




Esteban courait tel un jeune chien fou à travers les ruelles sales et nauséabondes. Encore une fois, il était en retard. Son père devait maintenant l’attendre depuis une bonne demi-heure pour l’aider à décharger les marchandises nouvellement arrivées. Déjà que ce dernier le regardait suspicieusement depuis quelques temps : Joachim l’avait en effet surpris à faire voler les ustensiles de cuisine à travers la pièce.
Non pas que son père était effrayé par ce curieux don, don que le jeune garçon ne s’expliquait pas lui-même, néanmoins le vieux n’avait pas envie d’exposer sa famille à la vindicte populaire. Les psykers étaient loin d’avoir bonne réputation dans le coin. Il n’était donc pas très prudent d’énerver Joachim un peu plus. Heureusement, sa mère, Nina, savait comme personne apaiser ses colères et le protéger ainsi du courroux paternel.
Se faufilant avec agilité à travers une foule bigarrée qui examinait les échoppes de tôle, Esteban se dirigeait vers les docks du secteur Minoris-3 de la cité-ruche Pyradia. Il était étrange de voir la populace vaquer à ses occupations habituelles comme si de comme de rien n’était. Comme si le siège imposé par les orks du clan Blood Axes depuis près de deux mois n’avait aucune influence sur leurs petites vies. Les cuves hydroponiques fonctionnaient à plein régime et personne encore ne connaissait les affres de la faim grâce au pont de ravitaillement organisé par les valeureux mordians. Parfois, et ce malgré l’épaisseur des murs en plastacier de la ville et la profondeur des bas-fonds où il vivait, Esteban pouvait percevoir le bruit lourd et lointain des bombardements réguliers. Pourtant, les officiers de la Garde Impériale se voulaient rassurant : il n’y avait rien à craindre selon eux, tout était sous contrôle. Tous poursuivaient donc leur train-train quotidien, comme à l’accoutumé. Tous, même les gangs…
- Hé minus ! Où tu crois courir comme ça ?
Esteban fit mine de ne pas entendre, mais Clemente, chef des Rats Noirs, lui barrait déjà le passage. Le garçon essaya d’éviter le ganger, mais le percuta de plein fouet pour se retrouver le cul par terre. Le voyou, qui devait faire une tête de plus que lui, se baissa et lui offrit son plus beau sourire édenté.
- Hé ben minus ! Faudrait p’têt regarder où tu marches. Ou alors tu veux p’têt pas nous causer. On est pas assez bien pour toi ?
- C’est… C’est pas ça. Y’a un nouvel arrivage. J’dois donner un coup d’main à mon vieux.
- Ah ouais ? Ce s’rait pas plutôt que t’as pas envie d'nous parler ? T’as réfléchi à c’que j’t’ai dit la dernière fois ?
Esteban regarda brièvement de tous côtés, cherchant une échappatoire. Mais la bande l’avait encerclé, pas la moindre issue et aucune âme charitable pour lui porter secours.
- Oh minus ! Tu m’écoutes ? T’as réfléchi à not’proposition ?
- Hein ? Quoi ? C’était quoi déjà ?
- C’est ça minus, fait le malin avec nous. Tu m’obliges à me répéter et j’aime pas me répéter. Tu veux faire partie de not’bande, oui ou non ?
- Ben… C'est-à-dire que… Mon père n’est pas…
- Attend, attend, attend ! Je sens que t’as pas bien compris. Les boss dans le coin, c’est nous, les Rats Noirs. Alors t’as deux choix : t’es avec nous ou contre nous. Alors ?
- Mais mon père va…
- Okay ! T’as besoin qu’on t’explique sérieusement. Diego !
Le Diego en question, un boutonneux grassouillet, s’approcha d’Esteban, l’agrippant par derrière et lui tordant le bras droit dans le dos. Clemente sortit alors de sa poche un petit chalumeau qu’il actionna non sans un certain plaisir pervers.
- D’accord ou pas, minus, on va t’faire la marque des Rats Noirs. Tu vas à être à nous, minus !
Esteban avait beau se débattre, Diego le tenait fermement. La panique commençait à monter en lui. Il n’arrivait pas à quitter du regard la petite flamme qui s’approchait inexorablement de son visage.
BRAOOOM !
La grille d’une conduite d’aération, à peine à cinq mètres du groupe, vola en éclat, soulevant un épais nuage de poussière. Presque aussitôt, une alarme stridente, accompagnée d’une voix monocorde et métallique, se mit en route :
- Attention. Incursion ork dans le secteur Minoris-3. Incursion ork dans le secteur Minoris-3.
Comme pour répondre à la voix synthétique, un énorme cri se fit entendre depuis la bouche d’aération :
- WAAAGH !
Surgit alors une dizaine d’orks portant des parodies d’uniformes militaires. Brandissant leur hache énergétique, les peaux-vertes se jetèrent en cœur sur les gens alentours.
La surprise était totale et la foule apeurée se faisait massacrer sans opposer la moindre résistance. A chaque coup porté par un kommando, un humain s’écroulait, les tripes à l’air ou la tête en moins. Le pavé fut rapidement couvert d’un sang sombre et poisseux.
Les gangers et Esteban, toujours maintenu fermement par Diego, n’avaient pas bougé ou esquissé le moindre geste. Ils regardaient tous, avec fascination presque morbide, la tuerie se déroulant sous leurs yeux, comme s’ils n’avaient pas conscience de ce qui se passait, comme si cette scène n’était pas réelle.
Un ork à la stature massive et imposante se tourna alors vers eux, les dévisageant avec insistance. Dévoilant une série de crocs acérés, il se précipita sur le groupe avec la ferme intention de les découper en petits morceaux. Clemente et sa bande réagirent aussitôt et se lancèrent à sa rencontre. Le chef des Rats Noirs ouvrit à fond l’arrivée de gaz de son petit chalumeau et le braqua directement sur la face de l’extra-terrestre. Celui-ci, nullement gêné par la brûlure occasionnée, décapita Clemente d’un revers, comme on chasse une mouche.
Diego, qui venait de jeter Esteban au sol, s’agrippa à son bras, cherchant à lui faire lâcher son arme. Trop occupé à éloigner le reste du groupe de sa main libre, l’ork choisit de planter ses dents dans la nuque du voyou pour recracher illico un bout de sa moelle épinière. Diego ne poussa même pas un cri, il fut pris de quelques convulsions avant de s’affaisser par terre telle une poupée de chiffon.
Sans autres entraves, le peau-verte balaya ensuite, en un seul mouvement ample, les derniers membres du gang. La créature rayonnait d’une joie sadique, puis vit Esteban à quelques pas de lui. Tranquillement, voulant manifestement faire durer son plaisir, il s’avança sur le jeune garçon. Esteban était tétanisé par la peur. Malgré l'afflux d'adrénaline, ses jambes refusaient de le porter loin d’ici et il sentit qu’il urinait dans son pantalon.
L'ork était à présent sur lui, brandissant sa hache bien haut, il poussa un cri tonitruant. Plusieurs traits lumineux le percutèrent alors en pleine poitrine et il bascula en arrière, mort. Les mordians étaient enfin là. Une nouvelle salve nourrie de lasers faucha l’escouade de kommandos, faisant ainsi place nette.
Esteban ne sut pas dire si les haut-parleurs s’étaient interrompus à un moment ou un autre, mais la voix, toujours aussi impersonnelle, tenait un nouveau discours :
- Incursion ork endiguée. Nombreux foyers d’incendie dans le secteur Minoris-3. Incursion ork
Père ! Mère !
D’un coup, le jeune homme se remit d’aplomb. Ses parents. Quelle pouvait être leur situation ? De là où il était, il voyait des volutes noires et épaisses s’élever depuis son quartier vers les plafonds. Craignant le pire, Esteban fonça à en perdre à haleine vers les docks. Il n’avait plus qu’une seule idée en tête : retrouver Nina et Joachim. Plus rien n’existait autour de lui, seul comptait sa famille.
A peine ses baraquements furent-ils en vue qu’il comprit qu’il était déjà trop tard. Il ne subsistait plus que des ruines fumantes. D’un pas incertain, il s’avança et entra dans ce qu’il restait de la pièce commune. Tout était sans dessus dessous et là, au milieu de la pièce, deux corps carbonisés. Esteban tomba à genou. L’aspect chétif des deux cadavres à la peau racornie, l’odeur insoutenable des graisses humaines fondues, s’en était trop pour lui. Son estomac pris de spasmes, son cœur au bord des lèvres, il pleura de rage et de tristesse.
- Je suis désolé, petit…
Esteban se retourna brusquement, les poings serrés. Un homme de grande taille se tenait devant lui. Des cheveux courts et bouclés, un teint olivâtre, un visage en lame de couteau, l’inconnu essayait de lui sourire, sans grande conviction.
- Je suis vraiment désolé, mon garçon. Je n’ai rien pu faire. Je n’ai pas su prévoir cela. Que l’Empereur me pardonne, j’ai failli. - Mais… Qui… Qui êtes-vous ?
- Je suis l’Inquisiteur Reinhardt. Je suis en charge, du moins, j’étais en charge de l’organisation et de la protection de Pyradia. Et toi ?
- Esteban… Esteban DeSaintes…
DESTINATAIRE : Seigneur Inquisiteur Ulysse Reinhardt, Ordo Xenos
SOURCE : Magos Prime Kard Liba
SUJET : Inquisiteur Ayato
PRIORITE : maximale / message haute sécurité crypté
RECEPTION : 873.M41
FORMAT DU MESSAGE : télépathique
CANAL ASTROPATHIQUE : Jon Obadiah
PENSEE DU JOUR : le Savoir est une Arme à double tranchant
Honorable Inquisiteur, comme je vous l’avais confié lors de mon dernier message, notre équipe a appareillé la semaine dernière à bord du Holy Terra pour l’Ultima Segmentum, afin d’explorer de nouveaux mondes morts necrontyrs découverts depuis peu.
Notre voyage s’est déroulé sans incident jusqu’à hier. Cependant, dès notre sortie du Warp aux abords du système Capella pour ravitaillement, le Holy Terra percuta un objet inconnu jusqu’ici non signalé ou repéré dans le secteur.
L’objet ramené à bord était un cube de cristal parfait d’un mètre de côté, présentant en son cœur un corps humain en position fœtal. Il aura fallu de longues heures à mes équipes pour extirper l’organisme afin d'effectuer une autopsie.
Nous avons identifié le cadavre comme étant celui de votre vieil ami, l’Inquisiteur Ayato, considéré comme disparu il y a déjà dix ans lors d’une de ses explorations par delà la frontière du Segmentum Tempestus. Toutes mes condoléances.
A titre informatif, le cadavre était intact à l’exception de la cervelle totalement liquéfiée, les yeux crevés et les tympans percés. Nous ignorons encore totalement par quel procédé il a été tué. Néanmoins nous avons retrouvé dans une poche stomacale un digivox très abîmé par les sucs gastriques. Vous trouverez ci-joint le seul extrait de l’enregistrement que nous avons pu restaurer. Que l’Empereur nous préserve de ce nouveau danger !
[…] Pourquoi tiens-tu tellement à savoir ?
Crois-tu vraiment que cela pourrait t’apporter une certaine sérénité dans ta non-existence ? Que tout cela est futile, mais soit. Je vais assouvir un peu cette insatiable curiosité propre à ta race.
Je ne sais guère depuis quand nous existons, personne ne le sait d’ailleurs. Les jeunes races ne devaient pas encore être apparues. Il faudra me pardonner, ma mémoire n’a que dix mille ans. Tout ce qui peut remonter à avant notre condensation n’ai fait que de bribes de souvenirs que nous avons recoupés pour mieux comprendre ce que nous étions alors et sommes maintenant.
Or donc, bien avant la chute des eldars, nous n’étions justement pas grand chose. Purs esprits, pures énergies. A la limite, de simples effets électromagnétiques.
Nous n’avions même pas conscience de nous-même, et encore moins de ce qui nous entourait. Quelques-uns d’entre nous avaient si peu de consistance qu’ils en oubliaient d’exister… Nous nous laissions seulement porter par les vents solaires dans le vaste univers et cela était bien.
Occasionnellement, un mot un geste, un événement cosmique ou anodin tirait l’un des nôtres de nos éternelles rêveries. Immanquablement, nous étions attirés, amusés et séduits par ce qui nous avait réveillés et nous poussait à une action souvent sans intérêt : déplacer un objet, résoudre une énigme, provoquer une tempête, posséder ou tuer une entité. Des banalités.
Au fur et à mesure, les solides nous ont identifiés et nous ont qualifiés de fantômes, de démons, de dieux ou que sais-je encore ? Allant même parfois jusqu’à nous donner des noms auxquels nous répondions s’ils nous plaisaient. Et on nous appelait de plus en plus souvent, et cela était bien.
Toutes les races, tous ces solides sans exception, nous ont tous, au moins une fois, intégré dans une de leurs légendes ou pathétiques religions.
C’est ainsi qu’au fil des siècles et des millénaires, nous devinrent progressivement, lentement, lucides sur notre existence et nos individualités. Nous étions appelés, invoqués, priés, suppliés. Nous étions craints et respectés. Nous étions bien souvent manipulés, à dessein ou pas, car naïfs et immatures. Néanmoins cela ne nous dérangeait pas : nous étions avant tout ce que tu pourrais qualifier de bonnes âmes, joueuses, curieuses et toujours prêtes à rendre service.
Le temps s’écoulait (concept qui nous dépassait complètement alors), des civilisations et des mondes émergeaient puis disparaissaient, nous ne nous en rendions même pas compte et cela était bien.
Puis vint le cataclysme, la naissance de la Grande Ennemie, l’éveil de Slaanesh provoqué par l’insouciance hédoniste des eldars ! Le début de la fin pour nous, la Grande Perte !
Ce que vous appelez l’Oeil de la Terreur, une tempête Warp sans précédent, s’est ouvert dans l’univers matériel et nous avons dû fuir le plus loin possible puisque cette horreur indicible tentait de nous aspirer et beaucoup des nôtres y disparurent bel et bien. Vu que ce qui nous attend là-bas n’est pas la damnation mais notre totale annihilation, la non-existence.
Alors nous avons fui et avons fini ici, dans ce système de planètes volcaniques où nous avons pu créer et façonner nos corps à partir de roches et d’argile. Ces corps de magma ou de sable qui nous ancrent dans ce plan et nous privent de cette liberté que nous avons tant chérie.
Dix mille ans maintenant que nous sommes prisonniers de ces enveloppes ! Dix mille ans que nous survivons cachés à préparer notre vengeance et fomenter notre complot. Car nous vous haïssons tous, TOUS ! Vous et tous les autres solides parce que nous ne voulons pas être comme vous. Les créatures démoniaques et les dieux parce qu’ils sont ce que nous devions être.
Nous sommes les silicanti et voulons recouvrer notre état passé. Nous ne sommes plus les gentils esprits d’autrefois, non. Les silicanti n’aspirent plus qu’à la destruction de toute vie. Nous sommes légion et auront notre revanche !
Alors Ayato ? Penses-tu trouver dans tout cela quelque espoir ou réconfort ? Non ? Quel dommage pour toi. […]
+++FIN DE TRANSMISSION
- Tu sembles rêveur Esteban, à quoi penses-tu ?
- Mmmh ?… Rien en particulier, Maître…
DeSaintes laissait voguer son esprit à travers le temps, se remémorant ces vingt dernières années en compagnie de Reinhardt. Par moment, un souvenir, une image venait se refléter sur le hublot de la barge, occultant le paysage monotone de sable. Vingt ans déjà qu’il suivait l’Inquisiteur à travers le saint domaine de l’Empereur pour en chasser les xénos de toute sorte. Il lui semblait pourtant que cela était hier… Pyradia…
Le jeune homme n’avait jamais vraiment su pourquoi l’agent impérial l’avait pris sous son aile, le remord peut-être. Ulysse Reinhardt n’avait finalement pas baissé les bras devant les Blood Axes et choisit finalement de mettre à profit la cuisante expérience. Durant trois jours et trois nuits, l’intégralité de la population fut réquisitionnée pour préparer et construire un piège, une nasse aux proportions gigantesques.
L’ensemble des systèmes d’égouts fut réaménagé et prolongé pour se déverser en un unique point de chute au centre même des bas-fonds de la cité-ruche. Les patrouilles et la surveillance devinrent insidieusement plus relâchées, les tirs de barrage moins précis. Les orks ne virent rien venir et, aveuglés par leur soif de sang et de domination, se jetèrent en masse dans les canalisations pour envahir Pyradia, mais ils ne trouvèrent finalement qu’une immense arène dont les murs faisaient plusieurs dizaines de mètres de haut. Les mordians les lapidèrent littéralement.
Les dernières poches de résistances peaux-vertes détruites, l’Inquisiteur, qui avait entre-temps détecté le potentiel psyker d’Esteban, proposa à ce dernier de se joindre à ses hommes de main. Plus rien de retenait le garçon sur cette planète qui ne lui évoquait plus que souffrance et colère. Il accepta aussitôt.
Sans relâche, ils voyagèrent à travers l’Imperium et dans tous ses recoins, débusquant et détruisant les abominations extraterrestres. Nombreuses furent les horreurs qu’Esteban put rencontrer, néanmoins chaque expérience renforça un peu plus sa force de caractère et purifia son âme. Reinhardt était un second père pour lui, profitant de la moindre occasion pour lui enseigner les petites choses de la vie comme les grands secrets de l’Inquisition.
Sitôt la réception du dernier message astropathique de Kard Liba, Reinhardt fit affréter le See Witch pour rejoindre le Magos Prime et son équipe. Cette soudaine expédition sur un monde mort nécrontyr et l’étrange découverte de la dépouille de son vieil ami, l’Inquisiteur Ayato, méritaient d’être étudiées et surveillées de très près.
Le trajet jusque P3-6128 s’était déroulé sans encombres et le See Witch avait rejoint le Holy Terra en orbite de la petite planète oubliée. Ulysse et Esteban rejoignaient maintenant le site des fouilles à bord d’une petite navette de débarquement qui fit claquer les tentures du campement de fortune lors d’un premier passage. Ils se posèrent à une centaine de mètres du bivouac, sur une zone aménagée à cet effet. L’accueil n’était guère solennel puisqu’une seule personne les attendait, un petit être chauve et rondouillard, habillé d’une longue tunique verte.
- L’Empereur vous garde, Ulysse Reinhardt.
- L’Empereur vous garde, Kard Liba.
Les deux hommes s’étreignirent brièvement. On sentait un profond respect entre ces personnages et une amitié bridée par leur fonction respective. Reinhardt se retourna.
- Je vous présente Esteban, mon acolyte.
- Ouiii, le jeune psyker de Pyradia, vous m’en aviiiez plusieurs fois parlé. Enchanté de vous rencontrer jeune homme.
DeSaintes lui serra timidement la main. Le sourire jovial et débonnaire du Magos tranchait bizarrement avec le regard froid et métallique de ses yeux bioniques.
- Biiien, biiien, biiien. Avez-vous pris le temps de liiire mes notes concernant Ayato ?
- Evidemment. Mon Calculus Logis s’entretient en cet instant avec les techniciens du Holy Terra pour déterminer la trajectoire et la célérité de ce cube de cristal. Nous pourrons peut-être ainsi estimer le point de départ de l’objet, toutefois cela prendra du temps. Et de votre côté ? Quelques évolutions ?
- Oh ouiii ! Je peux d’ors et déjà vous diiire que nous marchons au-dessus d’une cité enseveliiie depuis des siècles, voire des millénaires. Nous avons réussiii, non sans mal, à dégager l’entrée d’un bâtiment, certainement un temple, et nous progressons lentement mais sûrement. Jusqu’iciii, pas le moindre écrit, pas le moindre artefact et encore moins de viiie. Nous avons pu débloquer la porte de ce que nous présumons être le dernier sas avant le sanctuaire, ce matin même. Vous arrivez au bon moment, semble-t-iiil, pour…
- MAGOS KARD LIBA ! MAGOS KARD LIBA !
La voix provenait de la dune séparant la base de la piste d’atterrissage, un adepte en dévalait la pente à toute vitesse. Dans sa hâte, il marcha sur les pans de sa robe et trébucha pour finir sa descente en roulade. Se remettant sur ses pieds, il se précipita vers le petit groupe, totalement essoufflé et couvert de sable.
- Magos… Le temple… Il…
- Ouiii et biiien quoi ? Le temple, qu’y a-t-iiil avec le temple ?
- Vous… Vous aviez raison. Il s’agit bien d’un mausolée. Nous avons pu y entrer.
- Tout se passe comme prévu alors. Pourquoi tant d’excitation ?
- C'est-à-dire, Magos, qu’il a déjà été profané…
Les puissants projecteurs, utilisés habituellement lors de ce genre de fouilles, n’avaient pu être encore installés. Aussi l’utilisation de flambeaux rendait l’atmosphère lourde et lugubre dans ce sanctuaire qui n’avait pas vu la lumière depuis des temps immémoriaux.
Il s’agissait d’une salle carrée dont le plafond culminait à cinq mètres au-dessus de leur tête, soutenu par quatre piliers. Toute la surface des murs, longs d’une vingtaine de mètres chacun, était gravée de symboles vaguement géométriques qui n’étaient pas sans rappeler à Esteban des caractères necrontyrs qu’il avait pu apercevoir dans des archives impériales.
Cette découverte était déjà extraordinaire en soit, le jeune acolyte en avait pleinement conscience, mais elle était tout autant insolite car la majorité des bas-reliefs étaient couverts de glyphes d’un rouge très sombre et d’un graphisme radicalement différent.
- Les premières analyses nous le confirmeront, mais je suis déjà prêt à parier que ces dessins sont faits de sang, annonça Reinhardt.
- De… De sang, souffla Kard Liba, vous croyez vraiment ?
- Je suis peut-être membre de l’Ordo Xenos, Magos, mais je sais reconnaître l’hérésie quand je me trouve face à elle. Ces figures sont à coup sûr des marques du Chaos. Néanmoins, je n’ai pas l’expérience requise pour ce genre de situation.
- Le Chaos… Que devons-nous faire ?
- D’abord, j’ai besoin de savoir si nous pouvons faire confiance à votre équipe.
- Je me porte garant pour les adeptes. Pour les soldats chargés de notre sécuriiité, c’est une autre hiiistoire.
- Qui sont-ils et combien ?
- Ils sont douze, tous du 8e Necromundiiien. Mars nous les a imposé à la derniiière minute, nous sommes d’habitude escortés par des skitarii.
- Bon. Il n’y a manifestement qu’une seule entrée à ce temple. Refermons-la, j’y apposerai le sceau de l’Inquisition. Ensuite, je veux pouvoir envoyer en urgence un message astropathique à Talasa Prime. Dépêchons-nous avant que la nuit ne tombe !
Le sommeil d’Esteban était des plus agités. Ces rêves étaient envahis de monstres impies aux visages grimaçants. Il se réveilla en sursaut, un hurlement coincé au fond de la gorge.
- Sssh… Calme-toi, mon garçon. Ce n’était qu’un cauchemar, murmura Reinhardt, il y a eut du mouvement dehors. Je crois que Kard et les necromundiens sont retournés au temple. Tout cela sent la félonie à plein nez. Prend ton arme et allons jeter un coup d’œil.
Furtivement, les deux agents impériaux se glissèrent hors de leur tente. Pas âme qui vive. Inspectant les autres abris, ils découvrirent les membres de l'Adeptus Mechanicus, tous égorgés dans leur sommeil. Etrange… Pourquoi avaient-ils été épargnés ?
Ils piquèrent alors un sprint jusqu’à l’édifice, se couvrant mutuellement. Dès leur arrivée à la hauteur du premier sas, ils entendirent distinctement des voix :
- Arrêtez ! Vous n’avez pas le droit !
- Silence, chien !”
Avec toutes les précautions du monde, ils traversèrent la galerie pour atteindre la chambre principale et se jetèrent rapidement derrière la colonne la plus proche. La scène qui se déroulait sous leurs yeux était des plus effrayantes.
Le Magos était à genou, fermement maintenu au sol par deux hommes. Sa tunique avait été arrachée, offrant à la vue de tous son corps gras et bouffi et ses implants cybernétiques. Le reste des necromundiens, portant tous des marques impies sur le front, se tenait en cercle autour de leur infortuné otage.
- Que le rituel commence ! Aksho Tzeeneth Phaos !
Un par un, les renégats s’approchèrent de Kard et appliquèrent des fers chauffés à blanc sur sa poitrine. Quand il ne hurlait pas, le Magos, couvert de sueur, geignait et pleurnichait.
- Maître, chuchota DeSaintes, qu’attendons-nous pour intervenir ? Nous ne pouvons pas laisser faire pareille horreur.
- Patience… Apprend à connaître ton ennemi d’abord. Rétorqua l’Inquisiteur étrangement fasciné par ce tableau malsain.
Le dernier apostat s’approcha de Kard et lui jeta à la figure une poudre dorée.
- Ksy'Iakash Dhaos Akhamshy'y Khaos Aksho'mi !
Les yeux de l’adepte se révulsèrent, sa tête bascula en arrière et il poussa un braillement inhumain et suraigu. Un trait sanguinolent fit alors son apparition de haut en bas de son abdomen et une paire de mains griffues écarta la plaie depuis l’intérieur de sa panse, libérant ses intestins et viscères qui se répandirent sur le sol poussiéreux.
- Que l’Empereur nous vienne en aide, grinça Reinhardt, ces infidèles invoquent un démon. Nous devons à tout prix…
Soudain, l'agent impérial s’écroula de tout son long. Esteban eut à peine le temps de se retourner pour voir l’un des traîtres lui asséner un coup de crosse en plein visage.
Nauséeux, le nez endolori, DeSaintes parvint à émerger de ses ténèbres de souffrance. Un être humanoïde à la tête et aux ailes de rapace était accroupi sur la dépouille du Magos. Une pure aura d’énergie maléfique émanait de la créature. Face à elle se tenait Reinhardt, crucifié dans le vide, comme une marionnette aux fils invisibles. Un râle ténu mais constant sortait de sa gorge et le sang perlait par tous les pores de sa peau.
Le démon tourna son regard flamboyant vers DeSaintes et lui fit un petit signe amical. L’acolyte replongea dans l’obscurité, vidé de toute force. Il ressortit quelques temps plus tard de sa léthargie pour contempler le monstre jouer du tambour sur le ventre de l’Inquisiteur avec ses propres bras arrachés. Le jeune garçon s’évanouit de nouveau.
Lorsque Esteban reprit enfin véritablement connaissance. Un homme engoncé dans une armure argentée était agenouillé au-dessus de lui. Un Space Marine.
- Je suis le Capitaine Ethaniel des Chevaliers Gris. Nous répondons à l’appel de ton Maître. Nous avons tout fouillé aux alentours mais n’avons trouvé que toi, ici. Par l’Empereur, qu’est-il arrivé et où sont passés donc tous les autres ?
+++REFERENCE RECHERCHEE : enquête sur événements de P3-6128_+++
+++CLASSIFICATION : Inqui/OH/239*O+++
+++ENTREE CODE D’ACCES : xxxxxxxxxxx+++
+++CODE D’ACCES VALIDE+++
+++CHARGEMENT DU FICHIER EN COURS+++
…
+++PENSEE DU JOUR : mieux vaut une vie de pénitence qu’une seconde d’hérésie+++
…
+++FICHIER CHARGE+++
FICHIER REF : Inqui/OH/239*O - 07
OBJET : conclusions enquête
DERNIERE MISE A JOUR : c. 875.M41
Bilan déterminé à partir du rapport du Frère-Capitaine Ethaniel et du témoignage de l’acolyte Esteban DeSaintes.
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Magos Prime Kard Liba et son équipe, tous membres de l’Adeptus Mechanicus, considérés comme portés disparus.
Ulysse Reinhardt, Inquisiteur de l’Ordo Xenos, considéré comme porté disparu.
les vaisseaux Holy Terra et See Witch, ainsi que leurs équipages, considérés comme portés disparus.
en attente des résultats des investigations concernant le contingent de Necromundiens attaché à la sécurité de l’expédition de l’Adeptus Mechanicus.
contingent de Necromundiens précédemment cité présumé comme pouvant appartenir à un culte du Chaos.
mise en quarantaine de la planète P3-6128, étude de l’emploi de l’Exterminatus en cours.
requête de l’acolyte Esteban DeSaintes concernant une recherche sur la prétendue mort de l’Inquisiteur Reinhardt refusée.
requête de l’acolyte Esteban DeSaintes concernant une recherche sur la prétendue mort de l’Inquisiteur Ayato refusée.
extrait de digivox faisant état de la mort de l’Inquisiteur Ayato et l’existence des Silicanti estimé comme incertain et irrecevable
DeSaintes assigné au Librarium de Talasa Prime pour une année standard, mise sous surveillance psychique recommandée.
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+++VOULEZ-VOUS EN SAVOIR PLUS ?+++
…
…
+++ERREUR CONNEXION+++
Pour la énième fois, DeSaintes relisait les différents bilans d’enquêtes sur les événements advenus sur P3-6128. Les conclusions étaient irrémédiablement les mêmes : navrantes et inabouties. Voilà qui ne pouvait guère calmer sa frustration, d’autant plus grandissante que ses diverses requêtes avaient toutes été rejetées et n’avaient fait que prolonger son assignation au Librarium. A croire qu’il était finalement condamné à finir ses jours ici, errant sans cesse telle une âme en peine à travers ce labyrinthe de rayonnages poussiéreux. Esteban, complètement absorbé, cherchait à lire entre les lignes de chaque rapport afin de trouver ce petit détail qui avait forcément échappé à tous. Lorsqu’il perçut derrière lui un bruissement furtif, il ne put réprimer un sourire sagace.
- Vous avez beau être discret comme un chat, je vous ai encore entendu, Maître Icabod.
Il se retourna pour faire face à un vieillard aveugle courbé sur une canne ciselée, vêtu d’une simple soutane grise et portant une grosse Aquila d’argent autour du cou.
Icabod était membre de l’Ordo Xenos depuis plus de cinq siècles et une vilaine cataracte survenue voilà maintenant deux décennies l’avait rendu malvoyant, le contraignant à se retirer du service actif pour gérer les bibliothèques de Talasa Prime. Sous sa bienveillante houlette, DeSaintes étudia longuement les ouvrages secrets de l’Inquisition et pris connaissance des nombreux dangers extraterrestres qui guettaient, tapis dans l’ombre.
- Et toi, malgré les judicieuses recommandations que je te donne depuis près de trois ans, tu n’en fais encore qu’à ta tête, mon jeune ami. Ta dernière séance de psycho-conditonnement infligée par le Conseil ne t’a donc pas servi de leçon ?
Le souvenir de la cuisante douleur, remontant pourtant à plus d’une année, refit surface dans l’esprit de l’acolyte. A cette pensée, un frisson d’angoisse lui parcouru tout le corps. L’ensemble des méthodes de l’Inquisition n'est basé que sur un seul concept quand il s’agit d’expiation : la souffrance. Esteban l’avait malheureusement appris à ses dépens.
- Que cherches-tu dans ces paperasses, mon garçon ? Savoir ce qu’il est réellement advenu de Reinhardt ou juste prouver ta bonne foi malgré de possibles et fâcheuses conséquences ?
- Un peu de deux, Maître Icabod, et vous le savez bien.
- Oh oui, je le sais. Mais je ne suis qu’un vieil homme qui n’a plus beaucoup de plaisirs en ce bas monde et j’aime tellement te chahuter. Cela va terriblement me manquer…
- Vous manquez ? Comment cela ? Est-ce à dire que…
- Que ton chemin de croix est à présent terminé, Esteban. Le Conseil a décidé, sous ma discrète impulsion, que tu as avais fais tes preuves. Tu remontes au créneau.
- Enfin ! Béni soit l’Empereur !
- Calme tes ardeurs et laisse-moi d’abord t’expliquer la nature de ta mission. Tu vas rejoindre la phalange de l’Inquisitrice Abigael en tant qu’Interrogateur. Ne te méprend pas, il s’agit là d’un ultime test. Vous devrez soutenir une expédition punitive menée par une force du chapitre des Dark Exorcists et du Capitaine Styx contre des pirates eldars sur Gilgamesh, dans l’Ultima Segmentum.
C’était somme toute l’occasion pour DeSaintes de faire bonne impression aux pontes du Conseil et de récupérer un tant soit peu de crédibilité à leurs yeux. S’il parvenait à ses fins, il aurait alors les mains libres et pourrait mener ses investigations comme bon lui semblait. Il ne devait pas rater sa chance ! Icabod le fit revenir sur terre :
- J’ai déjà fait préparer tes effets, tu dois partir sur l’heure. Cependant, accorde-moi encore quelques instants et écoute mon dernier enseignement. Pour je ne sais quelle raison, tu ne m’as jamais demandé pourquoi je ne me suis jamais fait équiper de bioniques malgré ma cécité. N’oublie jamais ceci : l’œil est trompeur ! Méfie-toi des apparences, essaye de voir toujours au-delà. Et maintenant, va mon fils ; pour toi, l’aventure ne fait que commencer…
DESTINATAIRE : Seigneur Inquisiteur Sridhar Souleymane, Ordo Xenos
SOURCE : donnée codée
SUJET : donnée codée
PRIORITE : maximale / message haute sécurité crypté
RECEPTION : 877.M41
FORMAT DU MESSAGE : télépathique
CANAL ASTROPATHIQUE : donnée inconnue
PENSEE DU JOUR : toute pitié est synonyme de mort
+++entrer code d’accès décryptage : xxxxxxxxxxx
sujet εδ-379 en partance pour Ultima/Gilgamesh.
potentiel intéressant, futur recrue possible pour OP.
objectivité émotionnelle malléable, refus de l’autorité.
appartenance faction indéterminée.
évolution du profil à suivre de près.
niveau de surveillance : tétra.
+++FIN DE TRANSMISSION
L’œil est trompeur ! Méfie-toi des apparences, essaye de voir toujours au-delà.
DeSaintes était inconfortablement installé sur l’une des caisses métalliques entreposées dans le vaisseau-cargo Nuit Eternelle qui l’emmenait avec ses nouveaux compagnons vers Gilgamesh, planète gravière fournissant à tout l’Ultima Segmentum l’une des matières premières primordiales pour la fabrication du plasbéton.
Le tout dernier enseignement d’Icabod raisonnait encore dans son esprit alors qu’il se surprit à contempler distraitement l’Inquisitrice Abigael en pleine discussion tactique avec le Capitaine Styx. Depuis l'affectation d'Estaban à son équipe, elle ne lui avait quasiment pas adresser la parole. Il présumait qu'elle se méfiait de lui.
Sa longue blouse de vinyle noir, rehaussé de simples boutons d’argent, étaient fermée jusqu’au cou et tranchait vivement avec sa peau d’albâtre. Elle avait un visage rond, presque poupon, un petit nez légèrement retroussé, des lèvres fines et pâles, des yeux noisette toujours mi-clos comme si elle sondait en permanence votre âme et des cheveux auburn finement tressés dès le front pour se rejoindre au niveau de sa nuque et finissant en une longue natte serpentine sur la chute de ses reins. Elle était presque aussi grande que le Dark Exorcist.
- Elle est immense cette garce ! Commenta discrètement le voisin d’Esteban qui offrit alors un regard désapprobateur à son interlocuteur. Ce dernier n’en avait manifestement cure et lui rendit un sourire narquois, plein de connivence. Machinalement, l’individu entretenait les ailes hydrauliques d’un Chérubin assis sur ses genoux.
- Abigael… Paraît qu’elle était une Sœur Diagolus de l’Ordre du Serment et qu’elle a rejoint l’Ordo Xenos à la suite d’un vœu. Ça a pas dû faire plaisir à ses frangines… On a du mal à imaginer qu’elle a plus de cent cinquante ans, hein ? Mais je parle, je parle, et je ne me suis même pas présenté. Je me nomme Hassani. On est collègue, collègue.
Ce faisant, il tendit amicalement la main à l’acolyte qui lui rendit la pareille non sans une certaine dose de méfiance mêlée de curiosité.
- Et moi c’est…
- Esteban DeSaintes. Ta réputation d’enquiquineur n’est plus à faire sur Talasa Prime. Alors ? Comment va le vieil Icabod ? Toujours à errer dans sa bibliothèque ? Ça t’a pas semblé long tout ce temps coincé dans le Librarium ? T’as p’têt pas envie d’en causer ?
- Et toi, jamais tu ne t’arrêtes de jacasser ?
- Quand je suis nerveux, non. Je suis comme toi : on m’a assigné à cette mission à la dernière minute et c’est la première fois que je vois cette Inquisitrice ou que je côtoie des Space Marines. Avec ce genre de personnes, on ne sait jamais ce qui va vous tomber sur le coin de la figure.
Tous deux se turent un instant et se contentèrent de regarder ceux qui les entouraient. A proximité, la suite officielle d’Abigael : un lexmecanicus révisant l’armement d’un des serviteurs de bataille, une Sœur Hospitalière plongée dans la biographie de Sebastian Thor, un jeune expliciteur et un psyker assermenté disputant une partie de régicide. A l’autre bout de la soute, une trentaine de Dark Exorcists, ainsi que cinq Scouts priaient avec ferveur et passion sous la houlette de leur Chapelain, un certain Marcus Nemrod.
- Votre attention s’il vous plaît ! Entamma l’Inquisitrice, s'adressant à toute l’assemblée. D’ici moins de deux heures, nous nous poserons sur Gilgamesh, victime d’une incursion eldar. Nos informations sont plus que fragmentaires et nous avons perdu le contact avec les forces locales depuis une demi-journée. Branle-bas de combat et que l’Empereur veille sur nous.
Ni une, ni deux, Hassani sauta prestement sur ses pieds, manquant presque de renverser le Chérubin qui s’éloigna vers sa maîtresse en poussant un couinement agacé.
- Voilà donc pour nous l’occasion de faire nos preuves et de nous couvrir de gloire !
- Peu m’importent les lauriers de la victoire, pourvu que nous purgions les xénos… Soupira DeSaintes en tirant résolument sur la culasse de son pistolet-bolter.
Une grêle d’éclats acérés vint se ficher dans un pan de mur en ruine derrière lequel DeSaintes venait heureusement de plonger. Il eut juste esquissé un geste pour riposter que déjà deux Dark Exorcists ouvrirent un feu nourri sur les quelques assaillants, les réduisant ainsi au silence .
Une quinzaine de mètres plus en avant, le reste de l’escouade Space Marine assurait la protection d’un petit groupe de réfugiés. Hassani les suivait de près et les invectivait parfois, allant même jusqu’à botter l’arrière-train de certains.
- Courez, imbéciles ! Courez si vous voulez sauver votre peau ! L’Empereur s’occupera de préserver votre âme plus tard !
Ils n’étaient guère plus qu’une poignée de survivants. Le raid pirate s’était avéré être l’avant-garde d’eldars noirs, une attaque d’envergure menée par la Cabale des Os Blanchis. Ces derniers avaient fondu sur Gilgamesh tels des rapaces sur leurs proies, prenant totalement au dépourvu les défenses locales balayées en un rien de temps. L'essentielle de la population avait été réduite en esclavage et déportée.
Le peu de natifs ayant échappé à la première vague d’assaut avait trouvé asile derrière les enceintes blindées de la forteresse Arbites assiégée, là où le Nuit Eternelle s’était posé tant bien que mal après une âpre confrontation contre trois croiseurs de classe Torture. Le vaisseau-cargo était bien trop endommagé pour pouvoir redécoller et ainsi les évacuer. Abigael avait alors décrété que la seule échappatoire possible était l’astroport, distant de deux kilomètres seulement, qu’ils devaient rallier coûte que coûte.
Sous la houlette du Capitaine Styx, ils avaient donc tenté une sortie en force. Hélas, à peine avaient-ils franchi les portes d’adamantium que les perfides xénos leur étaient tombés dessus. Ce fut un véritable massacre. La suite de l'Inquisitrice fut instantanément annihilée et cette dernière reçu un tir d’Eclateur de plein fouet, percée de part en part. Avec effroi, Esteban avait put voir une fleur écarlate s'épanouir soudainement sur le poitrine de la femme alors qu’elle n’avait pas encore touché le sol. Cette scène allait passer au ralenti dans sa tête durant des années.
Les Astartes avaient repoussé l’ennemi au prix de nombreuses vies et leurs forces furent réduites de moitié. C'est donc au pas de charge qu’ils tentaient maintenant d’atteindre la base de transport malgré le handicap que représentaient les autochtones apeurés dont ils avaient la charge.
Tout danger immédiat semblait pour l’instant écarté et DeSaintes piqua un sprint pour tenter de recoller au groupe. Mais il n’avait pas fait une dizaine de pas qu’un hurlement strident derrière lui l’incita à se retourner. Bien mal lui en prit ! Des hellions plongeaient directement sur lui. Malgré l'intervalle qui les séparait encore, l’acolyte pouvait clairement distinguer leurs regards mauvais et leur sourire sadique.
- A terre !
Il sentit une violente bourrade dans son dos et s’étala de tout son long dans la poussière, évitant d'un cheveu de se faire couper en deux par l’un des surfs argentés.
Hassani ricanait.
- C’est ce qu’on appelle l’échapper belle, l’ami. Tu me dois une vie à présent.
Mi-penaud, mi-vexé, Esteban se redressa prestement, sans mot dire, se contentant de pointer du doigt les eldars noirs qui revenaient déjà la charge. Comme un seul homme, les deux agents se précipitèrent à l’abri, un bunker abandonné, tout en tirant au petit bonheur la chance. DeSaintes jeta un coup d’œil furtif à travers l’une des meurtrières ogivales. Pas âme qui vive.
- On risque notre chance ? Interrogea Hassani, toujours aussi goguenard malgré la situation.
- Et comment ! Enchérit l’Interrogateur tout en vérifiant ce qui lui restait de munitions. Plus qu’un chargeur…
A venir…