






Tel un requin fendant les flots, l’imposant croiseur de guerre impérial de classe Vengeance filait gracieusement dans l’espace. Assis sur le trône de commandement du Médusa, l’Amiral Narkins prenait connaissance des rapports en provenance des vaisseaux placés sous ses ordres. Les diodes de sa couronne de contrôle, profondément enfoncée dans les implants cybernétiques greffés autour de son crâne, scintillaient alors que l’appareil convertissait les courants électriques en données lisibles par un cerveau humain.
Gorgone – Cdt Sharek – Rien à signaler
Basilik – Cdt Palleon – Rien à signaler
Manticore – Cdt Riskin – Rien à signaler
Le nom des vaisseaux suivis de celui de son commandant et de son statut s’imprimaient dans son cortex aussi clairement que s’il lisait une feuille de transplast.
Hydra – Cdt provisoire : Major Iokas - Nettoyage en cours.
Narkins soupira en voyant la dernière ligne du rapport. Une partie de l’équipage de l’Hydra avait fomenté une mutinerie au début des troubles sur Capella et il avait été forcé de se séparer personnellement et de manière définitive du Commandant Sarkis visiblement en forte dissension avec le credo sacré.
Une délégation envoyée par l’Inquisiteur Ezekiel purgeait en ce moment même l’équipage de ce vaisseau et, de toute évidence, peu des fiers marins qu’il avait autrefois eus sous ses ordres s’en sortiraient vivants. De ce fait, l’Hydra était loin d’être opérationnel et il faudrait malheureusement plusieurs années avant qu’un nouvel équipage vienne remplacer les malheureux qui subissaient en ce moment même le juste courroux des serviteurs de l’Empereur.
Après tout, peu importait. La flotte de défense de Capella Secundus ne pouvait rien faire pour aider les hommes au sol et, il faut bien le dire, l’inactivité l’exaspérait au plus haut point. Une guerre faisait rage plusieurs kilomètres sous ses pieds et il se sentait tout simplement inutile.
Médusa – Tous les systèmes parés. Armes prêtes, torpilles Cyclone chargées. Chasseurs en niveau d’alerte deux – Rien à signaler.
Ne pouvant réprimer un léger sourire en voyant apparaître le statut de son propre bâtiment, il retira sa couronne ointe d’onguents sacrés, déconnectant son esprit de celui de la machine. Comme à l’accoutumée, la sensation fut désagréable. Une sorte de pincement aussi bien physique que psychique qui lui laissait toujours l’impression de s’être fait enlever une partie de lui-même. Récitant une brève prière, il rendit hommage à l’Empereur de lui donner un outil si performant afin d’accomplir Sa volonté.
L’Amiral récapitula mentalement les données qu’il venait de recevoir. Pour autant qu’ils pouvaient l’être, ils étaient prêts. Seuls les vaisseaux Astartes, croisant de l’autre côté de la planète, n’avaient pas répondu à sa demande d’information. Cela ne l’étonnait guère, les Space Marines n’ayant eu aucun contact avec les vaisseaux de la garnison capellanne depuis leur arrivée. Malgré tout, ce silence l’inquiétait quelque peu. Avec les récents évènements survenus sur l’Hydra, qui pouvait savoir ce qui se tramait dans l’esprit de ces guerriers surhumain dont la légendaire vocation était de faire couler le sang ?
Le Médusa orbitait autour de l’hémisphère nord de la planète. Même depuis l’espace, il pouvait voir le déchaînement des vents et des orages couvrant l’entièreté de Capella Secundus. La lourde chape de nuages noirs zébrés d’éclairs était impénétrable. Narkins n’avait jamais vu ça et, bien que le spectacle ait quelque chose d’hypnotisant, il savait que le sort de ce monde était en train de s’y jouer.
- Amiraaaaaal.
La voix traînante d'un serviteur mécanisé le tira de ses profondes réflexions. Il lui fit un signe de la tête, l’incitant à continuer.
- Amiraaaaal, le cœur astropathique a dééééééééétecté une fluctuatioooooon dans le Waaaaaaaarp.
Une perturbation ? Cela ne pouvait signifier que peu de choses et la sortie d’un nouveau vaisseau depuis l’Empyrean était la plus probable. Ils n’attendaient pourtant personne.
- En visuel. Se contenta-t-il de répondre.
Instantanément, la passerelle du vaisseau s'anima et l'équipage s’empressa de positionner le navire afin d’orienter la baie de transpacier vers le flot d’énergie scintillante qui se formait aux alentours d’une des lunes du système.
- Amiraaaaaaaaal, le scanner détecte plusieurs vaisseaaaaaaux.
- Origine ?
- Inconnuuuuuue monsieuuuuuur.
Narkins frissonna. Sur la console de navigation, un agrandissement longue distance lui montrait les images déformées de plusieurs navires de guerre. Des cuirassés de classe Executor et Repulsive. D’anciennes nobles constructions impériales aujourd’hui sous la tutelle de ses plus abjects détracteurs.
Et ils arrivaient à pleine vitesse !
Charnier, décombres et fournaise. Voilà quelques mots qui définissaient à merveille ce qui restait de la ville de Giract à l’arrivée des forces impériales. Supposée être le bastion des forces renégates, les Dark Exorcists n’avaient rencontré que très peu de résistance dans la cité, principalement des rebelles mal équipés et désorganisés, et ils avaient pénétré au plus profond de l’agglomération tel une lance dans le ventre d’une bête moribonde.
Tout avait été saccagé et partout des cadavres mutilés dégorgeaient les litres d’eau qui tombaient du ciel de Capella, répandant dans l’atmosphère une odeur abominable. Malgré les violents orages incessants, de nombreux foyers d’incendie ravageaient encore les vestiges profanés des nobles constructions impériales.
- Où sont donc les Marines renégats ? Les derniers rapports des défenseurs signalaient d’importantes forces Word Bearers. Où sont-elles ?
La haine transparaissait dans les paroles du Maître de Chapitre aussi clairement qu’un phare dans une nuit d’encre. Les Space Marines du Chaos avaient déserté la ville après l’avoir dévastée. En plus d’être des traîtres, ils étaient des lâches.
- J’ai envoyé une partie de nos Astartes à leur recherche. Nous n’avons manifestement pas besoin de toute la compagnie pour purifier ce qui reste de cette cité.
Tout en lui parlant, le Chapelain Nemrod, son fidèle second, vint s’accouder à ses côtés sur la frêle balustrade les séparant du vide.
Styx s’extirpa tant bien que mal de sa contemplation des ruines de la ville tout en reculant de quelques pas. Ils se tenaient tous deux sur une imposante plate-forme métallique s’élevant à plusieurs centaines de mètres du sol. Droit devant eux, ils avaient une vue imprenable sur l’objectif situé à moins d’un kilomètre en contrebas.
- Lancez l’attaque. Se contenta-t-il de répondre.
- Bien mon Frère, répondit Nemrod en enclenchant son communicateur. Force Dark Exorcist, l’heure est venue de nettoyer la souillure de cette cité. L’Empereur pose son regard sur chacun d’entre vous, ne le décevez pas. Lancez l’assaut. Semper Fidelis.
De minces lumières bleutées s’allumèrent alors, laissant de faibles traces de fumées dans l’atmosphère. Les escouades d’assaut, attirées par les combats à venir comme un banc de piranhas par le sang, fondaient vers le bâtiment afin d’en prendre le contrôle par les étages supérieurs.
De nombreux Marines s’avançaient également dans l’usine après avoir réduit l’imposante porte d’entrée en miette à coup de charges de démolitions. Telle une mécanique bien huilée, les Dark Exorcists refermaient sur les renégats un piège où aucun n’en ressortirait vivant.
- Seigneur Styx, les premiers rapports font état d’une résistance nulle. Il semblerait que les hérétiques se soient condamnés dans la salle du noyau énergétique.
Le Maître de Chapitre hocha la tête. Ces chiens galeux essayaient sans doute d’établir un semblant de ligne de défense. Il se retint de ricaner. Ils les balayeraient sans aucune peine. A son tour, il s’adressa à ses hommes :
- Soldats de l’Empereur. Continuez votre progression mais soyez attentifs, il se peut que l’ennemi ait placé des pièges lors de sa retraite. Une fois la zone sécurisée, quittez le périmètre et rendez-vous au point Bêta.
Cette désignation tactique marquait l’emplacement de la base opérationnelle du chapitre lors de son déploiement à Giract. Située dans une base Arbites en périphérie de la ville, elle permettait un accès rapide à celle-ci et possédait d’importants systèmes de défense. Les Space Marines ne participant pas à cette mission y étaient stationnées en attente de porter le feu dans l’une des autres cités capellannes sous contrôle des sectes impies.
Le système de communication du Maître de Chapitre grésilla quelques instants avant de se fixer sur la fréquence recherchée. La voix, d’abord lointaine, d’un de ses hommes retentit de plus en plus clairement dans l’oreille de Styx.
- Monseigneur, ici le Sergent Velasquez. Mon auspex détecte une forte augmentation d’énergie depuis le noyau atomique de l’usine. Selon mes calculs, le réacteur devrait atteindre son point critique dans…
Sa phrase resta en suspend alors qu’une lance de lumière provenant de l’espace déchira les nuages pour venir s’écraser à terre, vitrifiant instantanément un pâté de maisons entier à l’ouest de l’usine.
Un autre torrent de flammes vint frapper la surface de Giract, suivi de près par une pluie de missiles qui vinrent transformer plus d’un kilomètre carré de ruines en fournaise. Styx n’en croyait pas ses yeux. Un bombardement orbital était en train de pulvériser la cité et ses hommes étaient en plein milieu de la tourmente.
- Force Dark Exorcist, évacuation immédiate de la ville. Dégagez-vous de cette usine dans les plus brefs délais.
Tout en prononçant ces mots, il enclencha ses propres réacteurs dont le son strident du préchauffage laissa vite place aux rugissements des moteurs annonçant qu’ils étaient opérationnels.
Les laser continuaient de marteler les édifices, s’abattant sur l’agglomération comme autant de météores mortels lancés par la main d’un dieu colérique. Une section de l’usine avait été vaporisée par un missile emportant sans doute une poignée d’Astartes dans la tombe. S’élevant de quelques mètres, il se dirigea à pleine puissance vers le point Bêta, imité par Nemrod. Au loin, il pouvait voir de petites traînées bleues lui confirmant que les escouades d’assaut avaient amorcé leur repli.
Les piliers d’énergie étaient de plus en plus fréquents et ils avaient plusieurs fois été frôlés par l’un d’eux. Il n’avait aucune idée de la situation au sol ni de qui avait ordonné la vitrification de Giract, les systèmes de communication étant saturés d’électricité statique empêchant toute correspondance. Très peu de ses hommes devaient en avoir réchappé et quelqu’un allait payer pour ça.
Lorsque le noyau atomique de l’usine explosa suite à son sabotage par les rebelles, il n’eut pas besoin de se retourner pour savoir qu’il n’échapperait pas à l’onde de choc.
- En avant toute, machines à pleine puissance.
L’écho métallique du serviteur relayant ses ordres au navigateur chantait comme une douce mélodie aux oreilles de l’Amiral Narkins. Cela faisait 35 ans qu’il attendait ce moment. 35 ans qu’il avait quitté l’académie navale et qu’il avait été envoyé dans ce recoin du Segmentum où il n’avait cessé d’attendre pour enfin livrer un combat.
Les vaisseaux des engeances sombres se rapprochaient rapidement de Capella et la Flotte Impériale s’était positionnée afin d’intercepter la menace. Une nuée de chasseurs bourdonnait autour des lourds croiseurs, prêts à larguer leurs torpilles ou à détruire celles en provenance de l’ennemi.
- Gorgone, Manticore, placez-vous à 75 degrés tribord, le Médusa tiendra le centre assisté de l’Hydra. Sus au Chaos et pas de quartier.
Le lieutenant Idross, son second, relayait déjà les informations alors que les vibrations des gigantesques moteurs à plasma du vaisseau faisaient trembler le trône de commandement comme une ode à la guerre. Sur sa passerelle, Narkins regardait avec satisfaction son équipage préparer le Médusa à la bataille mais, derrière l’impassible masque de confiance qu’il s’était composé devant ses hommes, il voyait bien que l’Hydra avait déjà plusieurs kilomètres de retard sur le reste de la formation impériale.
- Contact dans dix-huit secondes, annonça le navigateur.
- Feu à volonté ! Répondit l’Amiral sur toutes les fréquences.
Les laser du croiseur de classe Dictator ouvrirent le feu instantanément, dispersant les chasseurs renégats et venant frapper les boucliers des deux vaisseaux ennemis. La riposte ne se fit pas attendre et le Basilik encaissa plusieurs tirs dont l’énergie ricocha sur le lourd blindage du navire.
- Concentrez vos tirs sur le croiseur de gauche et chargez les torpilles.
A ses ordres, tous les vaisseaux de l’escadre impériale dirigèrent leurs laser vers l’imposante silhouette torturée du plus grand des deux assaillants. Une salve de torpilles vint pulvériser toute une partie de sa proue sous les vivats des membres de l’équipage du Médusa. Supérieures en nombre et en puissance, la victoire des forces impériales n’était qu’une question de temps.
- Où est le second croiseur ennemi ? Interrogea l’Amiral.
- A deux kilomètres tribord, Monseigneur. Il s’approche de l’Hydra.
Regardant par la baie vitrée, Narkins voyait déjà les traînées bleues et rouges des armes du vaisseau adverse zébrer l’espace, se focalisant vers le même point, celui où se situait le navire impérial en détresse.
- Basilik et Gorgone, je vous laisse le soin de donner à ses hérétiques leur juste châtiment.
Le vaisseau ennemi qu'ils avaient harcelé de tirs, transpercé de toutes parts, commençait déjà à dériver, des nuages d’hydrogène et de fumée s’échappant de sa coque.
- Nous partons porter assistance à l’Hydra.
- Commandant Darkel, que faisons-nous ?
A bord de la barge de bataille des Emperor’s Swords, les Marines avaient les yeux rivés vers le farouche combat opposant les vaisseaux impériaux aux deux croiseurs chaotiques.
Détournant son regard de la baie d’observation, Darkel fixa l’Astartes ayant pris la parole quelques instants plus tôt.
- Nous ne faisons rien, dit-il simplement. La Flotte Impériale est de loin plus forte que ses opposants, ce n’est pas la peine de gaspiller notre temps et notre énergie à leur place.
- Mais, l’un de leurs croiseurs est en difficulté, Monseigneur. Avança presque timidement le soldat qui soutenait malgré tout le regard de son supérieur.
Darkel haussa un sourcil.
- Je sais. Il marqua un bref temps de pause. Mais il me semble qu’il s’agit justement du vaisseau où a éclaté la révolte. Quel dommage que ces hérétiques périssent par la main même de ceux qu’ils s’étaient jurés de servir.
La passerelle demeura silencieuse. Aucun n’avait de pitié pour des hommes assez faibles pour se retourner contre le credo sacré.
- Et la délégation inquisitoriale ? S’enquit l’un de ses intendants.
Darkel esquissa un mince sourire.
- Connaissant le capitaine du vaisseau du Seigneur Ezekiel, ils ont certainement été évacués depuis longtemps.
Postés devant la gigantesque baie de transpacier, ils contemplaient le spectacle barbare de l’exécution de l’Hydra. Car c’était bien de cela qu’il s’agissait : d’une mise à mort. Le flanc bâbord du croiseur impérial était éventré, précipitant des centaines de serviteurs et d’esclaves impériaux vers le froid de l’espace, synonyme de mort. Une partie de son être ne demandait qu’à envoyer les deux barges de bataille des Emperor’s Swords donner une sévère correction au commandant du vaisseau chaotique mais le Médusa s’en chargerait très bien tout seul.
Un éclair aveuglant occulta un bref instant la clarté des étoiles. La puissante explosion marquait la fin du combat entre le premier appareil ennemi et les deux navires impériaux restés en arrière. L’onde de choc mit plusieurs secondes à leur parvenir, faisant légèrement tanguer le vaisseau.
- Navigateurs, ordonna Darke, éloignez immédiatement le Divine Rédemption de l’Hydra.
La barge de bataille commençait à peine à faire machine arrière que l’Hydra explosa dans une gigantesque sphère de plasma incandescent. Malgré les violentes secousses qui vinrent secouer le vaisseau, son commandant ne pu s’empêcher de glousser en voyant que l’appareil renégat, trop près de sa cible, avait été en partie endommagé par l’explosion. Le Médusa n’allait pas tarder à être à portée de tir et cette pitoyable tentative de mettre Capella sous blocus spatial n’allait bientôt plus être qu’un souvenir se résumant à quelques lignes, un paragraphe tout au plus, dans un obscur journal de bord conservé aux archives.
- Commandant ? La voix provenait du puits de détection, situé deux mètres sous le niveau de la passerelle.
- Au rapport Frère.
Un Space Marine vêtu d’une armure argentée gravit alors les quelques marches lui permettant de poser le pied sur la très sainte passerelle de commandement.
- Une communication urgente du cœur des psykers, l’astropathe Asherus a détecté une autre anomalie.
Darkel se raidit.
- Placez le vaisseau en alerte niveau trois, exigea-t-il, que les pilotes des chasseurs se tiennent près à décoller.
Avant qu’il n’ait pu dire quoi que ce soit d’autre, une autre voix s’éleva depuis le puits de transmission.
- Nous recevons une communication prioritaire du Commandant Killian des Dark Exorcists.
- En visuel.Réclama Darkel.
Instantanément, la passerelle fut artificiellement plongée dans l’obscurité pour laisser apparaître, en lieu et place de la baie d’observation, le visage en lame de couteau d’un Space Marine enchâssé dans une armure gris sombre.
A bord du Dominion, Killian attendait patiemment la réponse du vaisseau Emperor’s Sword. Il avait été satisfait de voir que le Marine qui commandait la petite flotte de ce chapitre ne s’était pas jeté tête baissée dans un affrontement inutile avec les forces renégates. Lorsque l’écran holographique se mit à scintiller, il se détacha de ses pensées pour se préparer à annoncer à son homologue Emperor’s Sword qu’ils risquaient peut être d’avoir d’autres ennuis.
La transmission mit quelques secondes avant de s'établir et il ne prit même pas le temps de faire une quelconque salutation d’usage. Les flagorneries étaient l’apanage des politiciens et le visage couturé de cicatrices qui était apparu sur l’écran était celui d’un guerrier. Tout comme lui.
- Commandant Darkel, il semblerait…
Son interlocuteur lui coupa la parole sèchement :
- Nous le savons déjà. Nos astropathes l’ont ressenti également.
Killian acquiesça. Ils étaient au courant. Parfait. Cela évitera les pertes de temps.
- Que signifie cette perturbation selon vous ? Reprit-il.
- Que nous allons avoir de la visite… Suggéra Darkel d’un ton las.
A des centaines de kilomètres, à l’autre extrémité de la planète, la réalité se déchira à nouveau pour laisser l’Empyrean vomir une nouvelle série de vaisseaux. De plus petite taille mais trois fois plus nombreux, ils formaient comme un essaim se dirigeant droit sur Capella.
Darkel n’eut pas besoin des calculs de ses serviteurs pour savoir qu’il leur faudrait plusieurs dizaines de minutes avant d’arriver à proximité des assaillants.
- Navigateurs, rugit-il, moteurs à pleine puissance. Calculez-moi la trajectoire d’interception la plus courte !
Par la verrière, il pouvait voir l’imposante flotte Dark Exorcist se mettre également en mouvement. Qu’importe le temps qu’ils mettraient pour arriver au contact des petits vaisseaux ennemis, ils ne leurs laisseraient pas une seule chance de s’échapper.
Recentrant son attention vers la bataille à venir, Darkel retourna s’asseoir sur le trône de commandement. Sur l’écran tactique, il pouvait voir la progression des vaisseaux alliés ainsi que les mouvements des appareils ennemis.
Ces fous n’essayent même pas de fuir. Pensa-t-il en constatant que la poignée de petits appareils faisait du sur-place au-dessus de la planète. Un rapport discret fit état de la destruction du second croiseur chaotique sous le feu des batteries du Médusa. La première vague était donc anéantie. Il en serait bientôt de même avec les nouveaux assaillants.
Un désagréable frisson parcouru soudain son échine. Les vaisseaux ennemis n’avaient toujours pas bougés depuis qu’ils étaient sortis du Warp et leur formation ne ressemblait en rien à une manœuvre défensive. On aurait dit plutôt qu’ils allaient…
- Non, murmura incrédule Darkel en constatant que la suite de ses pensées venait de se matérialiser sous ses yeux.
Les croiseurs ennemis avaient ouvert le feu simultanément, répondant à un ordre invisible. Une pluie de feu étincelante vint illuminer l’espace. Mais ce n’était pas vers d’autres vaisseaux qu’ils tiraient.
Regardant tristement le compteur égrenant la distance qu’ils leurs restaient à parcourir, il eut un rictus amer. Les renégats n’étaient pas venus établir un blocus spatial de la planète comme ils le croyaient tous. Leur seul but était de bombarder un point précis de la surface planétaire.
- Commandant, les vaisseaux ennemis se désengagent.
Le serviteur ne fit que lui apprendre ce qu’il pouvait constater par lui-même sur l’écran tactique. Un à un, les croiseurs légers disparurent à nouveau dans l’Immatérium.
Darkel n’avait qu’une envie : hurler.
- Chers hôtes, notre objectif final devrait être bientôt en vu. Merci encore d’avoir choisi Air Holland.
La voix goguenarde de Gecko grésilla à travers les haut-parleurs pour se répercuter dans la cabine de plaisance, brisant la concentration de DeSaintes penché sur la table de régicide. D’un air faussement apitoyé, il regarda Seinfield :
- De toute manière, tu étais sur le pont de battre. Considérons donc que tu remportes cette partie, néanmoins tu me dois une revanche. A présent, allons rejoindre ce satané contrebandier.
Il prit tout de même le temps de revérifier une énième fois les codes de son coffre personnel où était conservé en stase le Kiam Lir. Jamais trop prudent…
La passerelle de l’Aile Rouge était envahie de volutes de fumée. Mâchouillant son sempiternel cigare d’algues, Holland ne prêta aucune attention à l'arrivée de ses passagers, trop affairer à initialiser et vérifier les programmes d’atterrissage car, comme tout bon navigateur le sait, la rentrée dans l’atmosphère d’une planète est l’une des phases les plus critiques du vol spatial. L’angle de pénétration doit être extrêmement précis si l’on ne veut pas rebondir sur les couches denses ou perdre son bouclier thermique, ce qui dans les deux cas pourrait être fatal.
- Combien de temps encore ? Demanda l’Inquisiteur.
- Quelques minutes avant que Capella ne soit en visuel. Rassurez-vous, elle est toujours là. Ce qui m’inquiète par contre, c’est la série de sauts Warp que j’ai détectés.
- De quelle nature ?
- Je ne pourrais pas préciser pour l’instant, c’est trop loin. Une dizaine d’entrants, moitié moins ensuite de sortants, le tout étalé sur à peine un quart d’heure.
- Des renforts peut-être.
- Aucune idée, mais c’est à souhaiter. Dans le cas contraire, on est dans la mouise… Ah ! Capella Secundus sur écran.
Ce n’était encore qu’une tête d’épingle, un peu plus gros que les autres, à travers l’immensité de l’espace qui s’étendait devant eux. Un petit caillou qui croissait à vue d’œil.
- Et ces distorsions Warp alors ? S’enquit Esteban.
Gecko Holland consulta rapidement les données qui défilaient sur ses moniteurs.
- Mmmh… d’après les signatures thermiques, des cuirassés de diverses classes. De part et d’autre de la planète. Qui qu’ils soient, ils ne nous ont pas encore repéré. Pour une fois depuis longtemps, l’Empereur semble être de nouveau avec moi.
- Cessez donc vos sarcasmes ! L’interrompit l’agent impérial tout en toisant du regard son acolyte qui trouvait manifestement la dernière réplique amusante.
- Alors c’est ça Capella, constata le marchand d’armes avec une moue dubitative, pas fameux-fameux, ni très hospitalier.
En effet, la tête d’épingle était maintenant devenue une sphère, entièrement recouverte de sombres nuages souvent zébrés d’éclairs. Les forces en jeu avaient gagné en puissance, DeSaintes pouvait le sentir dans toutes les fibres de son corps.
- Ça doit pas être bien sympa là-dessous. Vous savez, mon Seigneur, qu’il est toujours temps de faire demi-tour, hein ?
- Encore un commentaire de ce genre, grinça Esteban, et je vous abats comme un vulgaire mutant. Sachez que je n’ai guère besoin de vous pour poser ce vaisseau, je connais bien les procédures à suivre.
Une alarme stridente retentit dans l’habitacle alors qu’un témoin lumineux se mit à clignoter frénétiquement.
- Ah ouais ? Et manœuvrer contre celui qui nous arrive en plein dessus, vous sauriez faire ?
- Du calme, rien ne nous prouve pour l’instant que ses intentions soient belliqueuses.
Comme pour contredire son optimisme, un second voyant s’alluma : ils étaient accrochés. Tirant sur les manettes vers lui, le trafiquant ouvrit les gaz en grand, donnant une puissante poussée à l’Aile Rouge et propulsant dans son siège Seinfield qui s’empressa de verrouiller sa ceinture. Quelques secondes après, deux violentes détonations quasi-simultanées secouèrent l’équipage.
- Il était moins d’une, souffla Holland, cramponnez-vous ! Le spectacle ne fait que commencer.
Changeant abruptement de cap, il plongea en direction de l’ennemi.
- Êtes-vous fou ? Cracha DeSaintes tout en se battant avec son harnais de sécurité. Il faut éviter l’affrontement à tout prix !
- Laissez faire le spécialiste. Mon bébé en a dans le ventre, croyez-moi. Ou nous prenons l’avantage, ou nous périssons.
Alliant le geste à la parole, Gecko, engageant une figure de tonneau barriqué, ouvrit le feu de ses canons escamotés sur l’adversaire surpris tout en maintenant une grande vitesse afin de se mettre hors de portée des armements ennemis. La séparation latérale fut tellement réduite au moment du croisement que l’Inquisiteur aurait presque put jurer avoir les yeux emplis de haine du pilote du Hell Talon.
- Il va virer plus vite que moi, j’ai pas le choix.
Holland cabra alors son vaisseau avant d’exécuter une demi-boucle pour piquer immédiatement alors que le renégat venait juste de comprendre la manœuvre et splita aussitôt pour tirer deux nouvelles torpilles.
Mais le contrebandier était un vieux de la vieille et avait déjà balancé ses leurres métalliques pour décrocher sur un plan vertical. Traversant les débris de l’explosion, le rebelle réalisa trop tard qu’il avait été berné et ne vit même pas l’Aile Rouge sur son flanc…
- Yahaa, exulta Gecko tout en rallumant son cigare, Imperium-1, méchant-0 ! Fallait pas me chercher la cogne mon gars.
DeSaintes avait déjà bondit hors de son siège :
- Pas le temps de jubiler. Foncez droit sur la capitale. Je crains le pire…
+++ Veuillez entrer votre code personnel +++
xxx/xxxx/xxx
+++
Code accepté…
Téléchargement des informations en cours…
Bienvenu Seigneur Ezekiel…
+++
Pensée du jour : Le fort survit toujours au faible.
+++
Menu principal de votre journal de bord.
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+++
+++ Mode consultation enclenché… Veuillez attendre quelques instants…+++
Pâque impériale. - 19 jours
Loué soit-Il ! La capitale capellanne est maintenant sous contrôle des forces loyalistes. Evidemment, de minces foyers renégats subsistent encore, cachés dans les bas-fonds, les bidonvilles et les égouts, mais ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’ils ne soient éradiqués. J’irai moi-même volontiers leurs faire goûter au châtiment de notre bien-aimé Empereur si je n’avais pas à coordonner les troupes envoyées dans les autres villes afin de les purifier des nombreuses sectes qui gangrènent cette planète.
Les Space Marines renégats du chapitre mille fois maudit des Word Bearers semblent s’être évanouis dans les limbes depuis qu’ils ont failli m’éliminer dans les souterrains, il y a plus d’un mois. A croire qu’ils n’aient jamais existé. Je conserve pourtant une vigilance perpétuelle, nul ne sait quelles fourberies ces êtres pétris de haine peuvent nous réserver.
Voilà trois jours maintenant que l’Inquisiteur DeSaintes est parti rallier, par je ne sais quel sombre moyen, le vaisseau-monde eldar Shemash. Je me demande par moment s'il s'agissait vraiment une bonne idée d’approuver ce voyage. Tous nos espoirs reposent sur Esteban et son passé au sein de l’ordre est plus que nébuleux. En plus, frayer avec des non-humains me déplaît, même si cela peut nous accorder la victoire. Je prie chaque jour pour que je ne me sois pas trompé.
Pâque impériale. - 14 jours
Je viens de recevoir enfin un message astropathique de l’Inquisiteur DeSaintes. Il s'avère que tout se déroule comme prévu dans sa quête du Kiam Lir.
Ici, la situation météorologique se détériore d’heure en heure. L’approche de la Pâque est presque palpable, et la planète toute entière semble hurler de douleur. Les Dark Exorcists, menés par le Maître de Chapitre Styx, sont à l’instant même en train de purifier la ville de Giract. Dans le malheur qui nous frappe, je me réjouis de combattre au nom de L’Empereur à leurs côtés, ainsi qu’à ceux des fidèles Emperor’s Swords qui m’assistent depuis de longues années.
Pâque impériale. - 10 jours
Les assauts des rebelles ont redoublé d’ardeur hier. Je pense que leur commandement a été repris en main par un agitateur très charismatique. Peut-être s’agit-il de Barotha lui-même. Cet infâme sorcier continuerait-il à se jouer de nous ? Après notre altercation dans les souterrains, je me suis renseigné sur lui et, bien que j’ai fouillé des documents classifiés magenta, je n’ai pas trouvé grand-chose. Cependant, ce que j’ai appris me suffit amplement et j’ai depuis encore plus envie de l’éliminer. Du temps de la Grande Croisade, alors qu’il se nommait encore Frère Galatius, il aurait été l’un des plus talentueux Archivistes de sa légion et l’un des premiers à louer les dieux du Chaos, pervertissant les soldats sous ses ordres. Il fut l’un des instruments principaux des sombres divinités en vue de faire sombrer la collégiale de psykers dans les abîmes de la damnation éternelle. On raconte même qu’il s’est servi de sa place de favori auprès de Tzeentch pour absorber la puissance de certains de ses anciens frères afin d’augmenter ses propres pouvoirs.
Je n'ai par contre absolument rien dénicher concernant Caïn.
La guerre d’usure des Dark Exorcists porte ses fruits et les rapports émanant de Maître Styx sont plus que positifs. Ils auraient déjà sécurisés plusieurs petites bourgades sur leur route vers Giract, ainsi que la périphérie de cette dernière.
A contrario, je n’ai plus aucune nouvelle de DeSaintes. J’espère que rien de fâcheux ne lui soit arrivé et qu’il n’a pas croisé le chemin de cette pourriture de Newmeier ou, et j’ignore ce qui pourrait être le pire, qu’il ait été trahi par ces maudits xénos. Autant je ne doute jamais des plans de notre Père même lorsque l’obscurité est totale, autant je crains parfois que Ses serviteurs, même les plus dévoués, ne puissent mener à bien la divine tâche qui leur a été confiée.
Pâque impériale. - 5 jours
Hélion m’inquiète. Depuis que j’ai cessé de lui injecter ses drogues apaisantes, il est de plus en plus agité et tourmenté. J’arrive encore à maintenir mon emprise psychique sur lui mais cela me coûte des efforts considérables. Je pense que, malgré son entraînement, il n’est pas encore prêt à affronter ce qui l’attend et j’aurais aimé pouvoir le préserver plus longtemps car j’avoue m’être pris d’affection pour cet enfant. Malheureusement, je n’ai plus le choix. Mes pouvoirs seuls ne me permettent pas d’affronter ce sorcier qui semble avoir juré causer notre perte. Peut-être Barotha n'est-il que le jouet d’un démon avide de vengeance. J’avoue ne rien en savoir et peu importe les motivations de cette chose finalement, je donnerai jusqu'à mon dernier souffle pour le renvoyer dans les enfers dont il est issu.
Pâque impériale. - 4 jours
Une mutinerie a eu lieu sur l’un des vaisseaux de la Flotte. Le commandant du croiseur Hydra, suivi d’une partie de son équipage, se serait détourné du Credo Impérial.
L’Amiral Narkins m’a demandé la marche à suivre et j’ai ordonné l’application de la directive 365 du code de l’Ordo. Toute souillure sera donc purifiée par le feu, après examen approfondi de la foi de chaque membre de l’équipage par l’épreuve de la douleur. Des émissaires téléportés depuis le Furry, accompagnés de serviteurs d’armes, se chargent déjà de cette mission. Prions pour les nombreuses âmes des malheureux qui n’auront pas su se repentir.
Pâque impériale. - 3 jours
Les nouvelles sont mauvaises. Il m’a été fait état d’une imposante armée de Marines renégats et d’apostats marchant sur Capella. Il apparaît qu’ils soient bien plus que ce que nous pourrions contenir lors d’un assaut frontal, et il me faut à tout prix rejoindre les soldats restés fidèles à notre cause afin d’organiser une ligne de défense efficace.
Un rapport vient de me parvenir annonçant l’arrivée de vaisseaux corrompus dans le système. Notre armada en orbite risque elle aussi de se faire submerger. Je fais pleinement confiance aux commandants Astartes ainsi qu’à Telk, mon fidèle pilote. Par contre, le responsable de la Flotte m’inquiète au plus haut point, surtout après cette affaire de rébellion.
Esteban DeSaintes était censé rentrer aujourd’hui de son périple vers Shemash. Il ne reste plus que trois jours avant la Pâque et l’accomplissement du Jihad Noir. Si nous ne détenons pas le Kiam Lir à ce moment fatidique, toute lutte sera vaine.
Je m’en vais préparer les hommes au prochain combat et il se peut que ces quelques phrases soient les dernières qui seront enregistrées dans ce journal. Si je dois mourir, ce sera l’arme à la main et le cœur fier. Que l’Empereur et Ses anges nous accompagnent afin de nous donner la force d’accomplir Sa divine volonté, même si je dois pour cela rejoindre la foule de Ses martyrs pour l’éternité.
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Bonne journée Seigneur Ezekiel.
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Cette ambiance leur était familière. Pourtant, ils ne parvenaient pas à la définir, à mettre un mot exact sur cette sensation, cette intuition si forte qu’elle occultait tout ce qui les entourait, allant jusqu’à leur faire oublier parfois leur propre conscience d’eux-mêmes. Leur esprit commun se focalisait résolument sur cet instant unique, fragile et presque inaccessible qu’ils désiraient depuis si longtemps déjà.
En cette seconde d’éternité, l’un comme l’autre ne pouvait clairement dire combien de temps avait pu durer leur glorieux calvaire. Une heure ou un siècle ? Et pourquoi baignaient-ils à présent dans ce vide froid et silencieux ? Ils se souvenaient vaguement, fugacement de ce qu’avaient été leurs vies, si tant est que l’on puisse appeler ça la vie. Souffrance, terreur, haine et vengeance avaient régit leur existence dans cet univers fou et dangereux. Tantôt vainqueurs, tantôt vaincus.
Néanmoins, une force bien plus puissante et plus ancienne qu’eux les avaient préservé, les avaient préparé, lentement façonné pour l’inéluctable avènement de leur être. En temps voulu, ils en étaient persuadés, tout leur serait révélé : leur nature, leur mémoire, leur but. La chair allait de nouveau reprendre forme et ils pourraient bientôt répandre ensemble, tous les deux, la parole de leur dieu à travers les mondes.
Ils le savaient, ils le sentaient : ils étaient attendus, ardemment chéris et craints par des légions fanatiques qui allaient les servir aveuglément. On le leur avait promis. Le pacte innommable qu’ils avaient conclu s’apprêtait à atteindre son apogée, être dévoilé au grand jour dans un son magnifique, un hurlement d’horreur et d’extase jamais atteint jusqu’ici.
Quelque chose émergea soudain des brumes de leur conscience : le Jihad Noir ! Oui…
L’échiquier des destinés étaient en place, la grand plan s’amorçait, la configuration était parfaite et le changement proche. Là ! Une infime particule de lumière perça à travers le rideau des ténèbres. Enfin ! Sans la moindre hésitation, ils s’engouffraient avidement dans la réalité. Libres d’ici peu.
Ils étaient le Sha’eil Taan.
Les retrouvailles, quoique chaleureuses, entre DeSaintes et Ezekiel furent des plus courtes car les heures étaient maintenant comptées : plus qu’un jour avant la Pâque Impériale et l’avènement du Sha’eil Taan.
N’ayant plus rien à perdre, les deux Inquisiteurs, soutenus par l’Adeptus Arbites et les Space Marines, avaient aussitôt lancé une contre-offensive désespérée contre l’incursion massive des hordes renégates et en étaient miraculeusement ressortis victorieux. Toutefois, ils ne parvinrent à capturer vivant qu’un seul des apostats qui fut immédiatement confié aux bons soins de leurs acolytes pour être soumis à la question…
Littéralement planté à même le mur de plasbéton décrépi, Cocteau implorait et pleurnichait comme un enfant. Seinfield se pencha à son oreille, celle qu’il n’avait pas encore coupée :
- Tu peux prier tes sombres dieux aussi longtemps qu’il te plaira, tu sais, ils ne te viendront pas en aide. Jamais. Ils se moquent bien de toi, de ta pathétique existence. Tu n’as été qu’un pantin entre leurs mains, bercé de rêves trompeurs. Tôt ou tard, que tu le veuilles ou non, tu me raconteras ce que je veux entendre, charogne !
Pour donner plus de poids à son propos, l’expliciteur enfonça un nouveau pieu d’argent dans la paume de l’hérétique qui couinait de plus bel. La pointe s’enfonçait dans la chair avec autant de facilité qu’une lame de couteau dans de la génoise (bien que Seinfield ne s’expliquait pas pourquoi cette image en particulier lui était venue à l’esprit).
Son bionique lui conférait une force inouïe et il la considérait comme un cadeau de l’Empereur pour mieux Le servir. Son bras ne lui manquait donc pas le moins du monde malgré parfois les picotements et les lancements dans son membre fantôme. Peccadille que cela.
- Plus vite tu me diras ce que je veux savoir, plus tôt j’abrégerai tes souffrances. Mon Maître et moi ne sommes tout de même pas revenus sur cette planète pour la voir tomber sous le joug du Chaos. Expie tes fautes, apaise ta conscience, je t’écoute.
Hélion qui rédigeait le procès-verbal de l’interrogatoire releva la tête, étonné : il venait de se faire la remarque qu'aujourd'hui était la première fois où il entendait la voix du taciturne compagnon de DeSaintes. Jusqu’ici, il l’avait toujours cru muet.
Il se rendit compte alors qu’il ne connaissait rien du jeune homme. Comment aurait-il d’ailleurs pu deviner que Seinfield avait souffert des années durant dans les puits aux esclaves de Sedana V d’où il s’était échappé lors de la Rébellion de Spartak ? Comment pouvait-il deviner que six décennies plus tard il serait amené à l’exécuter, lui qu’on nommerait le Schattenjägger ? Rien ne pouvait le laisser seulement présager.
Cocteau continuait à déblatérer ses jérémiades et imprécations, invoquant parfois d’ignobles noms qu’Hélion ne pouvait supporter. Mais il n’était pas encore temps de lui couper la langue, non, il avait des informations capitales à leur divulguer d’abord.
Seinfield s’acharnait sur le reprouvé avec hargne, remuant sadiquement l’énorme clou dans la plaie suintante de sang.
- Par Sebastian Thor, parle, fils de chien, parle !
En dépit de la douleur, le supplicié se mit alors à rire à gorge déployée.
- Vous voulez connaître la vérité ? Vraiment ? Et bien soit, il est déjà trop tard maintenant et je veux me délecter de votre désespoir. Pauvres imbéciles ! N’avez-vous pas piger que tout ceci était inéluctable, que tout était déjà écrit ? Depuis la sanctification du mausolée, le destin est en marche et plus rien ne pourra l’arrêter ! Ô Puissances de la Ruine, je meurs à présent avec le sourire, votre but est atteint…
- Il est mort, commenta Seinfield impassible, il est mort et je n’ai rien compris de ses aveux.
Hélion, lui, avait parfaitement saisi les maudites paroles du traître. Miséricorde ! Le mausolée… Il n’y avait plus un instant à perdre.
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Pâque impériale. - 2 jour
L’Empereur soit loué ! Esteban est enfin revenu de son périple vers Shemash. Et il n’est heureusement pas revenu les mains vides : le Kiam Lir est désormais en notre possession et, je l’espère, il sera l’arme qui triomphera du Sha'eil Taan.
L'artefact est surprenant, je m'attendais à un appareillage sophistiqué ou mystique mais il ne s'agit que d'un marteau, un simple marteau ne présentant aucun caractéristique particulière. Nous le conservons sous bonne garde à bord de l'Aile Rouge, vaisseau du contrebandier Gecko Holland. Cela peut sembler risqué, néanmoins nous avons opté pour cette solution par pure commodité, il est ainsi disponible en cas de déploiement rapide tout autant que lors d’une évacuation précipitée.
De concert avec les forces loyalistes en poste sur Capella, nous avons lancé une série d’incursions contre les groupes armés ennemis faisant route vers la capitale car les rapports des serviteurs-drones envoyés vers Giract ont hélas confirmés ce que nous craignions : la métropole a été entièrement vitrifiée, entraînant dans sa perte le contingent Dark Exorcists qui aurait été d’un grand secours dans notre lutte acharnée – certains murmurent, désespérée. Malgré cette triste nouvelle, nous avons utilisé le peu de temps qui nous reste, avant la Pâque, à bon escient pour fortifier davantage les entrées de la ville.
Après cette nuit, j’ai le sentiment que plus rien ne sera comme avant. Même si nous possédons l’artefact offert par les eldars. Même si mon âme est pure et, je le jure par tous les martyrs de l’Imperium, les cœurs de mes compagnons le sont tout autant, j’ai peur que cela ne suffise pas. J’ai peur que le mal qui fond sur nous ne soit plus fort que ce que notre foi et nos corps puissent supporter.
L’Inquisiteur DeSaintes mène actuellement une petite force de combat dans les murs de la cité, traquant et éliminant les petites poches de saboteurs et agitateurs qui essayent de prendre pied dans les alentours du centre. Seinfield se montre d’ailleurs tout aussi zélé et impitoyable que son maître dans l’exécution de sa tâche. Son futur me semble tout tracé au sein de l’Ordo. Nul doute que, s’il survit au Grand Réveil, il ne tardera pas à recevoir sa rosette.
Mais pour l’heure, ce dernier a été dépêché auprès d’Hélion. Ce jeune garçon sur qui j’allège de plus en plus mon emprise mentale afin de le libérer des verrous psychiques que je lui impose depuis sa naissance. Sa puissance ne m’avait pas laissé le choix à l’époque, néanmoins je l’ai bien entraîné et je crois en lui et en ses capacités hors norme qui devraient nous être d’une grande aide.
Pâque impériale. - 1 jour
Ce matin, j’ai fais descendre depuis l’Emperor’s Claw une équipe de prêcheurs et confesseurs possédant les meilleures compétences afin d'encourager et de stimuler nos troupes. Ils sont également accompagnés de quelques hommes de mains que je compte envoyer aux points d’accès les plus sensibles de Capella comme la Place du Corbeau ou l’Allée du Trône où les principaux barrages ont été dressés.
Les Emperor’s Swords m’ont demandé à avoir quelques heures pour se recueillir et effectuer leurs rites de chapitre. Je leur ai accordé l’honneur d’occuper la Basilique de Saint Hylian à quelques kilomètres à peine de ma position. Cet édifice pourra garantir la tranquillité de la poignée d’entres eux qui ont survécus et assurer ainsi une réaction rapide en cas de besoin. Malgré la tragique perte de leurs Terminators dans les tunnels, les Astartes sous les ordres du Capitaine Selcus n'ont pas baissé les bras et, fidèles à leur réputation, ont été d’un précieux secours comme on pouvait l’attendre d’eux.
En dépit de toutes nos recherches, nous restons dans un brouillard aussi impénétrable que les pluies diluviennes qui s’abattent encore et toujours sur la planète. Qu’est exactement le Sha’eil Taan ? Pourquoi des Marines renégats veulent-ils à tout prix le réveiller ? Pourquoi les xénos eldars nous épaulent-ils ? Pour répondre à une partie de ces questions, un apostat capturé ce matin a été interrogé par Hélion et Seinfield. J’espérais que leur talent certain pour la coercition nous permettrait d'y voir rapidement plus clair. Grand bien m'en prit !
L’appel pressant provenait de mon communicateur, je reconnu sans peine la voix d’Hélion et répondit aussitôt. Le ton de mon élève était haché et ponctué de respirations haletantes. Il devait être entrain de courir ou de grimper un escalier à la hâte. L'impie avait parlé et il fallait faire au plus vite. Il savait où aurait lieu le Grand Réveil : la clef était le mausolée. Depuis le début, ils planifiaient de procéder au rituel là-bas. DeSaintes était très proche de le découvrir lorsqu’il avait été agressé, il y a plusieurs semaines maintenant, dans les sous-sols.
Seinfield est déjà partit rejoindre son mentor afin de le mettre au courant.
Dès que la communication fut coupée, je me suis alors rué à l’extérieur. Sous la lourde chape de nuages noirs, la nuit et le jour n’ont depuis longtemps plus réellement de différences sur Capella. Mais tous les chronos confirment qu’une nouvelle journée se lève, amenant avec lui la Pâque et notre destin à tous.
Nous avons néanmoins un plan et nous allons le mettre à exécution. Programmant une fréquence à l’intention de tout le personnel militaire, je déclarais donc le branle-bas de combat. Nous savons tous qu’aujourd’hui est une journée spéciale dans nos existences. L’ennemi est à nos portes, il est peut-être même déjà parmi nous et il est de notre devoir le plus sacré de l’arrêter. Nos forces ont toutes un rôle à remplir, une mission à accomplir : empêcher les hérétiques de pénétrer dans la ville.
Nous venons donc d’apprendre que le cœur de la corruption qui frappe ce monde prend place dans le mausolée. Je veux que tous articulent leurs défenses autour de ce point. L’Inquisiteur DeSaintes et moi-même allons personnellement y terrasser la source du mal, cependant il est primordial qu'ils stoppent les renforts pouvant nous barrer la route.
Tous sont parés, pour autant que l’on puisse l’être. Les volontaires et les Arbites vont prendre place sur les barricades et les bâtiments, Selcus envoyer ses troupes soutenir les points sensibles, Esteban me rejoindra directement au mausolée avec le Kiam Lir.
Hélion est arrivé à l'instant en nage, armé d’un fusil-laser et d’un poignard. Son visage était grave mais déterminé et il vint sans un mot poser sa main sur l’aigle en or ornant l’épaulière gauche de mon armure, comme un salut respectueux doublé d’une prière silencieuse.
Nous avons pris ensemble le chemin de la rue Irlamsson où nous attendait ma suite et plusieurs dizaines de gardes. Mon Land Raider personnel y vrombissait, ainsi que trois Chimères qui étaient prêtes à foncer vers notre objectif.
Les pièces du puzzle se sont soudainement mises en place. Les sacrifices, les attaques de sape, les incantations, l’assaut orbital, le Sha’eil Taan, la Pâque. Il ne manque qu’une pièce… Et cette dernière se trouve dans le mausolée. A l’autre bout de la ville.
En ultime recours, j'ai ordonné les préparatifs de l'Exterminatus sans en référer à Esteban.
Nous partons en toute hâte.
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Addendum enregistré…
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Bonne journée Seigneur Ezekiel.
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A venir…