Kehindé

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Défier Yvain

Kehindé huma l’air avec avidité. Cinq sapiens approchaient dans sa direction. Son employeur ne s’était pas trompé : les Space Marines tentaient évidemment d’infiltrer leurs lignes de défense avant la bataille.

Le Vieux Solitaire avait déjà contemplé plusieurs fois l’Adeptus Astartes en action. Il savait déjà ce qui allait bientôt lui faire face dans cette clairière ombragée : des êtres bien trop sûrs d’eux, confondant honneur et orgueil, et c’est ce qui allait causer leur perte.

Des Scouts déboulèrent de sous les épaisses frondaisons, braquant immédiatement leur pistolet-bolter dans sa direction, sur le qui-vive, quoique nullement surpris par sa présence en ces lieux. Dommage…

Le Néméen les dépassait tous d’une bonne tête. Plantant son hast dans la terre meuble, puis croisa ses bras musculeux, il les toisa un à un du regard avant de prononcer d’une voix rocailleuse les quelques phrases de gothiques qu’on lui avait enseigné des années auparavant.

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Sur l’auspex, le biosigne ne bougeait pas. Il restait campé au beau milieu de la trouée toute proche. Manifestement, ils étaient attendus…

Yvain ne put réprimer un sourire : à cinq contre un, qui qu’il soit, ce fou n’avait aucune chance. Rabaissant son poing fermé, ses hommes se remirent en mouvement aussitôt. En quelques enjambées silencieuses, ils rejoignirent leur futur adversaire. C’était un Néméen. Yvain en avait autrefois vu une hologravure mais n’en avait encore jamais rencontré en chair et en os jusqu’ici.

Un grand humanoïde aux traits de félin et au fin pelage ocre, sa crinière noire teinte au henné et tressée en dreadlocks était ramassée en une sombre cascade sur ses épaules. Le xénos enfonça son arme rudimentaire de trente bons centimètres dans le sol en un seul geste puissant et les brava du regard. Il ouvrit la gueule, révélant des crocs acérés.

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“Je suis Kehindé Terre-Grise, fils de Dajan, d'Uuka et de Semeni, valeureux guerrier de la Tribu Kamau et je vous défie en un combat singulier. Qui sera assez courageux pour oser se mesurer à moi ?”

Le Sergent Space Marine fit un pas et le salua cérémonieusement.

“Néméen, sache que je suis Yvain de Remoncourt, Brigadier de la Royal Guard et je relève le gant. Sur mon nom, je te promets que mes Ecuyers n’interviendront pas, quelle qu’en soit l’issue.”

Saisissant la hampe de sa vouge d’une poigne ferme, le xénos se ramassa alors sur ses membres arrières, prêt à bondir. Le poil hérissé, il se mit à grogner et à claquer des dents. Sa queue cinglait l’air de tous côtés. La fureur le gagnait, il la canalisait.

Le Marine ne lui laissa pas le temps d’esquisser le moindre geste et se jeta en avant, épée au clair. “Pour Navarre !” s’écria-t-il. Le Vieux Solitaire lui fit écho en poussant un rugissement tonitruant. Au loin, on pouvait entendre les tirs de barrage des deux armées qui engageaient à leur tour le combat. Les lames s’entrechoquèrent dans une gerbe d’étincelles.

Yvain entreprit d’abord une série de passes simples pour juger de l’adresse de son opposant et ce dernier les para toutes avec une facilité déconcertante avant de tenter à son tour une attaque au fer pour le désarmer. Le choc de cet assaut fut si puissant que le Brigadier sentit une douloureuse vibration remonter tout au long de son bras. Malgré cela, il ne lâcha pas son épée et enchaîna sur une feinte de frappe dextre avant de contre-dégager.

Kehindé ne lui laissa pas l’occasion de préparer une nouvelle offensive et enchaîna les feintes avec une agilité et une force inouïe, obligeant De Remoncourt à reculer pour prendre un temps d’arrêt.

Dos arqué et oreilles aplaties en arrière, Terre-Grise émit un feulement rauque, soufflant et crachant. Il retroussa ensuite ses babines, laissant échapper un filet de bave qu’il essuya du revers de la patte. Puis, dans un geste ample et affable, invita le membre de la Royal Guard à reprendre l’engagement le premier.

Yvain savait maintenant que la créature qu’il affrontait était rompue dans l’art de la guerre et il lui fallait à présent faire preuve de virtuosité afin d'en venir à bout une bonne fois pour toute. Il se remit en position avec détermination. “En garde !”

Il entama cette seconde joute sur une succession de coups droits et en écharpe, alternant volontairement la cadence dans le but de casser le rythme et inclinant parfois le poignet pour trouver un autre angle de touche. Battement en senestre, riposte par doublement, allongement d’estocade. Rien n’y faisait : le Néméen bloquait tout et plus irritant encore, ne répliquait jamais.

Tentant alors le tout pour le tout, le Brigadier feignit une charge brutale pour finalement s’écraser au dernier moment afin de l’embrocher. Mais Kehindé ne s’en laissa pas conter, se déroba, tournoya sur lui-même pour se retrouver juste derrière De Remoncourt déséquilibré et lui enfoncer la totalité de sa lame dans le dos.

Yvain contempla avec étonnement cette pointe argentée dépassant de son poitrail, hoqueta, puis glissa lentement à terre, soutenu par le Vieux Solitaire qui se retourna ensuite vers les Ecuyers.

“Votre précepteur s’est vaillamment battu. Retirez-vous à présent et rendez-lui les hommages comme il se doit.”

Sans mot dire, les Scouts s’approchèrent, soulevèrent avec déférence la dépouille d’Yvain et rebroussèrent chemin.

Le Néméen ne repartit de son côté que lorsqu’il ne put plus sentir l’odeur des Space Marines. Sa tâche étant accomplie, il allait maintenant réclamer son dû.



Venger Rijaal

Ce climat n’était décidément pas pour lui, ni pour aucun autre de sa race d’ailleurs. Malgré son pelage dru, il pouvait sentir son épiderme se hérisser sous la morsure du froid. La chair de poule comme aime à le dire son amie Nine-Lives. Quoiqu’il n’avait absolument aucune idée de ce que pouvait être une poule, un terrible monstre à l’évidence.

Pourtant, il ne risquait pas grand chose car l’organisme des Néméens est très résistant, le Père y avait veillé. Kehindé s’ébroua tout de même afin se débarrasser de la très fine pellicule de glace qui s’accrochait à sa fourrure. Le givre s’envola et se mit à danser dans les brises tourbillonnantes. Il lui fallut quelques instants pour extirper son esprit de ce spectacle charmant et hypnotique.

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Il avait éprouvé un profond besoin de se ressourcer et contre toute attente, l’Homme au Grand Chapeau s’était montré étonnamment compréhensif et l’avait laissé partir, sans aucune condition. Terre-Grise avait rejoint la caravane de la Tribu Kamau aux abords de Merzbacher, planétoïde de peu d’importance pour l’Imperium où son peuple allait se ravitailler en eau pure depuis de nombreuses boucles déjà.

L’accueil de ses pairs ne fut pas des plus chaleureux : les Vieux Solitaires, de par leur nature, sont d’accoutumé poliment ignorés, et c’était d’autant plus vrai pour Kehindé, considéré par une majorité comme rien moins qu’un vulgaire mercenaire. Ce qu’il était du reste, il l’admettait sans complaisance. Néanmoins, les Néméens reconnaissaient et respectaient son courage et son expérience, d’autant que certains d’entre eux, dont Rijaal Nuage-Sienne, ne lui avaient pas enlevé leur affection.

Rijaal… Ce dernier, comme toujours, était parti seul à la rencontre des Merzbachers pour les traditionnelles tractations commerciales et n’avait plus donné signe de vie depuis. Inquiets, les Dominants n’eurent d’autre choix que de détacher un Clan Belliciste et, en gage de confiance, invitèrent Terre-Grise à participer à l’opération. Il ne pouvait refuser.

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Les Néméens, une cinquantaine, étaient rassemblés depuis peu sur l’extrémité sud du glacier Inylchek, le point de rendez-vous habituel avec les sapiens de Merzbacher. Ce glacier, ainsi que lui avait expliqué Nuage-Sienne, est un barrage naturel retenant des millions d’hectolitres d’une eau turquoise issue de la fonte des neiges. Tous les ans vers la même période, la pression du lac devient si intense que l’Inylchek finit par se soulever, libérant donc des flots qui se déversent tumultueusement et inondent les plaines des kilomètres en aval, irriguant de ce fait les terres arides. Après à peine une semaine, seul un tapis d’icebergs désolés jonche alors le lit du bassin. Heureusement, cela n’allait pas se produire avant quelques mois.

Kehindé avait pour charge d’accompagner et de former un groupe de jeunes combattants. Trois mâles, trois femelles, trois uters ; une configuration classique. Tous arboraient aux tempes des cicatrices rituelles, étape initiale dans la symbolique belliciste. Ils n’étaient armés que de hasts et de coutelas à lame courbe, l’apprentissage de la technologie pulsar ne leur sera dispensé que bien plus tard au cours de leur formation martiale.

Sur leur flanc gauche, des Bellicistes équipés de répulseurs pulsar ou de gravitons pulsar. Une coiffe en cotte de maille ceignait leur noble front. Sur leur côté droit, l’élite guerrière néméenne, les Masaïs menés par la vaillante Ngai Ivoire-Cannelle, entièrement couverte de dermatoglyphes tabous. Derrière eux, d’autres Bellicistes affairés à vérifier les ampoules pulsar de leur slider sous la houlette du shaman Oxalá Feuille-Pourpre.

Bientôt, les vents leur apportèrent l’éclat sauvage de tambours et de timbales venant de l’ouest. Des Merzbachers, trois fois plus nombreux qu’eux, s’amassaient à l’horizon. De nombreux corbeaux grouillaient au-dessus de leurs troupes. Malgré la distance, Terre-Grise pouvait clairement distinguer leur mine patibulaire et crasseuse.

Instinctivement, le Vieux Solitaire serra le fétiche qui pendait à son cou : sur leur front, l’étoile à huit branches pyroscarifiée, la marque du Chaos. Les Merzbachers étaient devenus des Exus, des êtres maudits !

Un sapiens de haute stature sortit des rangs, une francisque à chaque main. L’espace d’une seconde, Kehindé sentit ses deux cœurs se figer car le dément portait telle une cape la peau de Rijaal sur son large dos et, en guise de couvre-chef, la tête du Néméen encore poisseuse et dégoulinante de sang. La plupart de ses compagnons s’étaient aussi rendu compte de l’effroyable offense et hurlèrent avec lui leur rage et leur chagrin. Les falaises alentours répercutèrent leur cri.

Oxalá ouvrit les hostilités. Les pieds fermement ancrés au sol, il se courba d’abord en avant, les bras croisés sur la poitrine, les poings fermés au niveau des épaules. Tout son corps fut prit de tremblements. Puis, se redressant d’un coup, les paumes braquées vers le ciel terne, il poussa un terrible glapissement. Il en appelait aux énergies les plus obscures de son être dans le but de sourdre son Moi-sauvage. Un immense lion constitué d’arcs électriques dorés jaillit alors de son buste et galopa vers le front ennemi en rugissant. L’invocation heurta la première ligne qui avançait déjà sur eux, faisant voler dans les airs des sapiens désarticulés, avant de s’estomper dans une série d’étincelles et de craquements sourds.

Les Néméens se jetèrent à l’attaque, devancés par les sliders qui fauchèrent la seconde vague adverse avant de s’éloigner afin d’engager un nouvel assaut par l’arrière cette fois. Kehindé et les siens enjambèrent rapidement les cadavres des Exus avant de percuter l’ennemi dans un fracas assourdissant.

Dans la cohue, Terre-Grise choisit une cible. Le bonhomme s’était volontairement mutilé et lui présentait un sourire de mort : il n’avait plus de nez, ni de lèvres. D’un revers de vouge, il n’eut aussi plus de tête. Le Vieux Solitaire harponna ensuite un deuxième adversaire en plein ventre, avant de le ramener jusqu’à lui et lui labourer la gorge de ses griffes acérées. Le sang gicla à gros bouillon sur sa toison, mais il n’en avait cure.

Ses élèves se débrouillaient bien, chaque Merzbacher qu’ils affrontaient était impitoyablement châtié. Ils n’avaient pas besoin de lui. Tant mieux. Il voulait s’occuper en personne du monstre qui osait exhiber la dépouille de Rijaal comme un horrible trophée. Tel un requin fendant les ondes, Kehindé traversa la mêlée vers sa proie, en étripant quelques opposants au passage. Il se trouva finalement face à face avec le champion damné. Il allait lui faire payer le prix fort, sans omettre de le faire souffrir, très longuement…



Vaincre Dammat

Bien que la lourde porte de son vestiaire soit hermétiquement close, les cris étouffés de la foule enthousiaste parvinrent jusqu’à Kehindé. Ainsi, le second combat venait de prendre fin et les spectateurs en réclamaient un dernier, le grand final. La victoire reposait maintenant sur ses épaules. Toutefois, et bien que les enjeux soient d’autant plus importants pour lui, cela ne l’inquiétait nullement.

Calme et concentré, il prenait soin de protéger ses poings et ses avant-bras à l’aide d’himantes, de fines lanières de cuir, quand Oxalá, sans s’annoncer, fit son entrée dans la petite pièce faiblement éclairée. Terre-Grise ne lui décocha pas un regard, il savait le pourquoi de la présence du shaman ici et maintenant.

“Alors, Feuille-Pourpre ? Mon Azalaï toucherait-il à son terme ?
- Non Kehindé. Ton passif vis-à-vis des Kamau est bien trop grave. Tu n’en es qu’à la moitié à peine de ton Périple dans le Désert. Quelque soit l’issue de cette journée, tu nous quitteras demain pour reprendre ta route, seul.
- Et mon autre requête ? Qu’en est-il ?
- Réjouis-toi Kehindé, car les Dominants se sont montrés indulgents. Comme convenu, tu t’apprêtes à remplacer le défunt Rijaal et, si tu l’emportes, ta demande sera satisfaite.”

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Quelques jours auparavant, les navires-vagabonds des Mokowé et Kamau s’étaient rencontrés au hasard de leur boucle respective. De tels évènements sont assez rares et, comme de bien entendu, des festivités furent organisées. Le point culminant de cette réunion allait être les Pancraces, la lutte traditionnelle à mains nues du peuple néméen.

Les deux premiers affrontements se basèrent sur l’Ano Pankration qui interdit le combat au sol. Jawaad Lune-Azur, Belliciste entraîné pour l’occasion par Terre-Grise, avait soumis son opposant non sans quelques difficultés tandis que Ngai Ivoire-Cannelle, malgré toute sa bonne volonté, fut défaite par un autre Masaï.

Le Kato Pankration devait donc départager les tribus. Et là, à l’exception des crocs et des griffes, tout était permis !

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Kehindé pénétra dans l’arène ovale sous les acclamations et les encouragements ; les rancoeurs du passé étaient mises de côté pour le moment. Dans les tribunes, aménagées exprès dans la plus grande soute du vaisseau-mère des Mokowé, près de cinq cents âmes cohabitaient, trépignant d’impatience tout en dégustant des viandes crues ou rôties au fumet appétissant.

Un auvent richement paré de délicats motifs attira son attention. Sous cet abri, entouré de notables néméens et de sa propre suite, siégeait un ambassadeur de la Caste de l’Eau, curieux de tout ce qui se déroulait autour de lui. Les rumeurs semblaient bien fondées : leurs hôtes songeaient sérieusement à rejoindre le giron de l’Empire Tau. Intéressant… Voilà une information qui pouvait valoir son pesant d’or.

Le tumulte ambiant se fit un peu plus assourdissant encore lorsque l’autre champion apparu à l’autre bout du stadium et s’avança d’un pas décidé, comme déjà prêt à en découdre, avant de stopper net face au Vieux Solitaire.

Dammat Braise-Ambre, uter immense aux yeux cernés de khôl, le toisait crânement, cherchant à l’intimider. Une pièce de tissu olivacé ceignait sa taille, protégeant de la sorte sa poche marsupiale. Ça n’avait pas de crinière ; contrairement aux mâles et aux femelles, les uters en avaient ou pas selon les caprices de la nature.

Un silence empreint de respect s’installa dans l’assemblée à l’arrivée d’un groupe de six Néméens en habits d’apparat immaculés. Ils tendirent à chacun des guerriers une outre de cuir remplie d’eau miellée. Comme la coutume l’exigeait, ces derniers versèrent d’abord un peu de la boisson sur le sable récemment ratissé. Une offrande pour le Père et les Ancêtres. Puis, ils burent de longues gorgées fraîches et suaves. Les maîtres de cérémonie se retirèrent ensuite et un gong signala le début du Pancrace sous les vivats décuplés.

Les deux lutteurs se tournèrent autour durant quelques instants, essayant parfois une feinte afin de s’éprouver, de tester les réflexes et la nervosité, tout en parant quelques attaques sporadiques. Finalement, le contact se fit, violent, brutal. L’épreuve de force, chacun essayant de prendre l’ascendant sur l’autre et de le faire plier.

Terre-Grise savait qu’il ne tiendrait pas très longtemps et asséna un puissant coup de pied dans l’aine de son adversaire qui ne se démonta pas et lui rendit la pareille d’une gifle monumentale, l’envoyant valdinguer au sol, ce qui provoqua quelques applaudissements enjoués depuis les gradins.

Il n’eut pas le temps de se remettre d’aplomb, Dammat était déjà sur lui, s’accroupissant sur son dos et glissant les bras sous ses aisselles pour joindre les mains derrière sa nuque. La souffrance, se propageant de la colonne vertébrale aux cervicales, était atroce. Maintenant la pression une longue minute, l’uter se pencha à son oreille rabattue : “Abandonne.”

Dents serrées, Kehindé jeta sa tête en arrière, percutant le menton de son rival, et bascula sur le flanc gauche, contraignant Braise-Ambre à lâcher prise. Ils se redressèrent simultanément et enchaînèrent plusieurs crochets et uppercuts avant de s’écarter à une distance raisonnable, cherchant une faille à exploiter dans la garde du rival.

Les pupilles du Mokowé se dilatèrent et son pelage se gonfla. Ça exultait littéralement de rage. Néanmoins le Vieux Solitaire ne se laissa pas impressionner et plongea en avant, saisissant l’uter par le cou pour l’étrangler. En réponse, Dammat lui planta son genou dans le ventre, puis le repoussa du plat de la main. Ça passa rapidement dans son dos, tentant un croc-en-jambe afin de le faire chuter.

Les vibrisses de Terre-Grise sentirent le courant d’air ainsi provoqué, tout comme ses coussinets les vibrations dues au déplacement, ce qui lui permit d’éviter l’assaut et de contrer : se tassant, il attrapa et fit basculer son ennemi d’un jour par-dessus tête pour l’immobiliser aussitôt d’une clef de bras, imprimant une telle torsion que l’omoplate craqua.

L’uter, miaulant de douleur, n’eut d’autre choix que de pousser sur ses jambes musculeuses pour renverser le Kamau et l’écraser de tout son poids. Ça roula alors sur le côté droit et repartit à l’assaut de plus belle, cognant furieusement son opposant toujours à terre.

Ce dernier parvint tout de même à se débarrasser de son assaillant d’un revers de patte en pleine poitrine. Il se remit debout péniblement, titubant et bras ballants.

Les deux combattants s’échangèrent une nouvelle série de coups, mais avec moins de conviction, les gestes n’étaient plus aussi vifs et percutants. Ils ne se défendaient quasiment pas et saignaient par diverses petites plaies. Pourtant, le Mokowé balança soudainement un impressionnant direct dans la truffe du Vieux Solitaire qui s’écroula tel un arbre mort. Tout le monde retint son souffle.

Kehindé ne bougeait plus, inerte. Braise-Ambre voulait l’achever : le tenant fermement par la crinière, ça le releva et marqua un temps d’arrêt, pensant faire apprécier à l’assistance tout le mélodrame de cet instant fatidique. Terre-Grise, dans un regain d’énergie, profita de cette erreur et lança brusquement une double claque aux tempes de l’uter qui vit trente-six chandelles.

Sans perdre une seconde, au prix d’un terrible et ultime effort, il souleva l’uter bien haut dans les airs et le précipita tête première vers le sol. Bras en croix, ça n’eut qu’un soubresaut, rien d’autre. Le public ne s’y trompa pas et scandait déjà le nom de Kehindé. L’un des maîtres de cérémonie les rejoignit et s’enquit de l’état de Dammat, puis solennellement désigna Terre-Grise du doigt. La victoire était sienne !

Ce fut immédiatement la folie et l’arène fut très vite envahie. Tous ovationnaient le Vieux Solitaire, certains le portèrent aux nues sur leurs épaules. Son triomphe était complet et la promesse serait tenue : ce soir, il allait pouvoir s’attripler et s’assurer enfin une descendance…



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