Silicanti

Régénération

Le processus était court, mais extrêmement délicat et dangereux. Sa vie, son essence même, devait être extraite, puis entreposée un temps dans une sphère de rétention. Ehrgeizt exécrait cela plus que tout au monde. Prisonnier du globe, il serait alors coupé du monde extérieur, privé de toute sensation. Et cela le désespéra.

Déjà que d’être confiné dans sa gangue de cristal humanoïde lui était difficilement supportable, puisque condamné à ne connaître que les pathétiques et chétives perceptions terrestres. Mais là, c’était bien pire. Froid et horrible. Un furtif aperçu du néant qui l’attendait lui et les siens s’ils n’y prenaient pas garde. Maudite soit de la Grande Perte !

Il prit place devant ses pairs et les salua d’un unique hochement tête, signalant ainsi son acceptation et sa résignation. De toute manière, avait-il vraiment le choix ? Deux câbles de succion s’approchèrent alors de lui en ondulant tel des serpents et vinrent se fixer au niveau de ses omoplates, fusionnant avec sa matière translucide.

Sa substance fut ensuite aspirée, extirpée malgré son irrépressible envie d’être et d’exister, ce singulier instinct de conservation qui tentait de s’agripper au moindre atome de son corps. Oh quelle étrange et répugnante impression de chute infinie ! Comme si cela ne pouvait jamais avoir de cesse ! Son âme plongeait inéluctablement dans un puits sans fond, abyssal. Et cela le désespéra.

Il aurait voulu pouvoir hurler sa peur et sa rage, mais cela ne lui était évidemment plus possible : son émanation glissait déjà le long des boyaux jusqu’à la sphère qui gagnait en luminosité tandis qu’elle approchait à saturation et qu’à contrario, son enveloppe se ternissait et s’assombrissait.

Il pouvait sentir son espace vital se réduire, s’amoindrir. Et cela le désespéra. Mais tel était le prix à payer s’il voulait survivre, s’il voulait pouvoir régénérer son organisme cristallin. Il fallait le réparer de toutes les micro-fissures qui le parcouraient.

Le sol se mit alors à irradier, chauffé à blanc. Son corps se transforma en une pâte visqueuse informe en fusion et Ehrgeizt y fut alors précipité afin de le remodeler à sa guise, supprimer les dernières petites imperfections de par sa seule volonté.

Le Silicanti regarda de ses yeux neufs ses fines mains translucides. Il éprouvait un sentiment mitigé de curiosité et de dégoût à leur simple vue. Il était à nouveau entier, et pourtant cela le désespéra.

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