Ruines Fumantes

Tristesse

Tout n’était plus que ruines fumantes. Titubant parmi les vestiges du temple, Samkha Lephyod cherchait désespérément un survivant. Pas âme qui vive. Il finit par trébucher et s’écroula au sol, soulevant un nuage de scories. Il ne parvint pas à se relever, anéanti par la peine. Les larmes et les cendres se mêlaient sur son visage. Son chagrin était si fort qu’il n’arrivait plus à penser à quoique ce soit d’autre, sa conscience littéralement dévorée par la folie. Plus jamais il ne connaîtrait la paix et la sérénité.

Haine

Tout n’était plus que ruines fumantes. Personne dans ce cabanon n’avait pu y réchapper. Néanmoins, Samkha Lephyod n’était pas satisfait : sa soif de vengeance n’était pas rassasiée. Ils devaient tous payer. Tous ! Ils s’étaient moqués de lui depuis trop longtemps, l’avaient toujours traité comme un moins que rien. Mais aujourd’hui, il allait leur rendre la monnaie de leur pièce. Il hurla sa rancœur à pleins poumons. S’avançant vers la maisonnée suivante, il arma un nouveau réservoir dans son lance-flammes…

Regret

Tout n’était plus que ruines fumantes. Parmi les décombres noircis, Samkha Lephyod pouvait apercevoir les cadavres racornis de ses compagnons. Ils avaient dû mourir dans d’atroces souffrances. C’était de sa faute. Ils lui avaient promis qu’aucun mal ne serait fait à ses pairs. Et il avait bien voulu les croire, aveuglé par cette terrible faim qui lui tenaillait le ventre depuis de si longs jours de siège. Il leur avait ouvert les portes de l’enceinte et à présent, les remords lui rongeaient l’âme. Il était le dernier de son clan mais ne méritait pas de vivre. Les larmes aux yeux, il enfourna le canon de son pistolet dans sa bouche et tira.

Indifférence

Tout n’était plus que ruines fumantes. La horde barbare était loin à présent et, comme à son habitude, elle n’avait laissé personne en vie. Samkha Lephyod, en bon charognard qu’il était, restait constamment dans son sillage de mort. Avec méthodologie, il détroussa une à une les dépouilles, en quête de quelque objet de valeur. Peuh ! Que lui importait la morale ou l’horreur des lieux ? Il ne s’agissait que de survie. Tout en sifflotant nonchalamment, il passa son sac bien rempli par-dessus l’épaule et reprit la route : la horde ne l’attendrait pas.

Mépris

Tout n’était plus que ruines fumantes. L’incendie avait fait rage toute la nuit et le seigneur Samkha Lephyod avait assisté au spectacle depuis son donjon. Monté sur son fier destrier, il inspectait avec morgue les restes du bourg et dès son arrivée, les serfs s’étaient jetés sur son chemin pour implorer son aide. Que diable voulaient-ils ? Un abri, du pain. Cette racaille n’aurait rien. Rien ! Ils ne pouvaient souffrir leur crasse et leur sottise, ils ne leur arrivaient même pas à la cheville. Qu’ils se débrouillent car, après tout, ne dit-on pas “aide-toi, le ciel t’aidera” ?

Ambition

Tout n’était plus que ruines fumantes. Les francs-tireurs de Samkha Lephyod achevaient les blessés ou se payaient du bon temps avec quelques jeunes paysannes. Debout sur la colline surplombant le village ravagé, il contemplait son œuvre. Oh comme il savourait cet instant ! Il s’agissait de la première étape de son grand projet et rien, ni personne, ne pourrait l’arrêter. Lui et ses hommes avaient soif de gloire, de fortune et de pouvoir. Il fit sonner le rassemblement des troupes : cette bourgade maintenant, la capitale ensuite et après, le monde.

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