






Quelques textes proposés, notamment, lors des concours Scribe & Première Plume organisés par Atorgael en partenariat avec le forum Résurrection40k.
Aveuglé par une multitude d'éclairs scintillants, il n'arrivait pas à détourner son regard de cet étrange joyau. Pourquoi les Mon-keigh avaient-ils voulu défendre au prix de leur vie ce prisme aux reflets aigue-marine ? Adanedhel, guerrier-aspect Scorpion du vaisseau-monde Shemash, l’ignorait totalement.
Il était le seul rescapé de ce corps à corps bref et sanglant qui venait de se dérouler au cœur de ce temple poussiéreux oublié de tous, sur ce monde-vierge que ces crasseux et arrogants humains avaient osé s’arroger au nom de cette pathétique charogne qu’ils nommaient Empereur.
Plongé dans ses pensés, il se surprit alors à avancer machinalement, presque contre sa volonté, vers l’étincelant bijou. Enjambant indifféremment les cadavres humains et eldars, il ressentit au plus profond de son être une émotion qu’il croyait avoir refoulée depuis des siècles : la convoitise. Il voulait voir cette gemme magnifique de plus près. En cet instant, il la désirait plus que tout malgré la réticence évidente et les avertissements que lui lançaient les essences de sa pierre-esprit, ainsi que son propre instinct.
Le tétraèdre de cristal bleu était posé à même un simple autel de marbre et semblait irradié d’une puissante énergie. Le Scorpion se persuada qu’une force ancienne et bienveillante devait résider en son sein et tendit fébrilement la main dans sa direction.
A peine eut-il touché l’objet que son armure changea. Comme une goutte d’encre se répandant dans un verre d’eau, sa carapace prit une teinte noire irisée de bleu et de vert. Des lames acérées percèrent de ses bras et ses jambes. Sa conscience totalement absorbée et dépecée, Adanedhel perçut à peine le hurlement des âmes de sa pierre-esprit consumées par la résurrection.
Quelque part dans la Toile, en un endroit devenu légende, Arhra esquissa un sourire de satisfaction. Un nouvel élément venait de rejoindre ses rangs pour le Rhana-Dandra…
L’avant-poste militaire Foehn de la colonie Nouvelle Acadia n’avait pas donné signe de vie depuis près d’un mois. Le Burgmeister de la petite capitale avait demandé au Capitaine de l’avant-poste Pampero, site le plus proche de Foehn, de s’enquérir de la situation.
Le Sergent Mezzer et son escouade, chargés de cette mission de reconnaissance, trouvèrent porte close. Pas âme qui vive, pas la moindre trace de lutte. Dans le blockhaus de commandement, du café encore bouillant attendait sur un réchaud.
Alors que ses hommes s’occupaient de sécuriser la zone, Mezzer se servit une tasse et se plongea dans la paperasserie. Parmi un monceau de documents traînait un journal…
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Weisenmonat
Mantig 3
Le Commissaire a suspendu toutes les permissions et a décrété l’état d’alerte : trois des cinq patrouilles ne sont pas rentrées faire leur rapport ce matin. Déjà la veille, une autre des escouades avait été portée disparue. Les tours de garde ont été renforcés mais je n’aime pas être obligé de me terrer ici, je préférerai aller au devant de l’ennemi, même si j’ignore qui il est et le lui faire payer au prix fort car personne ne se fait d’illusion : nos compagnons sont très certainement décédés. Je prie pour le salut de leur âme.
Mittwoch 5
Un incendie s’est déclaré tard dans la soirée. La casemate de communication a entièrement brûlé. Nous ne savons pas comment le feu s’est déclenché mais nous voilà à présent coupé de toute civilisation. Souhaitons que les saints de l’Imperium veillent sur nous.
Donnerstag 6
Que l’Empereur nous vienne en aide ! Quel effroyable spectacle ! J’ai été réveillé dès l’aube par les cris de nos vigies. A quelques centaines de pas de nos murs fortifiés, les corps sans vie de nos vingt camarades, empalés, et atrocement mutilés. Je plains les volontaires désignés par le Commissaire pour aller récupérer les dépouilles.
Pas de doute possible, c’est un avertissement. Nous ne sommes pas les bienvenus.
Freytag 7
Deux des hommes manquent à l’appel aujourd’hui. Deux des sentinelles. Le Commissaire nous a dit qu’il s’agissait de désertion. Je n’y crois pas beaucoup. Rien d’autre à signaler.
Sonnabend 8
La tension est de plus en plus palpable. Nous maintenons une vigilance de tous les instants et ça commence à peser sur les nerfs des plus jeunes. S’ajoute à cela un temps sinistre et maussade qui ne peut que renforcer ce sentiment de malaise constant. Heureusement, nous n’avons pas de perte à déplorer aujourd’hui.
Pour ma part, je ronge mon frein : il me tarde de passer à l’action, l’inactivité me pèse énormément. Je veux en découdre le plus rapidement possible, mais contre qui ? Qui rôde ainsi dans la nuit ?
Sonntag 9
Les deux déserteurs ont été retrouvés. Cloués à la porte principale, leur cage thoracique ouverte et leurs organes écarlates et luisants étalés dans la poussière. Je crois que je n’arriverais jamais à m’enlever de la tête le souvenir de leur visage, crispé de douleur.
C’est à mon tour d’assurer la surveillance cette nuit. Qu’ils y viennent un peu pour voir !
Mantig 10
Par Terra ! Mon imagination me jouerait-elle des tours ? Ai-je surestimé ma résistance au stress ? Je suis pourtant persuadé d’avoir vu une ombre furtive cette nuit gravir avec une aisance presque surnaturelle la tour nord. J’ai bien évidemment prévenu les autres et nous avons fouillé, aux flambeaux et aux torches électriques, le campement de fond en comble. Rien.
La fatigue me trahit. Je dois me reposer et recouvrir mes forces.
Zieschtig 11
J’ai dormi tout le jour. Je me sens nettement plus frais et dispos.
Rien d’autre à signaler et c’est tant mieux.
Mittwoch 12
Plusieurs des hommes sont malades ce matin : maux de tête, crampes d’estomacs, vertiges. L’infirmerie n’a pas désempli de la journée. Peut-être une indigestion, quelque chose de pas frais hier au mess.
Pas de souci de mon côté, je me porte comme un charme.
A part ce petit désagrément, le camp semble reprendre du poil de la bête. L’adversaire ne s’est pas manifesté depuis quelques jours et le moral revient.
Freytag 14
Le Commissaire a été découvert, dans sa tente, égorgé. D’après l’infirmier, il n’avait aucune chance : d’après les chairs tuméfiées et boursouflées autour de la plaie béante, la lame devait être empoisonnée. Nous avons retourné toute la base, à la recherche d’une cache ou d’un passage secret. Rien de rien. En tant qu’officier en second, je dois prendre le commandement. Que l’Empereur guide mes pas…
Pour gâter le tout, je suis un peu malade à mon tour. J’ai régulièrement des nausées et des suées.
Sonntag 16
La contagion s’est aggravée et propagée, nous sommes tous contaminés ! Ma respiration est de plus en plus difficile, je crache du sang, je souffre. Il n’y a pas à se poser de question, nous avons été empoisonnés, empoisonnés ! Mais par qui ? Et pourquoi ?
J’ai passé l’essentiel de la journée au lit, l’arme à la main, au cas où…
Mantig 17
Est-ce la fièvre qui me fait délirer ? Dans un horrible cauchemar, j’ai vu un rat immense aux allures humanoïdes penché sur moi. Les petits yeux noirs de la créature ne reflétaient aucunes bonnes intentions. J’ai hurlé, les gardes en faction ont vite accouru. Frénétiquement, nous avons tout inspecté et cette fois, l’étrange ennemi n’a pu effacer toutes ces traces, des empreintes de rongeurs, c’était donc vrai !
L’adversaire ne veut pas attendre que l’infection nous emporte tous, il veut en finir. La nuit prochaine, il reviendra, je le sais. Notre dernier combat nous attend, nous serons prêts…
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Mezzer, perplexe, bascula sa chaise en arrière et s’étira de tout son long. Le texte s’arrêtait là. Folie collective ? Paranoïa ? Virus ? Ou était-il possible qu’il y ai vraiment eu des rats géants ? Le Sergent ne devait écarter aucune hypothèse. Il ressassait sans cesse les événements retranscrits dans le carnet.
Soudain, une bouffée de pure terreur l’envahit. Miséricorde ! Mais s’ils avaient été réellement drogués ? Le café…
Le véhicule avançait lentement dans la rue déserte, le pilote, un jeune Constructor nommé Thula Damlba, s’émerveillait du potentiel de ce nouveau système de guidage. Il ne faisait en effet plus qu’un avec l’Esprit de la Machine de ce Predator de type Vulcain. Tout son environnement, toutes les données possibles et imaginables, toutes les images lui étaient directement retransmises via ce nouveau casque qu’il portait, création du Magos Pluto Zeiss. Ce dernier, resté en retrait sur un promontoire, vantait les mérites de son ensemble heaume-vidéo auprès d’un Lexicanis, lui-même relié à un Transmitor enregistrant pour la postérité le monologue ampoulé de l’adepte du culte Mechanicus.
*click* *click* *click*
Plusieurs formes apparurent dans l’embrasure des fenêtres d’un immeuble en ruine. Aussitôt, le lance-flammes lourd monté sur le flanc droit du véhicule se mit en action, crachant son prométhéum sur les cibles en carton.
*klong*
Une forme plus massive se souleva face à l’engin, au niveau du carrefour. La tourelle pivota illico et libéra à son tour un jet incandescent sur le Rhino factice, carbonisé en un instant.
Malgré la distance et le bruit, Damlba pouvait entendre distinctement le Magos disserter abondamment sur les nombreux avantages de son œuvre : ”… et comme vous pouvez le constater, chers confrères, le heaume-vidéo permet donc à notre ingénieur d’être en parfaite harmonie avec l’Esprit de la Machine malgré l’absence totale de toutes autres connections, pas la moindre petite mécadendrite. Ainsi, un simple fantassin lambda pourrait voir son efficacité au tir grandement améliorer nonobstant la pauvreté de ses sens et de ses réflexes et ce, grâce à cet appareillage de mon invention. Bien entendu, vous pourrez ultérieurement en admirer les composants lorsque nous aurons entièrement démonté ce char pour…“
A ces mots, une chape de glace écrasa la conscience de Damlba et une peur panique indicible s’empara de son âme. Il ne voulait pas mourir. Il ne voulait pas être mis en pièces détachées. Il ne pouvait le tolérer ! Faisant soudainement demi-tour dans un effroyable crissement, il chargea rageusement Zeiss et ses servants à pleine vitesse, ouvrant les vannes de son armement en grand. En une fraction de seconde, les chairs furent vaporisées dans une vague de feu, ne laissant que quelques morceaux de bioniques tordus et noircis.
Le tank ne fut retrouvé que des semaines plus tard à des kilomètres de là, pris au piège dans les glaces du pôle austral. On en extirpa la dépouille desséchée de Thula Damlba qui avait très certainement succombé à la faim et la soif.
L’impact fut si fort qu’il lui sembla que la terre entière se fissurait. L’obus de mortier s’était écrasé à quelques mètres à peine, soulevant ainsi des gerbes de gravats et noyant la tranchée dans un nuage de poussières ocres.
Le Cadet Johanson était partagé entre excitation et appréhension, étreignant son fusil-laser comme un enfant serrerait très fort sa peluche préférée : c’était son tout premier jour au combat.
Le Sergent-Instructeur s’époumonait après lui et ses camarades, cherchant à leur insuffler force et courage, à attiser leur haine pour l’ennemi. Pourtant, malgré la fureur ambiante, Johanson n’entendait plus rien, perdu dans ses pensées. Rien, ni personne n’aurait pu attirer son attention à cet instant.
Il devait aujourd’hui y mettre toute sa hargne et se montrer digne de la confiance que lui avait accordé sa famille et son peuple. Beaucoup comptaient sur lui à présent pour devenir un héros comme l’avait prédit le Tarot de l’Empereur, lors de sa naissance. Il ne pouvait en être autrement de toute façon. Impossible, non.
Toute sa jeunesse avait été d’ailleurs orientée dans ce but ultime : jeux, éducation, entraînements,… Rien, ni personne ne devait entraver sa belle destinée et ses parents avaient tout sacrifié pour lui.
A l’école militaire, il avait été major de sa promotion tant sa détermination était grande malgré ses basses extractions. Physiquement et spirituellement, il était alors fin prêt. Du moins, le croyait-il…
Car à présent, c’était le moment de vérité et il doutait. Toute cette souffrance, ces cris d’agonie, ces morts. Il ne s’attendait pas à cela. Il n’y était peut-être pas préparé finalement.
Mais pas question de défaillir maintenant !
“Soldats ! Baïonnette au canon ! Pour l’Empereur, en avant !”
Poussant un cri rageur qui balaya ces incertitudes, Johanson gravit avec détermination la paroi friable du fossé et s’élança en avant. Rien, ni personne ne pouvait lui résister.
La dernière chose qu’il perçut fut le déclic de la mine sur laquelle il venait de marcher…
Le sable brûlant entaillait ma chair et le souffle du désert me poussait à fermer les yeux à m’en fendre les paupières. Mais il en fallait bien plus pour m’arrêter, pour nous arrêter tous.
Instinctivement, j’effleurais du bout des doigts la pierre-esprit incrustée dans mon armure composite, comme pour me porter chance. Le salut de mon âme… Avalant une dernière grande goulée d’un air chaud et âpre, j’enfilais mon heaume et par-là même, ma froide personnalité guerrière. Les Gardiens qui m’accompagnaient en firent autant.
L’incarnation du Dieu à la Main Sanglante, Kaela Mensha Khaine, venait de se matérialiser au milieu de nos troupes dans un bruit de tonnerre assourdissant et sa terrible présence nous galvanisait. La peur et le doute n’avaient plus place dans mon cœur, je désirais me battre plus que tout. Une envie indicible que je ne pouvais ni ne voulais réprimer : j’avais soif du sang noir de nos ennemis.
Sur nos flancs, ces rustres de tallarns vérifiaient une dernière fois leur armement rudimentaire. Tout ceci était de leur faute… Par leur bêtise et leur ignorance, ils avaient réveillé d’anciens obscurs pouvoirs qui étaient en passe de réduire l’univers en cendres. Imbéciles de Mon-keigh ! Néanmoins, ils étaient nos alliés et leur soutien ne pouvait être de trop face à ce qui devait sûrement nous attendre de l’autre côté de la crête rocheuse.
Jusqu’ici, les humains s’étaient plutôt bien comporter : leur connaissance du terrain et leurs techniques de guérilla avaient fait merveille. Le sombre adversaire faiblissait et les Veilleurs de la Bibliothèque Interdite, qui avaient longuement étudié les écheveaux du destin, jugeaient qu’il était grand temps de mettre un point final à cette horreur dans une ultime offensive d’envergure.
Levant bien haut la lame rougeoyante de sa Mort Hurlante, l’Avatar poussa soudain un rugissement de pure rage et le métal en fusion qui bouillonnait dans son corps coulait à présent dans nos veines. A ce signal, comme un seul homme, nous nous élançâmes à l’assaut et nos oriflammes claquaient fièrement aux vents alors que nous gravissions la dune.
Ayant atteint le promontoire parmi les premiers, je me figeais d’un coup. Le souffle glacé de la terreur glissa sur moi le temps d’un battement de cil : des milliers de paires d’yeux m’observaient avec avidité et haine. Des démons, des tas et des tas de démons dépravés occupaient toute la plaine de sable vitrifié en contrebas. Malgré mon casque, une forte odeur de musc parvint à mes narines. C’en était suffocant.
Devant les rangs des légions des Puissances de la Ruine se dressaient deux démonettes qui semblaient nous attendre. Elles se caressaient lascivement en des endroits que la pudeur m’interdit de décrire, et s’embrassaient à pleine bouche tandis qu’un sang épais dégoulinait le long de leurs lèvres charnues. Leur regard se porta ensuite sur moi. Je crois bien qu’elles ne voyaient que moi. L’une m’adressa un clin d’œil de connivence pendant que l’autre m’invitait tendrement du doigt à me joindre à leur orgie lubrique.
Un instant, un bref instant, leur sensualité me troubla et la promesse d’un plaisir éternel me tenta. Mais le cri de guerre de l’Avatar qui dévalait déjà la pente sablonneuse me ramena à la raison et je me jetais aussitôt à sa suite, hurlant moi aussi mon aversion pour ces êtres immondes.
Quoiqu’il nous en coûte, il nous fallait refermer le Cursus d’Alganar.
Chers parents,
Je m'empresse de vous écrire quelques lignes pour vous donner de mes nouvelles, bien que je ne sache pas si vous avez déjà reçu mes précédentes lettres.
Tout d’abord, j'ai bien reçu votre courrier ainsi que le petit colis. Je vous en remercie. Les biscuits de maman et vos mots d’encouragements m’ont réchauffé le corps et l’esprit. Je me porte bien (malgré quelques coups de soleil) et j’espère qu’il en est de même pour vous tous.
…[passage censuré par le Departmento Munitorum]…
Vous me manquez énormément, mais le fait de savoir que je suis porteur de tous vos espoirs et d’être promis à un grand avenir me réconfortent beaucoup. Je suis empli de fierté lorsque je pense à ce que l’Empereur-Dieu attend de moi. La gloire est maintenant à portée de main.
Ces dix dernières semaines de manœuvres et d’entraînements ont parfois été éprouvantes. Néanmoins, c’est un passage obligatoire si nous voulons vraiment être efficaces lors de la campagne que nous préparons pour dispenser Sa lumière.
Pour répondre à tante Femke, nous ne mourrons pas de faim et mangeons même trois fois par jour ! Ça ne vaut évidemment pas ses délicieux plats. D’ailleurs, l’un de mes camarades a trouvé l’autre fois dans sa gamelle un …[passage censuré par le Departmento Munitorum]… J’en profite pour saluer et féliciter cousin Maurik pour son intégration au sein de l’Ecclésiarchie.
Vous serez content d’apprendre que j’ai fini premier de ma promotion. Le Sergent-Instructeur a particulièrement loué mes connaissances et mes mises en application du Tactica Imperium. Mes compagnons m’ont porté sur leurs épaules pour fêter l’événement.
Rolfe, l’ami dont je vous ai déjà parlé, a quant à lui remporté le concours de tir organisé entre les différents régiments de cadets. Lors d’une très belle cérémonie, le Colonel lui a remis une jolie montre-gousset d’argent frappée de l’insigne de la compagnie. Je suis pour ma part arrivé onzième à cette épreuve.
Je suis très excité car demain nous embarquons pour …[passage censuré par le Departmento Munitorum]… et les hérétiques connaîtrons notre juste courroux.
Pour des raisons de sécurité, vous y imaginez bien que je ne puisse vous en dire plus. Pourtant, apprenez que les calculus logis du Haut Commandement nous donne vainqueur à 97,3%. Vous constatez donc qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter pour moi.
Nous avons quartier-libre aujourd’hui. Les copains et moi avons prévu cet après-midi de célébrer notre future victoire. J’envisage de me faire tatouer une Aquila et le symbole de la Garde Impériale sur l’épaule. Je vous en dirais bientôt plus.
Je vous embrasse tous très fort.
Dîtes à Heike que je l’aime.
Votre fils dévoué,
Ronan Johanson
Tu veux la connaître, l'histoire de cette cicatrice ? Tu te d’mandes d'où m’vient cette coupure en travers d’la tronche ? Allez, j’te raconte…
Ça r’monte à quelques piges maintenant, not’régiment avait été envoyé avec des milliers d’autres péquins de la Garde Impériale sur Armageddon, pour contrer la menace des peaux-vertes qu’ils disaient. C’était une Waaagh ! mahousse, petit, menée par cet empaffé de Ghazghkull Thraka. Ouais, j’sais, t’en as entendu parlé d’celui-là, comme tout le monde à travers l’Imperium d’ailleurs.
Enfin bref, on avait été débarqué depuis quelques jours seulement et un sombre crétin, un bureaucrate du Munitorium, avait trouvé génialissime de nous assigner à la défense d’un blockhaus perdu dans la cambrousse. Un genre de relais-satellite ou un truc dans le style, quelque chose de vital en tous cas qu’ils disaient.
Les premiers temps furent pépères : tours de garde, graille et dodo pour résumer. On s’contentait d’attendre la relève sans s’douter alors que l’ennemi était déjà là, tapi dans l’ombre, prêt à nous bouffer tout cru. Et crois-moi ou non, mon gars, c’est pas une image !
Un petit matin donc, alors qu’il pleuvait comme vache qui pisse, ils sont passés à l’attaque, comme ça, sans crier gare. J’te dis pas la massacre ! Tu sais, ils ont ces couteaux là, les kikoup’, et ben moi, j’appellerai ça plutôt les kicharkut’. J’pense pas avoir jamais vu autant de boyaux au centimètre-carré, et le raisiné coulait à flot. J’me suis même cassé la gueule en glissant sur les tripes d’un pote à moi, c’est pour te dire…
Ouais, donc, j’étais là, en plein milieu de la jungle et ça pétaradait et ça braillait à toute berzingue. C’était un peu comme à certaines fiestas du Jour de l’Affirmation, quoiqu’en plus saignant, oh oui. J’savais plus où donner d’la tête, ni contre qui m’battre. C’était un tel bordel, t’imagines même pas, ça castagnait méchamment.
J’tirais à l’aveuglette, sans vraiment savoir sur qui ou sur quoi j’faisais feu. Lorsque soudain, un Ork plus grand qu’un Ogryn surgit de nulle part, juste devant moi. J’suppose que le gonze était tout aussi surpris que moi, vu sa face d’ahuri. J’m’en souviens encore très bien : il avait des ratiches jaunâtres et grosses comme le pouce, et une haleine à tuer un Grox, sans rire. Pour seul vêtement, il ne portait qu’une vieille fourrure miteuse et était couvert de peintures guerrières grossières d’la tête aux pieds.
Par chance, enfin faut l’dire vite, le gus n’était pas enfouraillé, juste un énorme schlass dans chaque pogne. Ni une, ni deux, j’lui balançais tout ce que j’avais en stock dans le buffet. A cette distance, impossible de le louper. Et ben tu-me-croiras-tu-me-croiras-pas, Il broncha pas d’un poil ! Chargeur complètement vide, j’lui envoyais la crosse de mon fusil-laser dans la calebasse et ce con mordit dedans, comme si qu’c’était un bout de barbaque. J’en avais les fesses qui applaudissaient et les poils du cul qui froufroutaient.
J’avais à peine esquissé un geste, plus en arrière qu’en avant en fait, que l’bestiau fondait déjà sur moi. Par j’ne sais quel miracle, j’évitais ses premiers assauts. Et pourtant, c’était un vicieux. J’esquivais comme j’pouvais mais j’voyais bien qu’il jouait avec moi, qu’il faisait durer le plaisir le salaud.
Et puis d’un coup, alors qu’autour de nous ça clamsait à qui mieux-mieux, il me fit signe qu’il voulait une pause, j’te jure. J’avais aucune idée de ce qu’il voulait, néanmoins j’allais pas tarder à comprendre… Le Nob planta ses deux cure-dents dans une vieille souche à proximité, puis se retourna vers moi. Il était prêt à reprendre les hostilités, à mains nues ! Pour sûr, j’avais aucune chance et il me choppa très rapidement, très facilement.
J’étais foutu, j’le savais. Et là, pour la première fois d’ma putain de vie, j’ai prié. Ouaip petiot, t’entends bien, j’ai prié. J’ai prié pour que l’Empereur me vienne en aide et me sauve. J’ai prié pour que ma vie soit épargnée et j’ai juré de me montrer digne de cette chance si elle m’était donnée. Et tandis qu’un voile de ténèbres tombait devant mes yeux, l’inattendu se produisit.
Des Blood Angels, loués soient-ils, tombèrent du ciel tels des anges rédempteurs et dispensèrent leur juste courroux. Les Orks furent balayés en un rien d’temps et j’fus sauvé de justesse : mon adversaire avait été réduit en une bouillie infâme. Mon appel avait été entendu. J’étais à genou, pleurant de joie et de soulagement. L’un des Space Marines, p’têt bien celui qui m’avait secouru, m’aida à m’relever et me sourit. Il était magnifique. Magnifique…
Dans sa grande miséricorde, l’Empereur avait donc épargné ma misérable existence et, aussi pas croyable que ça puisse paraître, j’m’en étais finalement sorti sans la moindre égratignure. Nib, que dalle. Voilà maintenant pourquoi je L’en remercie et L’honore tous les soirs avant d’me coucher.
Mmmh ? Quoi ma cicatrice ? Ah ouais mais nan, rien à voir. J’me suis salement coupé en m’rasant la semaine dernière. Faut toujours faire bien gaffe avec son coupe-chou. Mais avoue quand même que c’est une chouette histoire, hein ?
Je ne comprends pas ; il était là devant moi et soudain, il a disparu, comme avalé par cette purée de pois fétide qui baigne si souvent les égouts de Necromunda.
“Psst… Hé, petit !?”
Nibe. Je tire un peu sur la corde attachée autour de ma taille et qui me relie à notre guide, y’a du mou. J’insiste plus franchement et elle me revient facilement dans les pognes, sectionnée. Okay… Alors soit le gosse s’est fait choppé par quelqu’un ou quelque chose, et c’est la merde. Soit il nous a faussé compagnie parce qu’on nous tend un piège aux alentours, et c’est la merde.
Une main s’abat sur mon épaule. Je me retourne brusquement, le doigt crispé sur la gâchette et braque mon fusil d’assaut juste sous le nez de Lawrence, le chef de Lamias Noirs, notre gang Orlock.
“Un problème, Cecil ?
- Ben ouaip. On a perdu le mouflet.
- Merde !
- C’est bien ce que je m’disais aussi…
- Bon. D’abord, t’orientes ton gun de l’aut’côté plutôt que dans ma tronche et tu restes sur tes gardes. Ensuite, moi je rebrousse chemin prévenir les potes qu’ça sent l’embrouille.”
Lawrence perd jamais son sang-froid, ni le nord d’ailleurs. Le pauvre vieux avait été enrôlé de force dans le 8ème Necromundien et s’y était couvert de gloire parait-il. Il avait alors obtenu une permission exceptionnelle et en avait aussitôt profité pour mettre les bouts. Bien sûr, il a bien de temps en temps un chasseur de primes aux trousses, mais il s’en tamponne et nous, on est prêt à le suivre jusqu’en enfer. De toute façon, Necromunda en est déjà un bel avant-goût, on est rodé.
C’est Dominic qui nous avait dégoté ce plan, ce sale plan. C’est pas un mauvais bougre et je l’aime plutôt bien le Dominic quoique je sois totalement incapable de soutenir son regard : suite à une rixe dans un bar avec ces catins d’Esher, le gars s’était pris un gros coup de masse en plein dans la gueule, défonçant son crâne et enfonçant profondément l’œil gauche dans son orbite. Il raconte à qui veut l’entendre qu’il y voit encore très bien, je veux bien le croire, cependant moi, dès que ça touche aux yeux, ça m’hérisse le poil et me fout mal à l’aise. Brrr…
Enfin bref, il nous avait ramené ce môme qui disait être tombé par hasard sur une distillerie clandestine de Whiskar, abandonnée. Quelle aubaine ! Ce nectar allait nous changer du Torboyo habituel. Le gamin voulait bien nous montrer la voie à suivre contre une part raisonnable du magot. Voilà qui exclut donc tout guet-apens organisé par ces abrutis de Goliath : trop subtil pour eux.
Tout d’un coup, je perçois le cliquetis caractéristique d’un lasgun que l’on arme. Instinctivement, je plonge dans les eaux croupies de l’égout alors que des tirs sifflent à mes oreilles. Ouf ! De justesse… Par contre, je bois la tasse et c’est pas franchement ragoûtant, je suis à deux doigts de dégobiller. Je surgis subitement de la fange et, à mon tour, ouvre le feu au jugé, par courtes salves afin que ma position ne soit pas clairement repérée. Je progresse péniblement dans une boue nauséabonde à hauteur des fesses, tandis que j’entends derrière moi mes petits camarades qui rappliquent dard-dard à la rescousse.
Slick, le balaise, fonce tête baissée, bifurque à droite et lâche illico une énorme rafale de son autocanon, tout en essayant de couvrir le vacarme d’un cri amusé et tonitruant. Si il y avait un mec dans ce conduit, il doit plus en rester grand-chose maintenant.
Chris vient lui prêter main forte et son instrument de mort, un lance-plasma fauché à ces vaniteux de Van Saar, entre en parfaite harmonie dans ce concert pyrotechnique. Au même instant, Dominic et Sacha, eux, tracent en avant et font parler la poudre derechef. Zéro, notre seul kid, est à la traîne, pour par changer.
Dans mon dos, Lawrence s’époumone tant qu’il peut : “Cessez le feu bande de cons ! Vous tirez à l’aveugle et gaspillez vos munitions. Et qui couvre nos arrières, hein ?”
Comme pour donner plus de poids à sa question, une bastos vient s’écraser, à quelques centimètres de lui à peine, dans une tuyère qui libère immédiatement un jet de vapeur jaunâtre. Ils nous ont contournés. Pour être aussi vicieux, ça doit être ces débiles de Cawdor. Sans hésiter, je balance une volée de pruneaux.
Un des gus se découvre pour riposter, je lui fais mordre la poussière d’une seule balle bien ajustée. Les copains me font écho, libérant un véritable barrage de feu et d’acier, tandis que Dominic et Slick protègent nos culs ce coup-ci. Ça défouraille grave. Sacha est atteint à la cuisse droite et s’écroule de tout son long, ce qui ne l’empêche pas de continuer à mitrailler bien que sa blessure pisse le sang.
Lawrence se range à ma hauteur. “J’te parie que ce sont ces rancuniers de Delaque. Ils peuvent pas nous blairer depuis l’contrat Ulanti et ça commence à m’gonfler méchamment.” Accompagnant le geste à la parole, il balance deux grenades à manche sur nos assaillants.
BRAOOOM !
Voilà comment faire le ménage vite fait, bien fait. On se rapproche prudemment, prêt à repasser la seconde couche si nécessaire, quoiqu’il n’y a plus rien craindre : on a fait place nette. Je me penche sur ce qu’il reste d’un des cadavres fumants, histoire de mater l’écusson dessiné sur sa veste.
“Ah ben ça ! Des Orlock du gang des Dents de Fer ! Nan mais à qui peut-on faire confiance, j’vous jure ?”
- Là logiquement, ça devrait marcher. Oui, marcher.
Splinter ne parlait à personne en particulier, il aimait juste soliloquer. De toute manière, il y avait de moins en moins de Skavens prêts à l’écouter. Les ingrats, les idiots ! Ah mais il allait bientôt leur montrer de quel bois il était fait ! Il n’était pas fini, loin de là.
- Vous allez voir ce que je peux encore faire. Oui, faire.
Juché sur une étroite passerelle métallique bringuebalante, le Maître Mutateur scrutait l’horizon à l’aide d’une vieille longue-vue cuivrée aux optiques ternis. Des nuages sombres et menaçants s’amoncelaient au-dessus des Montagnes du Bord du Monde. D’ici peu, Malefosse connaîtrait un terrible orage, un qui resterait dans les mémoires. Parfait.
Il referma vivement le tube coulissant qu’il fourra aussitôt dans l’une des nombreuses poches rapiécées de ce qui avait certainement dû être un jour une blouse immaculée, il y a très longtemps de cela. Il amorça ensuite un demi-tour, ce qui n’était pas chose aisée : l’influence maligne de la Malepierre avait fini par souder ensemble les os de son bassin et de ses pattes arrières. Pour se mouvoir, il utilisait à présent un système de roulettes sanglées à ses cuisseaux chétifs. Il avait bon espoir, avec la réussite imminente de sa nouvelle expérience, de s’attirer les bonnes grâces d’un Technomage du clan Skryre qu’il lui fournirait probablement une solution technologique plus pratique et surtout, plus décente.
- Ce soir, le firmament va se déchirer. Oui, déchirer.
S’agrippant à la rambarde de ses pattes griffues, il se laissa rouler jusqu’à une plate-forme grillagée, puis il tira sur une chaîne rouillée assujettie à une poulie tout aussi corrodée pour descendre par à-coups dans les profondeurs d’une immense cave à ciel ouvert, son laboratoire. Il en profita pour inspecter une dernière fois une immense Malepierre brute suspendue dans le vide. En contrebas et juste en-dessous se trouvaient quatre tables de chêne souillées de sang caillé et d’autres immondes humeurs. Sur chacune d’entre elles gisait une silhouette massive recouverte d’un drap crasseux.
Les Vermines de Choc du clan Mors lui avaient livré quatre Orques tantôt, de superbes cobayes dont les capacités cicatricielles et régénératrices étaient en tous points admirables. La première chose que Splinter s’était empressé de faire fut de leur prélever avec soin la cervelle qu’il avait grignotée à la petite cuillère, histoire de ne rien gâcher. Un régal.
Convaincre les Vermines qu’elles étaient elles aussi désignées volontaires pour participer à son chef d’œuvre ne fut pas une mince affaire. Il perdit l’un de ses précieux Rats Ogres au cours des négociations. Mais le prix à payer ne représentait rien comparé à ce qu’il avait entrepris et greffer les cerveaux des Skavens dans la boîte crânienne des Peaux-Vertes ne lui avait pas posé trop de problème, même au niveau des terminaisons nerveuses, contrairement à ce qu’il avait prévu.
Il ne manquait plus qu’un élément pour parachever sa besogne : une petite étincelle de vie.
- Igirsh ! Où est-tu ? Je dois de suite travailler. Oui, travailler.
Un Skaven, malingre et bossu, s’extirpa de l’ombre d’un pas mal assuré. Craintivement, il s’approcha de son maître et attendit les ordres.
- Assure-toi que les électrodes soient bien fixées. Nous n’aurons peut-être pas d’autre occasion pour aboutir. Oui, aboutir.
En effet, le temps lui était à présent compté. Sa présence était réclamée à Skarogne par les Prophètes Gris. Il devait répondre de l’étrange disparition des élites du clan Mors et il savait pertinemment que les Seigneurs de la Ruine ne lui pardonneraient pas ses actes si facilement, à moins que son audacieuse expérimentation soit couronnée de succès.
Un grondement sourd se fit entendre. La tempête était enfin sur Abjectalie. Plus apeuré que jamais, Igirsh vérifiait avec frénésie les derniers branchements tout en poussant un couinement strident à chaque coup de tonnerre. Lorsque soudain, la foudre s’abattit sur l’énorme Malepierre dont la teinte verte se fit plus intense et malsaine qu’auparavant.
- Il faut plus de puissance pour la charger. Oui, charger !
Comme pour répondre à ses attentes, un second éclair frappa la Malepierre qui fut alors parcourue d’arcs électriques crépitants. Dans un vacarme assourdissant, l’énergie descendit le long du bloc pour s’écouler dans une sphère d’acier hérissée de pointes, elle-même reliée par des câbles aux corps qui furent pris de spasmes impressionnants.
- Ils vont vivre ! Oui, vivre !
L’air était chargé d’une odeur d’ozone et de poils roussis. Igirsh ne s’était pas retiré assez rapidement et avait littéralement grillé. Pas une grosse perte en comparaison des créatures qui se tenaient désormais debout, inspectant avec curiosité leurs mains.
- Oui ! J’ai allié la force et l’intelligence. Dorénavant, vous vous nommerez Leonatork, Raphaellork, Donatellork et Michelangelork. Vous êtes mes enfants et je suis votre père. Venez m’embrasser. Oui, embrasser.
Les quatre monstres ne se le firent pas demander deux fois et se jetèrent sur Splinter, inconscient de leur véritable intention. Ils le réduisirent promptement en une masse de bouillie informe et sanguinolente, et s’enfuirent tout aussi vite du laboratoire en poussant des hurlements de bêtes blessées. Leurs cris et ceux des malheureuses victimes qui croisèrent leur chemin se répercutèrent très longuement dans les noirs tunnels de Malefosse.
Les étoiles. J’ai toujours été fascinée par ces petites étincelles dans le ciel. Bien entendu, vous vous en doutez, j’ignorais alors tout des dangers qu’elles pouvaient receler, jusqu’à ce que l’une d’entre elles tombe sur notre monde…
Je ne l’appris que bien plus tard, il s’agissait d’un Space Hulk. Et à son bord, des hordes assoiffées de sang qui ne connaissaient qu’une seule chose : la haine. Je n’ai jamais su qui ils étaient, ni d’où ils venaient. Tout ce que je peux vous dire à présent est qu’ils adoraient les Puissances de la Ruine.
Leur objectif était le temple où j’avais grandi, je vous en ai déjà parlé, et j’y officiais alors en tant que grande prêtresse. Ceux des miens qui osèrent se mettre sur leur chemin furent massacrés sans exception. Pas la moindre once de pitié. Toutes mes sœurs y passèrent aussi et je fus l’unique survivante. Oh je m’en rappelle encore comme si c’était hier !
Bien malgré moi, ils m’emmenèrent avec eux et me privèrent ainsi de ma sublime destiné : accueillir en mon sein une parcelle de l’incommensurable essence de l’Empereur.
C’est ce pouvoir qu’ils convoitaient. Ce que j’avais obstinément cru être une bénédiction allait finalement faire mon malheur. Ils me soumirent aux rites les plus abominables qui soient et sacrifièrent mon humanité, tout comme mon intimité, pour attirer à eux les bonnes grâces de quelques entités malfaisantes.
Maintes fois, je fus le réceptacle de démons dont j’étais la seule à connaître le véritable nom. Ils me révélèrent des choses que je ne souhaitais pas savoir, que personne, pas même vous, ne veut découvrir. Par leur biais, je vis des choses terribles et magnifiques, des astres à la beauté sans pareille. J’entrapercevais des secrets inconcevables pour le commun des mortels et compris partiellement la véritable nature du Chaos.
Je n’ai pas tenu le compte du nombre de fois où j’ai été possédée et, bien sûr, je n’en suis pas forcément sortie indemne. Je crois que j’ai traversé plusieurs périodes de totale démence et certains de mes hôtes m’ont laissé de bien étranges souvenirs de leur passage…
(NdlA : la Pythie m’a alors montré son bras gauche qu’elle avait caché jusqu’ici dans les pans de sa robe. Sa main était totalement dépourvue de chair et ses doigts avaient fusionné en un horrible tentacule d’os.)
Evidemment, ils me gardaient captive au plus profond de leur repaire et jamais je n’eus la chance de pouvoir admirer de nouveau les étoiles de mes propres yeux. Toujours est-il qu’ils me traitaient assez bien, enfin si je puis dire. Je n’eus en tous cas pas à me plaindre de la morsure du froid ou de la faim qui vous tenaille le ventre.
Et puis un jour. Un jour… D’autres vinrent les attaquer. Des Slaaneshi me semble-t-il. Ils me découvrirent, apeurée et prostrée, dans le cloître où je vivais la plupart du temps et se contentèrent de me souiller. Ils épargnèrent ma misérable existence. Marque de mépris suprême. Sans ma pureté virginale, je n’étais plus bonne à rien, sans plus de valeur qu’un vieil outil cassé.
J’avais recouvré ma liberté mais étais damnée. Que pouvais-je donc attendre de la vie ? Me venger me direz-vous. A quoi bon ? Je n’avais donc plus aucune raison de vivre. Cette idée n’avait pas plus tôt pris racine dans mon esprit que je mis à la cultiver. Mourir serait éminemment préférable à cette existence désormais inutile. Alors pourquoi pas ? Je n’ai jamais trouvé de réponse à cette question, mon instinct de survie était bien plus fort.
Néanmoins, et ma grande surprise, j’étais indubitablement en manque et incapable de gérer les tourments de la douleur. Vous n’imaginez pas : de soudaines crises de tremblements ou de violents maux de tête, une alternance de sueurs froides et de bouffées de chaleur, je souffrais physiquement, mais tout autant moralement, car j’étais constamment angoissée.
J’avais besoin de la présence des démons, je la désirais ardemment et n’avais hélas plus rien à leur offrir, mis à part mon âme. La suite, vous la devinez aisément je pense…
Extrait de la Biographie du Mal : “La vie et les morts de la Pythie de Delphia”
Rédigé par Sulitzer Nigg, déclaré Excommunicate Traitoris par contumace en 349.M41
La montagne nous faisait face, impressionnante et moqueuse elle semblait nous défier. Et je n’en menais pas large. Je ne suis pourtant pas du genre froussard, ça non ! Mais force m’est d’avouer que ce périple relevait plus de la folie que du courage, aussi vrai que je me nomme Torin Briseroche.
Tout était de la faute de Kanter Kronenbrau. Il avait réussi à me convaincre, à grands coups de chopines, de l’accompagner jusqu’à la Passe de Grungni où une vingtaine de nains assuraient une surveillance de tous les instants contre la moindre incursion de ses satanées peaux-vertes. Les pauvres bougres allaient bientôt être à court de poudre noire et il était impératif de les réapprovisionner au plus vite.
L’endroit était à mi-chemin entre Zhufbar et la forteresse de Karak Varn, quasiment inaccessible. Aussi, l’idée d’escorter un poney tirant laborieusement une charrue contenant six gros tonneaux ne m’enchantait guère. Mais avais-je le choix ? J’étais redevable envers Kanter et, par ma barbe, je ne souhaitais pas qu’il m’inscrive dans son propre livre des rancunes.
Nous étions donc partis dès l’aube et il nous fallut d’abord remonter une piste cahoteuse et zigzagante pour accéder au Lac Noir. Tantôt nous tirions sur les mors du poney, tantôt nous poussâmes la lourde chariote. Et tout ceci dans le vacarme assourdissant de la cataracte qui se déversait à gros bouillons dans le gouffre en contrebas. L’atmosphère était noyée de vapeur d’eau et je n’avais plus un poil de sec lorsque nous atteignîmes enfin les rives du lac.
Après une pause bien méritée faîte de pain noir, de fromage de chèvre et d’une bonne pipe, nous repartîmes de plus bel, empruntant un sentier escarpé où personne ne passait jamais. Kronenbrau était persuadé qu’il s’agissait là d’un raccourci plus pratique que la route principale, évitant ainsi les impressionnants convois miniers en provenance de Karak Varn qui n’auraient fait que nous ralentir.
Par Grimnir, quel raccourci ! Nous tombâmes en premier lieu nez à nez avec un dent-de-sabre chafouin qui n’appréciait guère notre présence sur son territoire de chasse. Ce félin avait des crocs aussi longs et aiguisés que des dagues, sans parler de ses griffes. Nous en vînmes finalement à bout, mais le gros chat me laissa une belle estafilade sur le torse en guise de souvenir. J’ai encore sa peau chez moi, elle me sert de dessus de lit.
Un peu tard, l’essieu de la charrue se brisa net. Nous perdîmes une bonne heure à réparer les dégâts, puis à récupérer le poney qui avait profité de l’occasion pour improviser une promenade. Une ruade de l’animal mécontent faillit d’ailleurs précipiter dans le vide Kanter que je rattrapais juste à temps par la peau du cou.
Enfin, une petite bande d’orques en maraude nous tendit un grossier guet-apens en barrant la route de rondins de bois. Heureusement, le passage était tellement étroit que nous parvînmes à les contenir à nous deux et les mettre finalement en déroute. Ma fidèle hache était toute dégoulinante du sang de ces idiots. Nous nous en étions bien sortis, bien que mon ami s’était tout de même fait croquer l’index gauche durant l’empoignade.
C’est en nage et extenués que nous atteignîmes le camp sous les acclamations. “Hardi les gars ! Nous sommes sauvés !”
Kronenbrau eut l’honneur de percer le premier fût et il me versa une bonne rasade de poudre noire. Ah la poudre noire ! La meilleure bière des maîtres-brasseurs de Zhufbar…
(plus que largement inspiré de cette bédé : http://www.secretlivesofmobs.com/index.php?strip_id=7)
Qui suis-je pour m'opposer à sa volonté ? Comment oses-tu me poser pareille question ? Mais n'as-tu donc aucune conscience professionnelle ?
Laisse-moi seulement te rappeler mon bon ami que nous sommes tous deux des plénipotentiaires accrédités de l'Administratum, et qu'à ce titre, nous ne pouvons passer sous silence une telle ignominie. Nous sommes tenus, rien que par nécessité morale, d'en référer diligemment aux plus hautes instances et faire mandater l'Arbites sur cette terrible et sombre affaire, quitte à mettre nos carrières, voire nos vies, dans la balance.
Saisis-tu seulement toutes les implications qu'entraîne un tel document ? Je me le demande… N'oublie pas je te prie que la bureaucratie est chose sérieuse et d'importance, une respectable institution sur laquelle s'appuie l'ensemble de l'Imperium depuis des siècles pour assurer sa pérennité. Dès lors, il ne s'agit plus d'une responsabilité, mais bien d'un sacerdoce. Cela va nettement au-delà de nos petites personnes. Comprends-tu ?
Qui suis-je pour m'opposer à sa volonté ? Non mais…! Tu sais ce que c'est que ça ? Ce que cela représente ? La graine de l'anarchie. Parfaitement ! Et rien que de prononcer ce nom, j'en ai des frissons dans le dos parce que ça, ça mon ami, c'est la porte ouverte à l'hérésie. Rien de moins. Par définition, et l'histoire nous l'a maintes fois démontrée tu le sais, l'anarchie engendre le chaos. Oui, le chaos.
Toi, moi, notre organisation sommes les garde-fous, le rempart contre des dérives de ce genre. À présent, tous les regards sont braqués sur nous, tous les espoirs posés sur nos frêles épaules. Non, décidément, nous ne pouvons nous dérober, je ne le supporterai pas. Et toi non plus d'ailleurs, ne le nie pas. Depuis le temps que nous travaillons ensemble dans ce service, je te connais bien.
Et puis, réfléchis encore. La récompense ! L'Imperium tout entier nous sera reconnaissant et redevable pour avoir dénoncer ce… ce complot, n'ayons pas peur des mots. Imagine : un grand bureau avec, pourquoi pas, soyons fous, une fenêtre. À nous l'avancement, les promotions ! Un à un, nous gravirons tous les échelons de la hiérarchie. Finies les tâches subalternes rébarbatives et astreignantes ! Envolées les heures supplémentaires payées des clopinettes ! Imagine un peu mon ami ! Pense aussi aux bals de l'Ambassadeur, si réputés pour le bon goût de maître de maison et où nous serons systématiquement conviés et célébrés. Nous sortirons des rangs de l'anonymat.
Ainsi, relis avec moi, considérant dans le Livre des Lois Constitutionnelles Impériales, volume IX, article 51, paragraphe premier, alinéa 4, de l'ordonnance de 883.M41 avalisée par le très saint Adeptus Terra, je cite : “Toute pièce officielle émise par un gouvernement planétaire impérial devra être retranscrite sous les deux jours suivants son édition pour l'archivage, manuellement et en haut gothique par un Curator assermenté, et ce, en trois exemplaires sous format papier blanc A4, soit aux dimensions de 210x297mm pour un grammage de 80g/m².”
Alors ? Tu vois pourtant bien ce que je tiens là dans ma main, tu n'es pas aveugle. Cette feuille ! Cette feuille, signée du Gouverneur en personne, est jaune. Jaune ! Depuis quand les observations statistiques trimestrielles du cheptel porcin sud-continental sont-elles sur papier jaune ? C'est tout simplement intolérable ! Inqualifiable ! Impardonnable !
Nul ne peut, ni ne doit se soustraire à ses obligations, pas même le Gouverneur. Et voilà pourquoi nous allons nous opposer à sa volonté comme tu aimes à le dire, car celle de l'Empereur lui est supérieure et le Bureau des Poids et Mesures Impériales, dont nous sommes les dignes légataires, se doit de dévoiler au grand jour cet affreux scandale, il en va de notre devoir le plus sacré. Il n'y a guère que nous pour remettre de l'ordre et dénoncer la corruption qui règnent ici.
Ah ! Je constate non sans plaisir que j'ai su faire vibrer en toi la corde de la raison, et tu ne le regretteras pas, crois-moi. Rend-toi compte : nous sommes maintenant l'incarnation du bras séculier de la justice impériale.
Allez ! Prépare-moi donc une cartouche de stockage d'informations, ainsi qu'un extrait de quittance B-69 et un certificat d'accréditation par la même occasion, que je puisse transmettre en en bonne et due forme notre rapport à qui de droit. Des têtes vont tomber, que l'Empereur m'en soit témoin et aussi vrai que je me nomme Cepad Boll !
Suite à leurs fracassantes révélations, l'Auxiliaire Cepad Boll et son collègue, Jeule Kroipah, furent mutés au service administratif du goulag Siberius, sur le satellite polaire de Moskovy. Par la suite, Kroipah fut incarcéré à vie dans cette même prison, après avoir assassiné Boll à l'aide d'un coupe-papier non-réglementaire.
Lárya ne prit pas la peine de se retourner lorsque le fragile sphincter cristallin s'ouvrit dans un souffle afin de laisser entrer le visiteur dans ses appartements chichement meublés. Elle savait pertinemment de qui il s'agissait et la raison de sa venue en cette heure si tardive.
L'ancienne Chanteuse de Moelle préférait plutôt vérifier une nouvelle fois le contenu de sa besace étalé sur sa couche. Un pendentif sans valeur marchande qu'elle affectionnait tout particulièrement, un couteau à lame courbe, un briquet d'amadou, une antique boussole, une bourse remplie de runes, et de nombreux autres objets qui lui seraient sûrement utiles pour ce qu'elle allait entreprendre.
Son hôte se décida enfin à rompre le lourd silence.
- Alors c'est vrai ce qui se raconte. Tu va partir.
Il ne s'agissait pas d'une question, juste d'un constat teinté de reproches et d'amertume. Lárya se contenta de regarder le reflet de Kæl dans la grande baie vitrée donnant sur les Jardins des Ancêtres baignés de lumière et lui prodigua un sourire contrit. Il ne portait qu'une robe écarlate sans fioriture, ses longs cheveux bruns lisses ramenés en arrière s'écoulant en cascade sur ses épaules.
Elle ne voulait pas l'affronter, elle ne voulait pas le blesser, et surtout, elle ne voulait pas qu'il parvienne à lui faire changer d'avis.
- Est-ce le Prophète ou le frère qui s'adresse à moi aujourd'hui ?
- Un peu des deux en vérité.
- Alors je répondrai au premier que oui, je m'en vais. Au second, je demanderai de ne pas m'en empêcher.
Les yeux clos, Kæl soupira. Il savait que ce moment arriverait tôt ou tard. Il s'y était préparé depuis longtemps, du moins le croyait-il, et s'était auparavant imaginé des milliers de fois cette scène et les propos qu'il tiendrait. Néanmoins, alors que l'instant fatidique approchait à grands pas, les mots lui manquaient. Un seul lui vint finalement aux lèvres.
- Pourquoi ?
Lárya lui tournait toujours le dos et avait replonger frénétiquement les mains dans sa sacoche, faisant semblant d'y rechercher quelque chose d'importance au lieu de le regarder en face.
- Parce que je n'en peux plus. Les traditions, le formalisme, l'opulence. Tout cela m'oppresse, me dégoûte même parfois. J'ai souvent l'impression que les parois du vaisseau-monde rétrécissent et qu'elles vont m'écraser. J'ai trop soif de liberté et je n'attends pas que tu le comprennes ou l'acceptes.
- Toute petite déjà, tu étais comme cela. J'admirais ton indépendance et ta joie de vivre, même lors des événements les plus tragiques. Sauvage et entêtée. Je t'enviais presque.
- Oh je m'en souviens, tu étais tout le temps dans mes jambes à réclamer mon attention. Mais maintenant…
- J'ai grandi depuis, et j'ai mûri surtout, contrairement à toi. Les responsabilités qui m'incombent sont graves. Cependant, tu fais encore partie de mes priorités.
- Ce qui ne change absolument rien pour moi.
- Tu es folle.
- Oui, peut-être.
- En as-tu véritablement conscience ? Tu ne connaîtras que la crasse et l'infamie, tu ne vaudras rien de mieux qu'un Mon-Keigh. Où que tu ailles, tu seras traitée en paria et puis tu mourras, seule et abandonnée. Renonce à cette… cette aventure futile.
- Je suis bien plus forte que cela, tu le sais. Je ne crains rien, ni personne. Et avant que tu ne le dises, pas même la Grande Ennemie ! Mais je n'oublie pas qu'elle sera toujours là, tapie dans l'ombre, prête à dévorer mon âme au moindre signe de faiblesse. Je ne lui ferai pas ce plaisir, n'en doute pas. J'en connais le danger aussi bien que toi.
- La Voie de l'Errant…
- C'est bien de cela qu'il s'agit, effectivement. J'y ai longuement réfléchie et j'ai fais mon choix. Il n'est plus question de faire marche arrière.
- En revanche, moi, j'ai tout pouvoir pour te faire obstacle si nécessaire. Je pourrais agir ainsi, te préserver malgré toi, t'enfermer.
- Et pourtant, tu ne le feras pas. Je ne suis pas un bel oiseau que l'on garde en cage. Jamais tu ne le feras. Jamais.
Kæl ne se faisait aucune illusion, c'était inéluctable. Toutefois, et il s'en voulait d'user d'un pareil stratagème si égoïste, il joua sa dernière carte.
- Ne m'abandonne pas, grande soeur. J'ai tant besoin de toi.
En fin de compte, elle fit lentement volte-face et se rapprocha doucement de lui. Elle caressa tendrement la joue de son frère du bout de ses doigts fins et délicats.
- Voyons petit frère. Il y a des éons que je ne te suis plus indispensable. Je suis même un fardeau pour toi.
Son regard se déroba. Il saisit fébrilement sa main et embrassa affectueusement sa paume.
- S'il te plaît…
- C'est un au revoir, Kæl, pas un adieu. Je reviendrai, je te le promets.
- Quand… quand as-tu l'intention de nous quitter ?
- Dès demain.
+++
La Cérémonie du Départ se déroula dans l'immense Chambre des Portails et fut de courte durée. C'est évidemment le Prophète Kæl qui officiait, revêtu pour l'occasion de sa panoplie guerrière d'un blanc nacré.
Peu d'eldars étaient présents : de par leur nature introvertie, ils étaient mal à l'aise devant une telle décision, en rupture totale avec leurs conventions si ancrées dans leurs habitudes millénaires. Lárya eut la politesse de les saluer tous un par un, Kæl en dernier.
- Alors nous y voilà.
- Ton voyage sera long et risqué, Lárya Hirenhuir, soit prudente. Et sache que tu seras toujours la bienvenue ici. Shemash t'attendra.
- Non, ne m'inflige pas ça. Ne soit pas si protocolaire et enlève ton casque que je puisse te voir.
Il ne s'exécuta pas, restant de marbre. Froid et distant.
- Bien, comme tu veux.
Attristée, Lárya recula et pénétra lentement la sphère de ténèbres et de lumières tourbillonnantes, espérant un dernier signe affectueux de son frère. En vain. Puis, elle disparut.
Selon Kæl, cela semblait plus facile de cette manière, moins douloureux pour eux deux. Surtout qu'ainsi, elle n'avait pu voir qu'il pleurait.
Etait-il fou ?
Il est vrai que John-John, apprenti ébéniste de son état, n’avait jamais eut toute sa tête. Hypocondriaque, paranoïaque et même un peu schizophrène sur les bords, peu de monde le prenait au sérieux, nombreux se moquaient gentiment de lui. “Ce doux-dingue de John-John” qu’ils disaient dans son dos, persuadés qu’il n’entendait pas.
Avec une telle réputation, ce dernier avait donc préféré tenir sa langue, car le peuple tout entier adulait le nouveau messie en passe de prendre les pleins pouvoirs. Nul n’aurait pu, ni voulu le croire tant leur affection pour cet étranger était grande, à la limite de l’aveuglement.
Puisqu’il s’agissait bien de cela : John-John était le seul à le voir pour ce qu’il était vraiment, un monstre. Pas seulement au sens littéral du terme, non, mais aussi physiquement. Et pourtant, pourtant, ils ne paraissaient pas s’en rendre compte.
Pourquoi ne braillaient-ils pas de terreur devant son faciès bestial cramoisi ? Pourquoi ne prenaient-ils pas leurs jambes à leur cou lorsqu’il déployait ses immenses ailes de cuir ? Pourquoi ne s’évanouissaient-ils pas à cause de l’horrible odeur rance qu’il exhalait ?
John-John ne le comprenait pas. Ou plutôt, il avait peur de comprendre : il devait être fou, totalement aliéné, il n’y avait pas d’autre explication rationnelle. Néanmoins, il n’acceptait pas cette idée. De ce fait, il devait s’en assurer une bonne fois pour toute. S’il s’avérait que tout ceci n’était effectivement qu’une perversion de son esprit malade, c’est sans hésiter qu’il se ferait interner de lui-même.
Aujourd’hui était sa meilleure occasion, voire l’unique, d’en avoir le cœur net. En effet, une cérémonie devait avoir lieu sur la Place des Martyres en l’honneur du soi-disant prophète. Le Gouverneur en personne allait lui remettre les clefs de la ville pour service rendu à l’Humanité et l’Imperium.
Quel service ? Là encore John-John l’ignorait. Etait-il coupé de la réalité à ce point tandis qu’on ne parlait que du messie à chaque coin de rue ? Il était sur toutes les lèvres, sur tous les écrans de pictoscreen, sur tous les imprimés officieux et officiels. Tous sans exception louaient ses qualités.
Ça n’avait décidément aucun de sens ! Au nom de l’immortel Empereur, que se passait-il ? A force de nuits blanches à s’interroger et s’inquiéter, le pauvre hère en pleurait parfois de rage. Il n’y avait alors que l’autoscarification pour le calmer un tant soit peu, ce que son pyschothérapeute contre-indiquait fortement.
John-John était donc présent, et ce malgré son agoraphobie, jouant des coudes dans l’impressionnante foule chamarrée et compacte pour atteindre le podium principal tel un petit poisson nageant à contre-courant dans un fleuve déchaîné.
A un moment, il cru distinguer dans l’affluence son père, mort depuis longtemps d’avoir bien trop fumé de cigalhos. Ce n’était que le fruit de son imagination galopante, un nouveau signe de trouble mental évident.
Avait-il si bien fait de mettre un terme à son traitement ? Les antidépresseurs étaient efficaces, certes, mais ils le fatguaient aussi beaucoup, minaient son énergie. Il se sentait mal, prêt à vomir. Le sang battait douloureusement à ses tempes et de grosses gouttes de sueur froide coulaient le long de son échine et de son visage.
Sursautant au moindre mouvement suspect, il manqua de se faire piétiner une demi-douzaine de fois. Et, ne pouvant aller à l’encontre de sa nature profonde, c’est lui qui s’excusait, penaud.
Il progressait parmi la multitude lentement mais sûrement, se rapprochant de son objectif qu’il entraperçu un bref instant. Celui-ci embrassait un bambin qu’une femme en pamoison lui tendait.
Le doute ne fut alors plus permis. Le jeune artisan faillit hurler d’effroi et de révolte quand la créature lécha la joue de l’enfant avec appétit. Cependant, il n’y eut aucune réaction dans l’assemblée. Au contraire, tous scandaient joyeusement son nom. Oh l’inconséquence des gens !
Ce n’était pas lui le dément. John-John savait maintenant, et il allait leur montrer. Il fallait à tout prix leur révéler la vérité, sinon ils seraient voués à une damnation éternelle.
Il ne lui restait guère plus que quelques mètres à parcourir. Son calvaire n’en finissait pas et sa céphalée empirait. Il sentait monter en lui une crise d’angoisse comme il n’en avait jamais connue.
Certains le remarquèrent enfin et le laissèrent passer, lui et l’énorme composition florale qu’il tenait à bout de bras, pensant qu’il voulait rendre hommage à l’aruspice. John-John avait mis beaucoup d’espoir là-dessus et cela semblait heureusement fonctionné.
Le Gouverneur lui fit affablement signe de franchir le cordon de sécurité formé par des Arbites et de les rejoindre. Tout aussi enthousiaste que fébrile, le petit menuisier gravit la volée de marches couvertes du traditionnel tapis rouge.
L’indicible horreur le contempla avec une curiosité mâtinée d’amusement. John-John avait toutes les peines à soutenir son regard de feu, craignant mettre son âme, et surtout ses intentions, à nue.
Et par le Trône qu’il puait ! John-John inspira d’abord profondément le parfum de son bouquet de fleurs, puis en dégagea un vieux sabre de collection, le seul objet de valeur que son défunt père lui ait transmis.
John-John n’avait pas encore brandit son arme que les Arbitrators l’abattirent de concert à l’aide de leur fusil à pompe. A si courte distante, l’apprenti ébéniste fut criblé comme une passoire et son sang gicla sur le messie. Le charme fut rompu aussitôt et la réelle apparence du démon s’offrit aux yeux de tous.
La dernière chose que vit l'innocent John-John avant de sombrer définitivement fut l'ensemble du public qui posa un genou à terre, marquant ainsi son allégeance à la chose issue du Warp. Ils savaient. Depuis le début, ils savaient et voulaient admirer son vrai visage. Ce qu'il avait permis avec son vain sacrifice. Quel gâchis !
Ce doux-dingue de John-John était bien le seul à ne pas avoir su reconnaître sa magnificence…
Fébrilement, il pénètre dans la pièce exigüe, prenant bien soin de ne pas faire grincer les vieux gonds de la porte et évitant de renverser par la même occasion une corbeille d’osier remplie à ras-bord de couches sales et nauséabondes.
Les rideaux sont tirés, il patiente quelques instants jusqu'à s’accoutumer à la pénombre ambiante. Puis, à pas de loup sur une moquette élimée, il s’approche du berceau au milieu de la chambre et, retenant son souffle, se penche dessus.
Trône ! Le voici donc ! C’est cette insignifiante petite boule rose paisiblement endormie qui doit causer sa perte, à lui, le Dictarque, le seigneur et maître d’un système solaire entier.
Tout comme son unique enfant, il n’a que quelques mois. Comment imaginer dès lors que cet être si innocent et si fragile puisse être un jour responsable de sa ruine et de sa déchéance ? Voilà qui est à peine croyable, impensable même !
Pourtant, le Tarot de l’Empereur est formel à ce sujet : le septième fils d’un septième fils provoquera la chute du régent. Il ne faut généralement pas prendre ce genre de prédiction à la légère.
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Il avait fallu du temps et pas mal d’argent, surtout des pots-de-vin, pour clairement identifier l’individu en question. Fouiller les archives gouvernementales et notamment les registres de naissance, glaner et recouper de nombreux renseignements, éliminer les fausses rumeurs, suivre beaucoup de pistes qui finissaient souvent en cul-de-sac.
Tout ceci, évidemment, sous le sceau du secret le plus strict. En effet, seuls quelques hommes de confiance enquêtaient pour lui. Et encore s’était-il assuré de bien compartimenter les informations recueillies afin qu’aucun d’entre eux ne puissent jamais deviner tous les tenants et aboutissants de l’affaire.
Divide ut regnes. Son père lui avait inculqué ce principe dès son plus jeune âge et il avait toujours su le mettre en pratique, que ce soit en amour, en politique ou en commerce, quitte parfois à commettre les pires bassesses. Ainsi n’avait-il pas hésité à faire empoisonner le devin qui lui avait rapporté la terrible prophétie.
Par tous les saints de Terra, il en avait déployé de l’énergie ! Son sommeil et sa santé en avait alors pris un sacré coup, les affaires courantes aussi, ce qui était de plus en plus difficile à justifier auprès de son entourage.
Mais enfin, pour son plus grand soulagement, la menace fut localisée. Quelle ne fut donc pas sa surprise d’apprendre qu’il s’agissait d’un nouveau-né ! Voilà qui changeait la donne, car il n’avait pas envisagé pareille situation. Que faire ?
Ça n’avait absolument rien de raisonnable, il le savait pertinemment, malgré cela il éprouva une envie irrépressible de le voir d’abord de ses propres yeux, de contempler sa future Némésis, avant d’arrêter la moindre décision.
Trouver un prétexte crédible n’avait pas été chose aisée. Cependant, il s’avéra que le père du bambin était un ancien membre des FDP grièvement blessé le mois dernier lors d’une émeute mineure dans les bas-fonds de la cité. De ce fait, Le Dictarque décida de lui décerner, ainsi qu’à plusieurs autres engagés afin de ne pas éveiller les soupçons, une médaille pour service rendu.
Sans prévenir, il se rendit donc de domicile en domicile à travers toute la vieille ville sordide avec une suite protocolaire restreinte pour éviter tout tapage médiatique. Il distribua les insignes et les citations comme des friandises, faisant peu de cas de la joie suscitée chez les pauvres bougres puisque lui ne pensait qu’à son seul et unique objectif.
Etait-ce par pure sadisme ? Ou peut-être pour la théâtralité ? Ou encore tout simplement pour retarder l’inéluctable échéance ? Toujours est-il qu’il avait gardé le meilleur pour la fin…
La cérémonie fut brève et, là encore, chargée en émotion. Le petit n’était pas ici : c’était l’heure de sa sieste. Affichant son plus beau sourire de façade, le Dictarque demanda à voir le poupon. “Je les adore.” En de telles circonstances, on ne pouvait rien lui refuser et on l’invita donc à grimper à l’étage.
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A présent, les voilà face à face. L’un savourant ce moment, l’autre ne se doutant de rien.
Oh bien sûr, il serait facile de le tuer, là, maintenant, tout de suite. L’opportunité est trop belle. Saisir par exemple cette peluche miteuse posée à la tête de son lit et l’étouffer avec. Néanmoins comment pourrait-il ensuite s’expliquer d’un acte si odieux. Certes, il est craint et respecté, mais peut-être pas à ce point non plus.
Et puis le Dictarque est assez versé en mythologie pour savoir que toutes les légendes de ce type finissent hélas de la même façon. Ainsi, s’il tente de nuire au chérubin, il en paiera le prix tôt ou tard. Quoiqu’il fasse, même involontairement, le retour de bâton sera cuisant.
Il se ravise donc, les mains encore suspendues juste au-dessus du visage du rejeton.
Non. Il n’a d’autre choix que de laisser s’écouler librement le fleuve de la fatalité, car aucun barrage si résistant soit-il ne peut résister longuement à ses eaux tumultueuses. Il doit embrasser sa destiné tout en espérant, tout en priant même, être épargné.
C’est entendu ! Désormais, chaque décision devra être longuement soupesée, chaque fait surveillé, chaque conséquence analysée. La moindre erreur ou le plus infime oubli pourrait être mortel ; il ne devra rien négligé.
À cet instant, le bébé ouvre un œil. Nullement apeuré par l’inconnu qui le toise, bien au contraire, il lui fait risette et lui attrape son index de sa petite main boudinée.
“Chut. Dors mon tendre agneau, tu n’as rien à craindre de moi dans l’immédiat. Mais ne crois pas que tu m’as attendri parce que mon cœur est de pierre. Dorénavant, je ne serai jamais bien loin, toujours tapie dans l’ombre, dans ton ombre. Et lorsque les auspices me seront plus favorables, je saisirai alors ma chance et passerai à l’offensive. Je me déferai de ce fil invisible qui me lie à toi. En attendant, dors mon tendre agneau, il ne t’arrivera rien de fâcheux aujourd’hui.”
Le chérubin baille. Ses paupières se referment. Silencieusement, le Dictarque rebrousse chemin.
Tout n’est plus qu’une question de temps.
Il sait qu’il le reverra bientôt.