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J'crois qu'il y a quelque chose dans la cale ! Capitaine, vite, v'nez voir !
Le capitaine Gunter fut ainsi tiré de sa douce somnolence par les cris alarmés de Hans, son nouveau mousse.
- Qu'est-ce que tu me racontes, bien sûr qu'il y a quelque chose; tu crois qu'on est en mer pour quoi, une croisière !
- Je … j'voulais dire quelque chose de pas normal, capitaine. Je suis descendu prendre mon repas et j'ai vu la caisse du fond bouger, vous savez, la grande, noire, celle qu'on a embarquée tantôt.
- Qu'est-ce que tu vas me chercher encore. Prends la barre, je descends voir. J'espère que t'y as pas touché au moins.
- N… non capitaine, j'm'en suis juste approché, pour voir, mais j'l'ai pas ouverte, j'vous jure.
- Viens ici et fais gaffe au récifs, ils sont traîtres par ici.
- Mais il fait nuit, on voit pas à cinquante pas !
- Garde le cap, c'est tout ce que je te demande. Tu vas pouvoir faire ça tu crois ?
- Euh oui capitaine.
- Pour être tranquille j'te fixe la barre, t'as juste à surveiller, vas te placer à la proue, et ouvre l'œil !
Sur ces dernières paroles à son mousse, le capitaine Gunter descendit dans la cale de son petit bateau. Taillé pour la rivière, sa voile large et basse et son fond plat en faisaient le parfait esquif pour les eaux peu profondes de l'estuaire de Marienburg. Surtout par temps calme comme ce soir. L'idéal pour passer inaperçu des patrouilles côtières impériales.
De plus, cette nuit sans lune arrangeait bien les affaires de Gunter, ça lui avait évité de faire appel à la magie, toujours des frais supplémentaires qui vous rendaient rapidement un voyage beaucoup moins rentable.
Arrivé dans la petite cale, il avança le dos courbé jusqu'à la grande caisse noire. Il s'en approcha prudemment et s'assura de la présence de son talisman d'os sous sa chemise. Rassuré, il commença à soulever le couvercle pour en dégager un coin.
Gunter se saisit alors de son amulette et se recula lentement, comme pour ne pas attirer l'attention d'un prédateur caché au fond de la caisse. Arrivé au milieu de la cale, il attendit, osant à peine respirer.
La caisse relâcha alors son contenu, une brume noirâtre sembla s'écouler lentement, formant un petit nuage opaque et huileux qui se mit à flotter à quelques pouces du plancher. Puis, comme mue par une conscience maléfique, la brume se déplaça, elle se dirigea vers la volée de marche menant au pont, marquant à peine une pause devant le capitaine qui osait à peine poser les yeux sur cette manifestation maléfique.
Il reprit une respiration normale une fois que la brume fut entièrement sortit. Il se permit même de relâcher son talisman et de sortir sa pipe, il n'y en avait plus pour très longtemps avant de pouvoir remonter sur le pont.
Du pont justement, des cris lui parvinrent, ceux de Hans, le mousse comprenait enfin pourquoi le capitaine l'avait embarqué et ce n'était pas forcément pour le former et faire de lui un vrai marin comme promis.
Les cris cessèrent enfin et un bruit de succion les remplaça, dégoûtant, écoeurant, mais il n'avait pas eu d'autre choix. La bête devait se nourrir, son employeur le lui avait bien dit, sinon le risque de la voir sortir et se repaître de tous les occupants de l'embarcation devenait trop grand passé la mi-nuit. Une perspective inacceptable pour le capitaine Gunter.
Quelques minutes plus tard, alors qu'il finissait de tirer la dernière bouffée de sa pipe, la brume regagna la caisse, plus lente que lors de sa sortie, elle semblait repue.
Le capitaine Gunter referma vivement la caisse et remonta sur le pont. Du mousse il ne restait rien qu'un tas de vêtements occupés par les restes d'un corps vidé de toute substance qu'il s'empressa de jeter par-dessus bord.
Reprenant la barre, le capitaine Gunter pensa délicieusement à ce qu'il allait faire de sa prime.