




Tu veux la connaître, l'histoire de cette cicatrice ? Tu te demandes d'où me vient cette coupure en travers de la tronche ? Allez, je te raconte.’
La voix de l’homme vêtu de haillons, recroquevillé à côté du feu agonisant près duquel il était venu se réfugier, le fit sursauter tant elle ressemblait au bruit d’une craie crissant sur un tableau noir. Albert se mit soudainement à trembler. Bon Dieu, mais que faisait il ici ? Qu’est ce qu’il lui avait pris ?
‘Approche petit. N’aie pas peur. Tonton Jack va te raconter son histoire.’
Machinalement, Albert recula légèrement, glissant le plus silencieusement possible sur le sol sale pour s’éloigner du clochard puant qu’il avait cru endormi lors de son arrivée au fond de cette ruelle malsaine éclairée par la seule lueur ténue des flammèches qui s’élevaient de vieux cartons en train de se consumer.
‘Où crois tu aller petit ?’ Une nouvelle voix, plus rauque et provenant de derrière lui le fit sursauter. Il tourna la tête doucement pour se retrouver presque nez à nez avec une paire de jambes recouverte d’un pantalon de treillis tâché et déchiré. ‘Ce n’est pas très bien élevé de refuser l’hospitalité de Tonton Jack.’ Continua la paire de jambe qui, alors qu’il levait la tête, s’avéra être un autre clochard, bedonnant et mal rasé, dont le sourire édenté qui se dessinait dans sa bouche lui donnait un air maladif.
‘Quel âge as-tu petit ?’ Repris celui qui se faisait appeler Tonton Jack. ‘Quatorze ? Quinze ans ? N’es tu pas un peu trop jeune pour traîner dans les rues la nuit ?’ L’homme se leva péniblement. Sous sa couverture faite de tissus hétéroclites cousus à la hâte, il semblait rachitique mais sa longue silhouette étiolée avait quelque chose de menaçant.
‘A voir ton joli petit costume deux pièces sur mesure et ta cravate de soie, tu dois être le fils d’une famille des beaux quartiers. Tu t’es enfui de chez toi ? Ton papa n’a pas voulu te donner assez d’argent de poche ? Ta petite amie à préféré sortir avec le capitaine de l’équipe de football ?’
L’homme derrière lui ricana. Tonton Jack avançait maintenant vers lui avec un rictus malsain sur son visage malingre. Il avait effectivement une énorme cicatrice qui courrait de sa tempe droite à son menton, déformant horriblement ses traits déjà peu engageants. ‘Elle est belle hein ?’ Reprit il en passant son doigt le long de la chair tuméfiée de la scarification. ‘C’était un cadeau de mes nouveaux amis.’
A ces mots, ce qu’Albert avait pris pour de vieux sacs, des cartons et des piles de tissus crasseux rassemblés contre les murs de l’impasse se mirent à bouger révélant plusieurs autres pitoyables hères dont les yeux hagards reflétaient la lumière du feu moribond.
‘Un cadeau que j’ai reçu le premier soir où je me suis retrouvé, comme toi, dans la rue’
Deux mains puissantes se posèrent sur les épaules d’Albert alors que le jeune adolescent se rendait compte que, dans la main de Tonton Jack, était apparu un long couteau rouillé. Ce dernier sourit, une lueur de folie au creux des yeux.
‘J’ai faim mon jeune ami… Si tu savais comme j’ai faim…’