Challenge d’écriture n°41 – Alice


Alice
12.8/20
3ème

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Combinatoire aléatoire

— Chiche, Luke ! lança Michael à Luc

— Putain, tu déconnes… c’est impossible, argua Juliette.

— Pourquoi pas ? répondit Luc. S’il dit qu’il peut le faire. Moi, je ne demande qu’à voir. Mike est suffisamment taré et génial pour y arriver. Chiche ! Tu me dis juste de quel matos tu as besoin et je m’arrangerai pour te fournir.

— Yeah ! Ca roule, ma poule. J’y réfléchis et je te contacte.

— Mike, Luke, réfléchissez deux secondes, les interrompit Juliette. En admettant que vous y arriviez, si vous vous faites gauler, vous risquez la taule. C’est du détournement de biens publics, merde.

— Tu rigoles ou quoi, renchérit Michael. Si ça marche, nous serons des stars interplanétaires. On se battra pour venir au musée.

— N’empêche que je ne suis pas sûre que la Culture voit ça d’un très bon œil.

— Ne t’inquiète pas, Juju, dit Luc pour essayer de la rassurer. On sera discrets. Et puis ça va prendre du temps, des années peut-être. On s’assurera qu’aucun visiteur ne puisse s’apercevoir de quoi que ce soit. On fera ça bien, promis.

— Pfff….

Les trois animateurs du musée se regardèrent une dernière fois dans les yeux. Le Pacte était scellé. Ils continueraient chacun leurs activités respectives. Le rendez-vous serait fixé dans les années suivantes. En attendant, l’accord tacite s’imposerait, « On ne parle pas du Projet ».

 

Link replaça une mèche de ses cheveux blonds sous sa coiffe verte. En haut de cette colline, même s’il était un peu exposé au vent, il avait une vue imprenable sur la cité. En son centre, son objectif, le palais, était bien en vue. Une main négligemment posée sur son épée, son bouclier bien arrimé sur son dos, il laissa ses lèvres dessiner un léger sourire. Sa quête approchait enfin de son terme.

Il se retourna et avisa une nouvelle fois l’entrée des tunnels. C’était le chemin le plus discret pour accéder à la ville. Il n’avait aucune envie de se mesurer aux hordes de chevaliers et de magiciens qui montaient la garde dans les plaines environnant la ville. Il les avait bien observés, parcelle par parcelle. Et il avait été horrifié par les créatures hybrides qu’ils commandaient. Très peu pour lui ! Il les prendrait à revers, ou plus justement, se glisserait sous leurs pieds, incognito.

L’entrée était gardée par une sorte de gnome vert aux oreilles pointues et en toge beige. Un adversaire bien plus à sa taille.

Avance, jeune guerrier. De cette table approches toi.

Link franchit les derniers pas le séparant de la table derrière laquelle le gnome patientait.

Bien jeune tu es pour mourir. Mais si ta force de me battre te permet, cette clef je te donnerai.

Il indiqua la table d’un revers de la main. Un palet et deux taquets glissèrent silencieusement sur le feutre.

Au meilleur des 11. Débuter, je te laisse.

Je relève le défi !

C’est ainsi que commença la partie de pong la plus fameuse que le Royaume ait connu depuis des siècles. Le gnome se révéla vite être un vrai maître. Mais Link ne s’avouait pas vaincu. 5-0, mince ! Il prenait du retard. 7-1, oui ! Il venait de percer sa garde pour la première fois. Et c’est le gnome qui avait dû se baisser pour remettre le palet en jeu. 10-9.

Au meilleur des 11, avec deux points d’écart ? Lança-t-il dans une dernière tentative pour se donner plus de temps et enfin le dépasser.

Soit ! Ta chance je te laisse, puisque courageux tu es.

10-12 ! Pendant sa petite danse de victoire, le gnome sorti une clef de sa poche. Il retroussa son nez et, de bien à plat sur la paume de sa main ouverte, cette dernière s’envola en direction du guerrier. Il l’attrapa bien sûr au vol ; et, lorsqu’il la tendit vers le ciel, signe supplémentaire de son succès, elle s’entoura d’un halo doré. Il pouvait maintenant pénétrer dans les entrailles de la terre. La première étape était franchie avec succès.

Mais Link déchanta vite. La torche qu’il avait ôtée du mur lui permettait d’entrevoir un vrai labyrinthe de galeries. Comment pourrait-il bien trouver son chemin dans ce dédale ? Une seule solution se présenta à son esprit, avancer. Quel autre choix avait-il ? Chaque intersection était un dilemme, gauche, droite, haut, bas ? Quelle plateforme choisir ?

Soudainement, un bruit lui fit tirer son arme. D’une bouche de l’enfer sortirent des dizaines et des dizaines de goules.S’il ne faisait rien, il serait bientôt submergé. Alors, n’écoutant que son courage, il fonça, acier au clair. A chaque coup fatal, il entendait comme le son d’une clochette dans son esprit. Il se sentait de plus en plus fort, presque invincible. Il lardait, tailladait, découpait. Cependant, pas une éclaboussure de sang ne semblait l’atteindre. En avant, toujours en avant… Il finit par dépasser la bouche de sortie. Dans un calme aussi subi qu’inattendu, il jeta un œil derrière lui. Les corps les plus anciens avaient déjà disparu. Déjà, les plus récentes s’estompaient dans son sillage. Plus personne ne sortait depuis qu’il avait dépasser la ligne imaginaire de sortie.

La galerie suivante s’annonçait, malheureusement pour lui, tout aussi lugubre. Et un son étrange résonnait dans ses oreilles, comme un hululement. Comble du comble, c’est le moment que choisit sa torche pour s’éteindre. Il devait maintenant avancer dans un noir profond. Il enclencha sa visière infra-rouge. Ces gadgets étaient vraiment utiles. A défaut d’un monde en technicolor, il pouvait au moins deviner les contours des parois. Son objectif en tête, il poursuivit sa route. Il était tout simplement hors de question de faire machine arrière. De nouvelles galeries, de nouvelles plateformes. Chaque épreuve n’était pour Link qu’une nouvelle étape dans sa progression immuable.

Des heures plus tard, lorsqu’il souleva la bouche d’égout pour émerger en ville, il tressailli en repensant aux horreurs qu’il venait de traverser. Il avait réussi à manger du fantôme grâce à son fromage magique. Il avait contré ces dinosaures miniatures lanceurs de bulles avec les petites bombes qu’il conservait toujours sur lui. Et dans un combat à l’épée titanesque, il avait vaincu le squelette virevoltant et à l’énergie débordante qui gardait la sortie. Il méritait la victoire finale.

Il replaça la plaque et se camoufla dans l’ombre la plus proche, une entrée miteuse d’un magasin d’armes. Au loin, mais se rapprochant, il entendait la musique d’une parade militaire. Bientôt, trop tôt pour lui laisser le temps de s’échapper, il vit des seeds en formation, Clad à leur tête, se diriger en direction du château.

Non ! C’était SA quête ! Hors de question de laisser ce minable prendre sa place. Il pourrait toujours pleurer auprès de Genova, après. Il changea de tactique. Faisant irruption dans la boutique, il trouva l’accès aux étages supérieurs et décida de progresser par les toits. De bonds prodigieux en roulades adroites, il progressait très vite. Les Elders seraient fiers de lui. Le temps qu’il avait passé à s’entraîner en Morrowind portait enfin ses fruits.

Il avait également mis du temps à comprendre l’intérêt des leçons du maître Shinobi, mais il dû reconnaître leur efficacité lorsque les gardes du palais tombèrent les uns après les autres, des étoiles d’aciers plantées en plein coeur. Un dernier étage. La princesse se trouvait forcément au sommet de la plus haute tour.

C’est à ce moment que Bowser chuta du plafond dans un rire tonitruant. Le sol de pierres dures trembla de longues secondes en réponse. Déjà, dans sa patte droite levée vers le ciel, une boule de feu était en préparation. Instinctivement, Link se jeta de côté. Une courte pirouette plus tard, il était sur pied, épée en main et prêt à en découdre. Plus que ce dernier boss et il pourrait repartir avec la princesse. Mais c’était sans compter sur la concurrence. Alors que Bowser était concentré sur lui, une boule de piquants bleue en profita pour le contourner et fila comme le vent en direction de la dernière porte.

 

« GAME OVER » se mit à clignoter sur sa visière.

— Merde ! J’y étais presque, ragea Michael. Il a fallu que ce %µ¨£^$* de porc-épic me rafle la mise au dernier moment. Il est rapide, hein ? Alors, Luke, qu’est-ce que tu en penses ?

— C’est juste fantasmagorique. Je veux le même à la maison !

Michael éclata de rire.

— Tu sais bien que c’est impossible. Il m’a fallu connecter tous ses vieux ordis et consoles ensembles pour y parvenir. Coupler le matériel aux gabarits et langages différents a été le plus dur. Le reste n’est qu’un algorithme complexe et aléatoire de combinatoire de logiciels. Il n’y a que dans ce vieux musée du jeu vidéo qu’on peut trouver de telles vieilleries de nos jours. J’ai juste multiplié les rack en série pour plugger toutes les cartouches en même temps. Je ne voulais pas tout émuler pour me garder de la ressource en cache.

— N’empêche ! Répondit-il avec des étoiles dans les yeux. C’est prodigieux. Je ne suis même pas sûr d’avoir repéré toutes les sources. C’est mieux qu’une intégration, une vraie fusion. Juju ne va pas en croire ses yeux. J’ai la manette qui me démange. Et tu peux choisir ton point d’entrée ? Parce que le scénar Zelda, moi…. Je serais plutôt 40k, tu vois.

— C’est toi qui choise, répondit-il avec un immense sourire et en lui tendant une manette standard des années 2000.

Oui, ces vieilleries avaient plus d’un siècle et continuaient de fonctionner. Pour sûr, les méthodes de conservation des musées avaient fait beaucoup de progrès. Il espérait juste pouvoir en profiter le plus longtemps possible. Les avertissements de Juliette étaient assez justifiés. Bah ! Ils verraient bien. En attendant…

 

 




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