






5ème au classement général.
L'Astre du soir
Delphes. ” Ho Omphalos ”, le nombril du monde. Plus grand sanctuaire du cosmos et symbole de la dévotion de l'humanité pour les dieux, oracle et marque de l'influence des divinités sur les hommes, tombe de Python et vestige de la victoire des puissances ouraniennes sur les forces chthoniennes. Longtemps, Gaïa avait régné, mais elle avait été jetée à bas, le Ciel avait pris la Terre d'assaut, les offrandes agraires s'étaient vues remplacées par des sacrifices animaux, les superstitions par des religions.
Enfin, trêve de rêvasseries. Il était bientôt midi, le soleil s'approchait de son zénith. Oui, ce vieil Hélios, son gros char, son visage empreint d'une fatuité insoutenable et cerné de pointes. Quel grand jour quand la statue colossale qui ravissait sa mégalomanie s'était écroulée à Rhodes ! Un grand coup pour son ego démesuré. L'oncle ne semblait d'ailleurs toujours pas avoir remarqué la fin de l'époque du culte de Sol Invictus. Quelques siècles assez horribles dans leur genre : l'ancien était vénéré démesurément par les derniers païens, qui tentaient de s'unifier pour résister au dieu des chrétiens. Ce qui n'avait rien changé à leur déchéance, acte supplémentaire et inévitable d'un destin qui s'était mis en marche il y avait longtemps, au déclin de grand-mère. Les hommes étaient passés des esprits de la terre aux dieux d'en haut, rien d'étonnant à ce qu'ils se vouent ensuite à leur-père-qui-est-aux-cieux.
« Salut frérot, lança le nouvel arrivant.
- Bonjour, Lucifer, répondit-il. »
En deux millénaires et demi, il avait eu le temps de pouffer de rire un nombre incalculable de fois devant le ridicule de « 'lut Lucifer » et autres variantes. Face au manque d'intérêt de la chose, il avait rapidement cessé de chambrer son aîné de quelques heures à ce sujet. D'autant plus qu'il ne parvenait pas à le faire enrager, Monsieur étant au-dessus de tout. Comme Hélios, il avait le beau rôle. Qui était le Porteur de Lumière et de Connaissance ? Qui était associé à Vénus, à la beauté, au sexe ? Qui était considéré comme le plus grand des anges déchus ? Qui était idolâtré par tous les adolescents en mal de spiritualité bon marché et de true-rebellisme à deux drachmes ? Le grand Lulu. Maman Éos-aux-doigts-roses l'avait toujours chouchouté, d'ailleurs.
« Bon, j'te laisse avec tonton. Tarde pas trop, la dernière fois les mortels de Los Angeles se sont plaint que le coucher de soleil sur le Pacifique se faisait attendre.
- Ouais, ouais… »
Comme d'habitude, toujours de la faute du vilain Noctifier, hein ? Tu parles. Évidement, le retard venait de Lucifer, qui lui avait refilé l'oncle à presque 13h. Forcément, du coup, il n'avait pas pu arriver à l'heure.
« Sincères salutations, Nono ! Tout va bien ?
- Ouais, lâcha t-il sans conviction. »
Le silence se fit alors qu'ils chevauchaient dans le ciel, sa lueur largement masquée par celle d'Hélios. Ils dépassèrent rapidement la Grèce et arrivèrent au-dessus de la Sicile, survolant les forges de son cousin à la mode de Bretagne, Héphaïstos. Il ne bossait apparemment plus guère, au vu du peu d'activité de l'Etna.
« Ah, tiens, Nono, je t'ai déjà dit que j'ai eu un troupeau de boeufs dans le coin, autrefois ?
- Non… »
Il regretta immédiatement sa réponse. C'en était parti pour un interminable monologue. Gna gna gna ils étaient gras gna gna gna Ulysse n'a pas tenu ses amis gna gna gna allé chez Zeus gna gna gna tous brûlés c'était drôle. Le vieux et ses histoires à la con… Au moins, ils passèrent à Rome sans que son passé, plein de gloire et de poussière, ne lui emplisse l'âme et l'estomac au point qu'il se sente obligé de le vomir à tout va.
« Y'aurait moyen de se dépêcher ? Pas envie de me faire engueuler comme hier.
- Oh, je t'ai causé des problèmes ? Sache qu…
- Oui. Et pas qu'un peu.
- Sache que je suis réellem…
- Bref, on peut se dépêcher ?
- Oh, oui, dit-il sans faire accélérer son gros quadrige. Sache que je suis réellement navré d'être à la source d'ennuis en ce qui te concerne, Nono. Si tu veux, j'irai parler en ta faveur auprès de mes relations haut-placées.
- Non, ça ira… »
Inutile d'essayer de dialoguer avec le vieux. De toute façon, ils n'avaient rien à dire, et c'était une raison suffisante pour se la fermer. Manifestement, ce principe élémentaire n'était que peu connu et encore moins appliqué, chez les mortels comme chez les autres.
Ils se trouvaient au-dessus de St-Jacques de Compostelle. Noctifer jeta un coup d'oeil en bas : à chaque fois, il y avait une foule énorme. Belle mascarade que tout cela. Comme si une étoile allait perdre son temps à guider quelqu'un au-dessus d'un cadavre tout pourri, qui serait soit-à-disant celui d'un des premiers membres de la secte de Chrestos. Certes, toutes les étoiles ne possédaient pas son rang, mais il les connaissait bien, et aucune ne se serait abaissée à ça.
Ah, le monothéisme… Hélios l'avait tenté en premier, à l'aide de son culte à l'Aton – avec un t comme « crocodile ». Ça n'avait pas marché, et il a récidivé avec le mazdéisme, qui a fini en marque de voitures. Même son prophète s'est fait repomper par un mortel voulant jouer au croque-mort.
Sans qu'un mot de plus ne soit échangé, ils survolaient déjà le milieu de l'Atlantique. Il était environ 16h, les vagues dorées par le soleil rebattaient les flots, et celui-ci décida de faire de même avec les oreilles de son neveu.
« Nono, ta mère et moi-même avons eu une discussion récemment, elle m'a demandé de tes nouvelles. J'espère tout comme elle que tu te brosses bien les dents, et que…
- Ouais, ouais.
- Réalises-tu que je devrais théoriquement vérifier chaque soir avant de partir ?
- Oui tonton.
- Mais comme je suis très gentil et que tu es mon neveu préféré, je te fais confiance… »
Neveu préféré, mon oeil. Ou alors, Lulu devait sacrément souffrir, lui qui était habitué à ce que tout le monde soit à ses pieds.
« Ah, Nono, ça tu vois c'est…
- La-statue-de-la-Liberté-que-c'est-toi, l'interrompit-il insolemment. »
A chaque fois qu'ils arrivaient à New-York, il recommençait. Chaque jour, toujours la même fanfaronnade ! Il n'en pouvait plus. L'Amérique… Continent d'imbéciles, de toute façon. Les premiers gugusses vénéraient déjà bien plus Lulu que lui. Certes, sous la forme ridicule du Serpent à Plumes. Et même lui avait droit à des sacrifices en tant que Tezcatlipoca-le-grand-méchant.
Mais ensuite, tout avait empiré. Les Européens s'étaient ramenés pour procéder à leur grand nettoyage ethnico-religieux – sans d'ailleurs assumer le nom exact de « multi-génocide ». Au-dessus de l'Amérique profonde, le vieux radota de nouveau sur ses bœufs. Enfin, ils atteignirent la Californie, puis le Pacifique, et se souhaitèrent au revoir. Avec en toile de fond, les palmiers, la plage, le crépuscule…
Noctifer brilla, et se dirigea vers Las Vegas pour y jouer toute la nuit. En chemin, il sortit son portable. « Allô Apophis ? Réveille-toi, mon oncle va passer. Il n'a plus de gardes. Ça te dirait de retenter de le bouffer, depuis l'temps ? ».
C'était chaud. J'ai eu du mal à suivre et du coup à apprécier le texte. Là encore, je n'y vois que la mise en scène d'une haine/rejet à sens unique et non d'un antagonisme où les deux personnages ne s'apprécient pas. Or, les deux personnages devaient se détester, pas juste un seul. Ceci ajouté à l'aspect peu clair du monde et des personnages m'a un peu gâché la lecture. Par contre, j'ai senti une originalité sous-jacente à voir les anciens représentants divins regarder le monde et les monothéïsmes actuels. Ca peut être à retravailler.
Non content de faire appel à des références ésotériques inconnues du commun de tes lecteurs, tu ne fait rien pour clarifier les choses. Il eut pourtant suffi de nommer plus régulièrement tes personnages pour qu'on arrive a prendre un peu de plaisir a la lecture, nonobstant la lourdeur des dialogues et descriptions et l'idée usée jusqu'à la corde.
Il y a une chose que je ne m’explique pas : le texte est semé de références à la mythologie grecque et je n’ai pas pigé pourquoi, sachant que les protagonistes sont Lucifer et… Noctifer (?? qui c’est lui ??). Que vient faire le char d’Hélios la dedans ? A mon avis, ça doit être très « claire » dans la tête de l’auteur, mais je pense que la transcription de l’idée a pêché quelque part.
Dommage car il y a de bonnes idées (le culte à l’Aton : ), le true-rebellisme à deux drachmes).
Mais je serai curieux d’avoir le fin mot de l’histoire.
Je suppute qu’il y a Hélios dans le char. Mais alors dans ce cas, que vient faire Lucifer dans l’histoire (et toujours ce Noctifer, mais d’où sort il celui là ?) ?
Et l’antagonisme dans tout ça ?
J'ai lu qqc comme ça il n'y a pas longtemps sur le blog de Sylvain (une histoire courte sur la relation entre Hercule et Zeus). Je trouve que les multi-anachronismes et multi-mythologies mélangées sont un peu difficiles à suivre.
Je suis assez mitigé sur ce récit que je trouve très nébuleux malgré plusieurs points positifs. Reprendre le panthéon multiculturel, j'adore. Bon vocabulaire et de petits traits d'humour sympathique. L'histoire reste cependant peu intéressante sur le fond, dommage.
Respect du cahier des charges :
Deux personnages plongés dans leur univers, ne peuvent pas se supporter : Oui
Pas d’ennemis héréditaires : Non, c'est même une lutte entre Dieux millénaires !
Deux personnages différents : Oui
Les raisons de l’antagonisme sont données : Non, on doit les deviner
Les raisons de leur cohabitation sont données : Non, on doit les deviner
Remarques :
Un texte qui partait d'une idée sympa mais qui manque cruellement de patate. Trop de références que le lecteur est censé connaître. Et même en les connaissant le texte est alourdi. D'ailleurs dans le premier paragraphe, seul le mot Delphes est utile. Tout le reste n'apporte rien au récit, qu'on soit connaisseur ou néophyte.
La trame du récit part dans tous les sens au lieu de se concentrer sur le principal et on a du mal à sentir un vrai antagonisme entre 2 personnages précis. C'est plus des petites piques et blagounettes entre vieux potes, là où aurait du se trouver un antagonisme plus fort, plus évident, entre la Lumière et la Nuit. A trop suggérer on ne raconte plus rien.
Le coup des Dieux qui s'expriment en langage familier aurait pu être un bon point pour l'originalité. Mais parmi les très nombreuses interprétations existantes, celle qu'en a fait Gotlib (Rhââ Lovely, Tome 2, « God's Club », p94 à 127) reste à mes yeux la meilleure. On sent aussi des tentatives d'humour, mais comme le reste du texte, elles restent assez hermétiques.
On sent que tu es plus à l'aise sur la narration que sur les dialogues et il y a quelques belles tournures de phrases qui clairsement le récit.
Une très belle écriture, mais pas toujours facile à suivre (plus de ma faute que de la tienne)
Pas bien clair tout ça.
Bonne idée, super originale, tout un univers qui se cache sous quelques lignes. Mais c'est brouillon. Trop de références, trop d'éléments en peu de phrases, on ne s'y retrouve pas. De plus, le thème du challenge, qui est l'antagonisme, n'est pas vraiment clairement exprimé. Dommage, car il y avait pourtant de la matière !