe se ternissait et s’assombrissait.

Il pouvait sentir son espace vital se réduire, s’amoindrir. Et cela le désespéra. Mais tel était le prix à payer s’il voulait survivre, s’il voulait pouvoir régénérer son organisme cristallin. Il fallait le réparer de toutes les micro-fissures qui le parcouraient.

Le sol se mit alors à irradier, chauffé à blanc. Son corps se transforma en une pâte visqueuse informe en fusion et Ehrgeizt y fut alors précipité afin de le remodeler à sa guise, supprimer les dernières petites imperfections de par sa seule volonté.

Le Silicanti regarda de ses yeux neufs ses fines mains translucides. Il éprouvait un sentiment mitigé de curiosité et de dégoût à leur simple vue. Il était à nouveau entier, et pourtant cela le désespéra.