Amerindia

La grande croisade

Il y a bien des lunes de cela, en un temps appelé maintenant légende, l’Empereur marchait alors parmi les hommes. La Grande Croisade, engagée depuis peu, ralliait une à une les planètes sous l’étendard de l’Imperium et instaurait, de gré ou de force, la Pax Imperialis. Les Primarques, dignes fils de l’Empereur, dispersés à travers la galaxie par les forces du Chaos, furent progressivement retrouvés et prirent chacun le commandement d’une grande et puissante armée, chargée à son tour de porter à tous Sa lumière bienveillante. L’un d’entre eux, le tristement célèbre Maître de Guerre Horus, seigneur et maître des Lunar Wolves, arriva un jour aux portes du système d’Amerindia.

Horus, escorté d’une partie seulement de la 63ème flotte expéditionnaire (l’essentiel étant resté en arrière pour prêter main forte aux Blood Angels contre une Waaagh Ork), n’y repérèrent qu’un seul monde habité où des peuplades primitives vivaient sereinement, en parfaite harmonie avec leur environnement naturel. Le Speculum Historiale, annales de la reconquête de l’univers, relate cet événement avec force détails.

Une première équipe d’explorateurs fut d’abord envoyée pour prendre contact auprès d’une des plus petites tribus repérées depuis l’orbite par les astropathes, afin d’annoncer Son arrivée. La communication fut hélas rapidement perdue. Un second groupe, lourdement armé cette fois, fut alors dépêché à leur recherche. Ils ne découvrirent que les ambassadeurs, morts, attachés à des poteaux de torture, affreusement mutilés et scalpés. C’était un échec : les autochtones avaient par la sorte clairement signifié leur refus d’accepter et de reconnaître l’Empereur comme leur libérateur et leur régent.

Deux options se présentaient ainsi au Primarque : soit imposer par la force brute le dogme impérial, ce qui ne devait guère présenter de problème selon les calculus logis étant donné l’archaïsme des indigènes ; soit les convaincre en douceur du bien-fondé de rejoindre volontairement l’Imperium. Le seigneur des Lunar Wolves, qui n’avait pas encore été corrompu par les Puissances de la Ruine, opta pour la seconde méthode.

Bien que pressé par le temps et ne voulant pas trop retarder la Croisade, Horus, assisté d’une bardée de savants, d’itérateurs et d’érudits, choisit de s’octroyer plusieurs semaines pour étudier les natifs d’Amerindia, leurs cultures, leurs coutumes, leurs modes de pensée. Il s’agissait avant tout un peuple de fiers guerriers, profondément superstitieux et animiste, croyant en un dieu unique et créateur appelé Wacondah, le Grand Esprit. Horus y vit là une opportunité à saisir et à exploiter.

Malgré les réticences inquiètes du Mournival constitué des quatre plus estimables capitaines des Lunar Wolves, le Primarque descendit ensuite seul sur la planète, vêtu de simples tuniques d’apparat immaculées, et partit à la rencontre de la tribu la plus proche. Après un jour entier de marche, il arriva au village des Hodostas. Sans mot dire, il prit place au beau milieu du cercle formé de tipis et patienta. Il n’eut pas à attendre bien longtemps. Très bientôt, il fut entouré de plusieurs braves menaçants qui pointaient leurs armes rudimentaires dans sa direction. Il n’en resta pas moins impassible.

Le Sachem, méfiant, sortit des rangs, s’approcha de lui et le jaugea du regard. Voulant le provoquer, il planta alors sa lance entre les pieds d’Horus et cracha au sol. L’Astre Brillant n’esquissa pas le moindre geste, se contentant de sourire devant une telle bravade. Finalement, il saisit l’arme et la leva bien haut au-dessus de sa tête. D’une voix de stentor, il déclara :

Entendez-moi ! Sur bien des mondes, on me connaît sous le nom d’Horus. Ici bas, vous me connaissez comme étant Wakantanka, le dieu de la chasse, envoyé par Wacondah. Eprouvez-moi et vous serez convaincus !

Les Amerindians se dévisagèrent, incrédules. Etait-il possible que ce singulier géant soit réellement l’une de leurs divinités incarnée ? Ils n’étaient pas de nature à agir impulsivement et avaient besoin de se consulter avant toute action d’importance.

L’un des plus grands Pow-Wow jamais vu fut donc rapidement organisé, réunissant les principales tribus d’Amerindia, pas moins d’une trentaine. Un immense Wigwam fut monté à la hâte et les chefs s’y enfermèrent des heures durant. Le Bâton de Parole fit maintes fois le tour de l’assemblée, les avis étant nombreux et partagés.

Les Washis voulaient immédiatement exécuter cette créature insolente sans aucune autre forme de procès, tandis que les Yimans ne songeaient pas un seul instant à remettre ses paroles en doute. Néanmoins, une majorité, dont les Maskogees, les Amasazis ou les Nevejos, souhaitaient d’abord lui faire subir une épreuve sans toutefois savoir comment s’y prendre. S’il était bel et bien Wakantanka comme il prétendait l’être, le test devait forcément s’avérer insurmontable pour le commun des mortels.

Enfin, décision fut prise et le maître des Lunar Wolves fut convoqué devant le conseil sous le Wigwam. Dans un silence de mort, il s’installa en tailleur devant l’ensemble des sages. L’un des Aînés prit alors la parole :

Etranger, tu t’es présenté à nous sous le nom de Wakantanka, émissaire de Wacondah. Avec discernement, tu as souhaité démontrer la véracité de tes dires et nous as prié de te mettre à l’épreuve. Ce que nous allons faire…

Solennellement, le vieil homme lui expliqua ce qu’ils attendaient de lui. D’abord, témoigner de son endurance, tant physique que morale, en supportant le rite d’initiation du Maraké. Ensuite, attester de sa robustesse et de son courage en débusquant et en vainquant un être mythique, le Sasquatch. Enfin, justifier de sa force d’âme et d’esprit en subissant la cérémonie de la Petite Fumée.

Quoique amusé, Horus ne manifesta aucune émotion, se contenant de s’incliner devant l’assemblée, en signe d’acceptation. L’instant d’après, plusieurs femmes pénétrèrent l’immense tente et dansèrent autour du Primarque, l’incitant par des gestes amicaux à se remettre debout. Au rythme régulier et hypnotique des tam-tams, elles l’aidèrent à ôter lentement, avec délicatesse et d’infinies précautions ses robes d’un blanc d’ivoire. Il se retrouva bientôt nu comme un ver et se vit offrir un simple pagne de cuir tanné.

“Etranger, cela commence maintenant.”

Cette entrée a été publiée dans Textes, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.