Arcane Excuteria

Le Fabricator

Le quatrième et dernier Prétorien s’affaissa sur ses pattes arachnides dans une gerbe d’étincelles alors que l’un de ses bras mécaniques glissa jusqu’aux pieds du Magos renégat Ia Cepehu. Celui-ci se précipita sur le fauteuil d’interface sur lequel trônait le Biologis Xercès, totalement amorphe malgré le tumulte ambiant. Quelques vérifications sur son Auspex lui confirmèrent ce qu’il soupçonnait déjà.

“C’est bien ce que je pensais, il n’y a plus personne là-dedans.” Il toqua nonchalamment sur le crâne d’adamantium pour donner plus de poids à son propos. “Il va falloir que je te branche au serveur.”

Nine-Lives extirpa son katana énergétique des restes du Prétorien pour le pointer directement sur la gorge gainée de Cepehu dont le peu de peau qui lui restait sur l’ensemble de son anatomie cybernétique pâlit subitement.

“Je crois que c’est toi qui as disjoncté. Ça n’a jamais été prévu au programme.
– Je ne le sais que trop bien. Mais si un émissaire du Fabricator tel que Xercès n’est pas capable de rompre la connexion, je risque de connaître le même sort et, sans vouloir te vexer, tu n’as pas les aptitudes pour me récupérer. Nous allons donc inverser les rôles. Déshabille-toi.”

La tueuse accepta de mauvaise grâce et tira sur la fermeture-éclair de sa combinaison moulante. Avait-elle seulement le choix ? Elle avait une mission, elle devait la remplir par tous les moyens et récupérer ce SCS tant convoité par l’Adeptus Mechanicus et l’Homme au Grand Chapeau.

Cepehu posa des électrodes sur ses tempes, sa nuque et au niveau du cœur. Ses trois lentilles vertes semblèrent s’attarder sur sa poitrine délicieusement dessinée.

“Je croyais que la chair n’avait aucun attrait pour toi.” Ironisa Nine-Lives tout en lui lançant un clin d’œil aguicheur. Bien que pris sur le fait, le Magos fit mine de l’ignorer, préférant focaliser son attention sur un heaume criblé de diodes qui lui tendit ensuite, accompagné d’une paire de gants de données où des câbles argentés courraient le long des doigts.

Elle ne voyait rien au travers de la visière à impulsions magnétiques et entendit le Magos taper sur un clavier tout en récitant une litanie. “Louée soit la Machine Pervertie. Béni soit le Virus Oblitérator. Glorifiées soient les Puissances de la Ruine.”

Un minuscule point blanc et étincelant fit son apparition au loin dans son champ de vision et, alors que son esprit fut projeté subitement en avant, elle ressentit une légère douleur au front, comme lorsque l’on mange de la crème glacée trop vite. Cela s’estompa progressivement, à mesure qu’elle se rapprochait de ce point qui grossissait toujours plus.

La réalité virtuelle qui se matérialisa devant elle lui procura un choc : un long corridor aux parois grises et bas de plafond, une série d’arcades abritant chacune une lourde porte, des lumiglobes diffusant une lumière crue. Cela ressemblait furieusement aux couloirs des dortoirs de la Schola Progenium de son enfance.

Une vague de souvenirs la submergea d’un coup. Quatre années durant, elle avait dû donner le change et tromper son monde. Néanmoins, elle avait parfois commis quelques écarts de conduite mais qui s’était inquiété des cadavres de petits animaux atrocement mutilés dans le parc ? Qui avait suspecté que la chute mortelle dans les escaliers de cette peste de Nello Ylsen n’avait rien eu d’accidentelle ? Qui avait remarqué que See Ullen, découverte un matin noyée dans la piscine, avait eu les deux bras cassés ?

Nine-Lives n’était alors qu’une chrysalide attendant son heure, patiemment. Elle s’était faite la plus discrète possible en attendant de pouvoir quitter l’orphelinat impérial où, après tout, elle était logée, nourrie et blanchie. Dans son désir de ne pas trop attirer l’attention sur elle, son unique véritable erreur avait été son excès de zèle au catéchisme : l’Adepta Sororitas y avait vu là un potentiel intéressant. Sa stratégie s’était hélas retournée contre elle.

Elle actionna la clenche du sas le plus proche et se retrouva face à un mur de moniteurs. Certains pictoscreens étaient éteints ou parasités de neige et d’interférences, d’autres retransmettaient les images de caméras de surveillance du bunk-lab abandonné depuis des siècles. L’un des écrans lui montrait Cepehu dont les mains survolaient fébrilement son corps inanimé.

“On peut regarder, mais on ne touche pas !”

Le Magos corrompu tressaillit et regarda interdit dans toutes les directions avant de repérer la caméra, s’en approcher avec curiosité et finalement, faire un coucou amusé à l’objectif.

“Ouais, c’est ça mon con. Je te vois, je te vois.”

Elle passa à la cellule suivante, verrouillée. Durant ce qui lui sembla une éternité, elle inspecta et fouilla chacune des chambres de stockage bureautique méthodiquement. Une pagaille d’informations plus inutiles les unes que les autres, parfois obsolètes, souvent incomplètes. Frustrant.

Elle déboucha finalement sur un second passage, identique au précédent. Une étrange silhouette claudiquait à sa rencontre. C’était Xercès. Tout du moins, une représentation 2D du Biologis. Il s’écroula de tout de son long et rampa jusqu’à elle, manifestement mû par la seule énergie du désespoir.

“C’est la providence qui vous envoie ! L’artefact était piégé, je n’y ai pas pris garde et suis perdu à présent. Aucune sauvegarde possible.”

En effet, le flanc gauche de l’adepte du Dieu-Machine s’effritait en milliers de pixels qui voltigeaient telle la poussière au vent. Son essence se défragmentait, littéralement.

“Nous n’avons que très peu de temps. Hâte-vous de mémorisez ceci. C’est… C’est vital !”

Il lui tendit un boîtier métallique et en actionna l’unique bouton. Aussitôt, un faisceau lumineux en jaillit et projeta sur le mur adjacent un cliché somme toute assez simple qu’elle enregistra rapidement. Ceci fait, elle piétina avec allégresse le dispositif au grand damne de Xercès qui se mit à sangloter.

“Désolée de te décevoir, mais l’Empereur ne bénéficiera pas des fruits de ton labeur. Ton sacrifice sera vain.”

Elle abandonna l’envoyé du Fabricator sur place, seul avec sa lente et triste agonie, et rebroussa chemin pour rejoindre la toute première pièce visitée.

“Cepehu ! J’ai ce que nous voulions ! Comment je reviens ?
– Fais comme si tu ôtais le casque. Enlève-le !”

Elle s’exécuta et rallia immédiatement le laboratoire. Elle se remit debout d’un bond.

“Du papier, de quoi écrire, vite bordel !”

Nerveusement, elle crayonna le squelette carboné d’une molécule sur laquelle se greffaient des groupes fonctionnels. Cepehu étudia attentivement le feuillet, puis sa lèvre supérieure se retroussa sur sa mâchoire d’acier en un singulier sourire de satisfaction.

“C9H8O4… Acide 2-acétoxybenzoïque. Voilà donc ce qui intéressait nos amis du Mechanicum. Bien. S’ils veulent récupérer la formule de ce composé organique, ils vont devoir payer le prix fort.
– Et ce bête croquis sera suffisant ?
– Oh oui, largement.”

A peine eut-il prononcé ces mots que le Magos dévoyé comprit sa bévue : il ne leur servait plus à rien. Nine-Lives, animée d’une joie sauvage, était déjà sur lui, la lame au clair et lui trancha la tête avec une déconcertante facilité. Elle fit de même avec la dépouille du Biologis et fourra ses deux abjects trophées dans une vieille sacoche de cuir, tandis que le précieux schéma atterrit au fond de sa poche-revolver.

Avant de quitter définitivement les lieux, elle jeta un dernier regard sur le cadavre de Ia Cepehu.

“Tu aurais peut-être dû profiter de moi tant que tu en avais l’occasion…“

le Fabricator : “que le Dieu-Machine te bénisse”
le Space Hulk : “surmonte le sentiment du grand inconnu”
l’Astropathe : “fie-toi aux yeux de l’aveugle”
le Magus : “sers avec un esprit indomptable”

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